May
11
2010

Jours 216~219: tabac et rizières en terrasses

Jour 216 (26/04/10)

Potou(坡头)-Yuanyang(元阳)

Province du Yunnan(云南省)

- 42km -

Encore bien courbaturés, nous nous autorisons une mini grasse matinée en nous levant à 8h. Évidemment, c’est un inévitable bol de nouilles qui nous attend pour le déjeuner, puis nous partons.

Début de paysages magnifiques

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Bonne surprise… excellente surprise même: bien que la route soit par endroit assez accidentée, c’est une interminable descente! Et les paysages sont tellement beaux qu’il faut s’arrêter souvent pour trouver un bon angle et prendre la meilleure photo possible. C’est donc sur 30km que nous descendons, descendons, descendons… Cela dure environ 1h30!

Et ça continue à descendre...!!!

Encore un peu de sécheresse par ici...

On approche de la fin!

Casiers de pêcheurs

Arrivés en bas de la vallée, il ne nous reste plus qu’à pédaler une demi-heure, le long d’un cours d’eau, avant d’arriver au comté de Yuanyang, puis nous sommes contraints de nous arrêter dans le meilleur hôtel, le seul qui a Internet, et où les chambres sont munies…. d’un bidet!!!

La salle de bain et le bidet

Une fois décrassés, nous partons, sous un soleil de plomb, prendre un très bon petit déjeuner. Pour ma part, j’ai choisi un ganba-chaofan (干巴炒饭, riz sauté au bœuf séché) et un plat de concombres locaux (race spéciale de concombre). Le tout arrosé de shancha (山茶), un thé froid au camélia. Le goût un peu médicamenteux, mais pas mal du tout… Faut aimer quand même!

Et puis nous sommes au Yunnan, région du tabac par excellence. Evan va donc acheter un peu de brins de tabac (烟丝), et nous utilisons la pipe à eau (烟筒) du resto (ça se fait souvent ici) pour avoir un peu de sensation… Effet Servietsky garanti!

L’après-midi, nous la passons évidemment sur Internet. Le soir, lorsque nous ressortons bouffer, nous apercevons au milieu du trottoir des lbx en train de dépecer un buffle. Impressionnant!

Nous retournons bouffer au même endroit, où je prends riz sauté et brochettes de poulets et toujours avec notre tabac. Après tant de vélo, on peut quand même s’autoriser quelques petits plaisirs.

Nous rentrons ensuite tranquillos à l’hôtel, et dodo.

Jour 217 (27/04/10)

Yuanyang(元阳)

Province du Yunnan(云南省)

Aujourd’hui est une journée de repos à Yuanyang (元阳). Internet, jus de mangue bien frais. Et le soir barbecue de tofu, poulet et patates. Excellent!

Jour 218 (28/04/10)

Yuanyang(元阳)-Xinjie(新街)

Province du Yunnan(云南省)

- 30km -

Après cette bonne journée d’hier, nous ne nous levons pas super tôt. De toute façon, nous n’avons que 30 km à faire. Dit comme ça, ça a l’air d’une formalité, mais pour passer de la nouvelle ville de Yuanyang (元阳, où nous sommes actuellement), à la vieille ville rebaptisée Xinjie (新街), c’est un vrai travail de grimpeur: ça ne fait que monter, pour passer de 300m à presque 1.600m d’altitude!!!

Nous quittons donc notre chambre pour prendre notre petit déjeuner à l’hôtel. Seul problème, n’ayant prix qu’une chambre double (Evan, comme bien souvent, a dormi par terre), nous n’avons que deux tickets. Et ceux d’hier, datés du 27 et que nous n’avons pas utilisés, ne sont pas échangeables, nous dit-on. Qu’importe! Je fais remarquer à Evan que le 7 du 27 peut facilement se transformer en 28. Il emprunte donc le stylo bille de la réception, falsifie discrètement le tickets, et nous partons discrètement direction la cantine, où les réceptionnistes acceptent nos billets sans la moindre hésitation. Qui pourrait imaginer que des laowai puissent s’abaisser à une telle pratique…?

Après ce petit dèj gratuit, mais très médiocre, nous reprenons nos vélo et attaquons la pente. Andy se détache assez vite. Evan et moi suivons. Ça grimpe, ça grimpe, ça grimpe… sans cesse! Pas un mètre de descente, ni même un demi-mètre de plat.

Épouvantail pour automobilistes

En fin de matinée, alors que nous avons déjà fait plus des deux tiers du parcours, Evan et moi nous arrêtons un instant pour observer des bonnes femmes en train de travailler un champs. Sous leurs appels, nous descendons bavarder quelques minutes. Elles nous expliquent qu’elles font partie d’une association de personnes âgées et qu’elles sont ici pour aider un propriétaire à semer son champs. Nous en profitons alors pour leur donner un petit coup de main. La tâche est facile: dans cette terre déjà labourée, il suffit de jeter trois grains de maïs dans un creux, puis de les ensevelir d’un coup de talon.

