Jour 179 (19/03/10)
Tanmen(潭门)-Duodecun(多德村)
Province du Hainan(海南省)
- 81km -
Après cette journée de repos, nous partons tranquillement, mais sûrement. Cela fait presque une semaine que nous sommes au Hainan, et il ne nous reste plus beaucoup de temps.
Nous partons en prenant une nationale et tout en longeant toujours les côtes. Nous passons par la ville de Bo’ao, fameux lieu touristique connu en Asie pour son forum économique, et dont les paysages ont été crucifiés sur l’autel de la modernité, avec ses lieux de villégiature, ses attractions à gogo pour touristes débiles et ses futurs buildings.

Une légende raconte qu'un Bouddha serait venu ici sur le dos d'un animal à tête de dragon, carapace de tortue et queue de girafe. C'est en arrivant ici, qu'ils auraient nommé l'endroit "Bo'ao", qui signifie en chinois "tortues de mer géantes".
Nous parvenons plus tard à rejoindre des paysages plus naturels, et vers midi, Evan ne se sentant encore pas tout à fait remis (il pense que cela est dû à la récente fondue de poissons et fruits de mer que nous avons bouffée), nous nous arrêtons un instant à une terrasse pour siroter un peu de thé glacé.
A côté de nous, des lbx essaient de remplir une grille sur laquelle figurent une multitude de chiffres: une sorte de sudoku incompréhensible. Même les bonnes femmes ne semblent rien y comprendre:
- “那个怎么玩?” (« Comment on joue à ça? »)
- “不是玩的,就是彩票!” (« C’est pas pour jouer, c’est un billet de loto! »)
- “可是下面的格子怎么填?” (« Mais les cases du dessous, comment on les remplit? »)
- “不填!” (« On les remplit pas! »)
Difficile de récolter des informations sur cette île, où les gens ne sont pas très bavards, et où même les patronnes de terrasses de thé nous accueillent parfois avec une grimace, sans oser venir nous parler.
N’ayant rien d’autre à faire qu’attendre qu’Evan aille mieux, je me lève et vais acheter des noix d’arec à chiquer. Comme je l’ai dit précédemment, cette chique est composée d’un quartier de noix d’arec, et d’une feuille pliée comme un origami, avec une espèce de pâte blanche de coquillage (壳灰). Le seul truc que je ne sais pas encore, c’est d’où vient cette feuille:
- “这些叶子是槟榔树的叶子吗?” (« Ces feuilles, c’est des feuilles de palmiers à bétels? »)
- “不是!” (« Non! »)
- “那是什么?” (« Alors c’est quoi? »)
- “就是跟槟榔一起嚼的叶子!” (« C’est des feuilles qu’on mâche avec les noix d’arec! »)
- “我知道!可是这种叶子叫什么?” (« Je sais! Mais comment s’appellent ces feuilles? »)
- “我们就叫叶子!” (« On les appelle juste ‘feuilles’! »)
- “什么树的?” (« Mais de quel arbre? »)
- “就是叶树的!” (« D’un arbre à feuilles! »)
Bon… C’est pas aujourd’hui que je vais en apprendre beaucoup…

"Les véhicules cèdent le passage aux passants pour un peu de civisme, les passants cèdent le passage aux véhicules pour un peu d'ordre, les véhicules cèdent le passage aux véhicules pour un de de sécurité, les passants cèdent le passage aux passants pour un peu d'harmonie." Alors, en fin de compte, qui cède le passage à qui?
Nous repartons, en début d’après-midi, après une petite traversée en radeau, avant de nous arrêter un peu plus loin devant un camion, sur lequel des lbx sont en train de charger des quintaux de pastèques, sous les yeux de quelques vaches traînant sur le bord de la route. Ces cultivateurs de cucurbitacées nous en offrent une, que nous mangeons sur place. Mais un autre gars vient quelques minutes plus tard nous en amener autre: “这个西瓜没有子,不好吃。这个好吃!” (« Cette pastèque n’a pas de pépins, elle n’est pas bonne! Celle-là est meilleure! ») (*). Et en effet, celle avec des pépins noirs est absolument extra. La chair est bien rouge, le jus bien sucré, et chose étonnante, alors qu’il doit faire aux environs de 26~28°C, le fruit est très frais! Comme s’il sortait tout juste du frigo! Les restes sont jetés aux vaches, qui se ruent littéralement dessus. N’ayant pas beaucoup d’herbe à brouter, elles raffolent des restes de pastèques. Nos amis nous expliquent également qu’ils vendent leurs fruits 1,8 yuan le kilo (pas cher!), et qu’ils les vendent comme des petits pains. De plus, le climat local permet d’avoir 2 à 3 récoltes par an.