Avril, le mois des semences.

Et toujours dans la bonne humeur!

Cet arrêt agricole terminé, nous repartons assez vite. Et en début d’après-midi, nous arrivons à destination. Cet ancien Yuanyang n’a pas l’allure d’un petit village traditionnel. Ses constructions style fin 80, dont certaines tentent d’égayer le reste par des couleurs kitsch, donnent l’impression d’une favela abandonnée au sommet d’une montagne. L’architecture ne paie pas de mine, mais l’importante présence de minorités – en particulier des Hani (哈尼族) – lui redonne un peu de cachet. Autre bonne nouvelles: les touristes sont très peu nombreux, ce qui contribue à l’authenticité des lieux.

Bienvenue dans la vieille ville!

Quoi qu’il en soit, nous sommes ici davantage pour les rizières en terrasses que pour la ville elle-même. Après un déjeuner médiocre, nous déposons nos affaires dans un petit hôtel merdique, prenons une douche rapide, et sautons dans une estafette dans laquelle un lbx nous conduit aux rizières appelées Laohuzui (老虎嘴, ‘la Gueule du tigre’), qui nous ont été recommandées par le propriétaire de notre hôtel.

Retour du ramassage de bois à brûler

Au bout de trois quarts d’heure de route, nous nous apercevons qu’il y a une entrée payante prévue pour les gogos. Pas grave! Nous repartons à pied et parvenons à nous frayer un petit chemin à travers les arbres. Après une bonne petite marche, nous arrivons au sommet d’une colline d’où nous avons une superbe vue sur des dizaines et des dizaines de rizières en terrasses, au milieu desquelles nous distinguons quelques petites cabanes (田蓬) ainsi que des paysannes hani qui, panier sur le dos, se déplacent avec une étonnante dextérité sur cette sorte d’escalier vert géant.

La Gueule du Tigre!

Le fond de la gueule

Un croc brillant du tigre?

La profonde gorge du tigre

Alors qu’Evan et Andy se baladent dans les hauteurs, je vais m’aventurer en bas de la vallée. Si les locales, habituées, arrivent à se faufiler agilement entre les différents étages de rizières avec de simples chaussons, je m’aperçois que, bien que beaucoup plus jeune qu’elles et équipée de boots de randonnée, je dois bien regarder où je mets les pieds: un instant d’inattention suffirait à me faire trébucher dans une rizière pleine de flotte.

Couple de paysans devant leur cabane

Ici, pas de sécheresse, apparemment. Ça pousse plutôt bien.

Ça en fait du riz...!!!

La petite maison dans la rizière

La nuit tombant vite, je prends garde à ne pas remonter trop tard. Lorsque, d’en bas, je contemple tout autour de moi l’immensité de ces collines prêtent à me dévorer au fur et à mesure qu’approche le crépuscule, je comprends mieux pourquoi l’endroit s’appelle la gueule du tigre.

Très vite, je vais à la rencontre de paysannes demander quel chemin suivre pour rejoindre la route, mais la communication est souvent difficile, voire impossible. Je dois alors tenter d’articuler un à un des mots aussi simples que “公路” (route) ou “车” (voiture), accompagnés d’un langage des signes improvisé, pour me faire comprendre. Une discussion de sourd qui à au moins l’avantage de faire sourire ces femmes qui, lassées des touristes, cherchent souvent à fuir les appareils photos.

"Moi chercher route avec voiture... Toi comprendre?"

Et lorsque, par chance, elles arrivent à articuler quelques mots de mandarins, il peut arriver qu’elles réclament de l’argent. Pour ma part, étant tombé sur des travailleuses assoiffées par toute une journée passée à asperger leurs champs de pesticides, je leur offre ma bouteille d’eau en échange de quelques photos. Échange de bons procédés!

Durant mon épuisante ascension, je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine admiration pour ces paysannes qui parcourent quotidiennement ces sentiers escarpés, avec sur leur dos, un panier qu’elles transportent tête penchée vers l’avant, et dont une lanière vient se poser au dessus du front. Je n’ose imaginer les dégâts occasionnés sur des cervicales qui portent de telles charges…

Alors que je me croyais perdu, je réussis à rejoindre directement la sortie construite pour les touristes, et tombe sur des fillettes jouant au toboggan au dessus d’un toit, et qui elles aussi, me marchandent la photo à 1 yuan chacune.

Enfin arrivé!

1 yuan chacune? Ouh la...! Ça fait 6 yuan en tout, dites-moi!

Arrivé au point de rendez-vous fixé avec notre chauffeur d’estafette, j’aperçois quelques gosses en train de s’amuser. L’un d’eux se laisse glisser sur un skate-board très artisanal. Un autre déambule fièrement avec une petite cage dans laquelle se trouve un oisillon qu’il a acheté 15 yuan dans un marché. Lorsque je lui demande si je peux prendre en photo son petit oiseau, un de ses camarades pointe sa bite en me disant:

  • 你就拍这个小鸟吧!” (« Prends une photo de ce petit oiseau! »)

Le skater! De quoi rendre vert de jalousie un skater suisse de Pékin que je connais bien...

Et oui… En chinois, le mot « petit oiseau » désigne aussi la chose!

À 19h30, le chauffeur lbx, qui a repêcher Evan et Andy sur la route, vient me chercher. Nous rentrons en ville, épuisés, et allons dîner dans un petit resto, avec une petite livre d’alcool de maïs. Andy rentre. Evan et moi partons errer dans les petites ruelles éclairées par la pleine lune, avant de retourner et de nous laisser tomber sur nos matelas.

Après une journée 'gueule du tigre', arrive la nuit 'loup-garou'!

Jour 219 (29/04/10)

Xinjie(新街)-Huangcaoling(黄草岭)

Province du Yunnan(云南省)

- 72km -

Un peu crevés par la rando d’hier, mais aussi par l’alcool de maïs, nous avons un peu de mal à nous lever. C’est donc lentement que nous nous habillons pour traîner dans les ruelles et au marché, afin de prendre quelques photos. Encore une fois, cette ballade est l’occasion pour nous de contempler la vie quotidienne de ces minorités vêtues de leur costumes traditionnels, mais aussi de participer à des scènes aussi cocasses qu’insolites: comme des porcs sortant leur groin de leur cage et hurlant à la mort lorsqu’ils aperçoivent une lbx en train de pétrir à pleines mains leur tambouille; ou encore une bonne femme en train de vider des carcasses de chiens préalablement ébouillantés et dépecés, à 5 mètres d’une cage dans laquelle d’autres attendent leur tour.

Soja et tofu

Le marché avec maman avant de partir à l'école

Barbecue de tofu

Vente de légumes fraîchement récoltés

Porté par maman...

... ou par grand-mère

Boucher, un vrai boulot de fumiste!

Oui, oui, c'est bien un chien!

Chirurgie canine

Gueuler comme un goret, je sais ce que ça veut dire maintenant...

C'est quoi déjà l'épreuve de Fort-Boyard où faut vider des sauts pour récupérer la clef?

Allô, Wall Street? Vendez tout!

Une allure de Sainte Vierge

Vendeuse de youtiao (油条, beignets frits)

Et en errant dans les ruelles, une chose me surprend: nous n’entendons que peu, voire pas de tonitruants « Halloowww!!! »… Est-ce parce que les locaux ont l’habitude de voir des étrangers? Ou bien est-ce que les locaux, en tant que minorités, comprennent ce sentiment insupportable que celui d’être considéré comme « un autre »?

Ici, ce "Supermarché du lbx", que j'aurais traduit par "Supermarché du Peuple", s'appelle en anglais "Supermarché des Gens Ordinaires"

Quasi-centenaire

Bouffeuse de maïs

Après les Men in Black, les Women in Blue!

Taxi

Cette ballade terminée, nous retournons prendre nos vélos et quittons le village, en empruntant une route qui nous ramène vers de splendides vues sur les rizières. De plus, nous situant déjà à 1.600m d’altitude, nous avons la chance d’avoir davantage de descentes que de montées. Ce n’est qu’en fin de journée, lorsque nous sommes déjà descendus très bas, que nous devons à nouveau attaquer une pente. Heureusement, elle ne dure que 2 ,5km!

Allez, feignasse!!!

Pourquoi donc est-ce qu'un crucifix est dessiné sur cette rizière?

Épis

Un véritable escalier, je vous dis!

Bosser dans son champs, c'est quand même mieux que de prendre le RER tous les jours, non?

Vendeuse de tissus sur le marché

Et une tête de cochon au feu de bois! Une!!!

C'est sûr que c'est plus beau que le Hebei...

Parti en premier alors que les autres ont décidé de faire une petite pause-snack, j’arrive bien avant eux au bourg de Huangcaoling (黄草岭). J’y trouve un petit hôtel et y prend une chambre individuelle pour m’y reposer seul. Fatigué par nos récents efforts quasi-continue et par la pression d’arriver à une date précise à Xishuangbanna (西双版纳), je tiens à me reposer seul, au calme. Rester plusieurs mois agglutinés les uns sur les autres est usant. Surtout dans ces conditions. C’est ce qu’on appelle souvent en politique « un ras-le-bol du système »!

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