Une petite demi-heure après ces excellentes cucurbitacées, nous dévalons une pente qui nous mène tout droit le long d’une plage quasi-féérique!
Beaux rochers, belle mer, beau temps, et très peu de déchets. Nous ne pouvons nous empêcher d’aller fouler le sable et de courir nous jeter dans l’eau! Enfin… Nous voilà enfin sur une plage à la hauteur de nos attentes. Hainan, pour nous, c’était ça! Mais peut-être n’aurons-nous pas l’opportunité de voir une autre plage aussi belle. Alors, il n’y a pas à hésiter: il faut y camper.
Après avoir installé nos tentes, Evan et moi partons dans le petit patelin le plus proche, acheter des plats cuisinés, des fruits, de l’eau et des bières. Au retour, c’est un véritable festin. Un festin, un peu écorché par la connerie de la patronne du restaurant, qui a mis de la bidoche dans les nouilles, ainsi que des crevettes (Evan y est allergique) et des morceaux de xianyu (咸鱼, ‘poisson salé’ – Quel poisson? On ne sait pas. Mais ce n’est pas vraiment bon. Et les aubergines, sur cette île, en sont toujours assaisonnées!). Mais bon… Le plaisir est toujours là, et nous savourons ces précieux instants!
A la fin du dîner, nous apercevons au loin des projecteurs glisser sur l’eau et balayer plages et rochers. Bien que nous ne voyons pas l’allure des bateaux à cause de la distance et de l’obscurité, il s’agit vraisemblablement de patrouilles. Sur le radeau de tout à l’heure, un lbx nous avait dit qu’il y avait en effet une base militaire non loin de là. Mais que contrôlent-ils? Surveillent-ils des intrus susceptibles de pénétrer en territoire militaire? Dissuadent-ils des lbx de vouloir quitter le pays par la mer? J’ai beau essayé de me mettre à poil sous leur faisceau de lumière, mais aucune réaction de leur part…
Nous rentrons ensuite nous coucher dans nos tente. Les patrouilles dureront toute la nuit…
(*): En réalité, toutes deux ont des pépins. La première en a des blancs (pas beaucoup), et la deuxième des noirs (très nombreux).
Jour 180 (20/03/10)
Duodecun(多德村)-Xinlong(兴隆)
Province du Hainan(海南省)
- 32km -
Le soleil se lève doucement. Nous faisons de même. Evan et moi nous permettons même une baignade matinale.
Alors que nous remballons nos tentes, une vieille folle à la recherche de bouteilles en plastique, fouille dans nos ordures et explose le carton dans lequel nous avions tout mis afin que les déchets ne s’éparpillent pas sur la plage… Il ne nous reste plus qu’à tout ramasser et de remballer ça dans ce que nous pouvons. Nous quittons ensuite la plage et allons jeter cela dans une poubelle placée à l’entrée d’une maison où se trouve une lbx qui nous dévisagent, l’air de dire: « Ces salauds de laowai! De quel droit jettent-ils leur merde dans ma poubelle? Ils n’ont qu’à jeter tout ça sur la plage! C’est pas un vide-ordure chez moi! ». Autant suis-je un ferme partisan du dicton « À Rome, fais comme les Romains! » (入乡随俗), mais parfois, il y a quand même certaines choses auxquelles je n’arrive pas à me faire…
Nous nous arrêtons ensuite quelques kilomètres plus loin prendre un café et des petit gâteaux dans un chadian (茶店, terrasse où siroter thé/café). Derrière moi, est assis un lbx très… lbx…. Les dents noires, l’air un peu fou, une chemise de clodo, chiquant un bétel, et il est peut-être même aussi un peu bourré (il doit être à peine 10h!). Il m’adresse tout de suite la parole, me demande d’où nous venons, ce que nous faisons, si nous aimons le Hainan, etc. Mais loin de s’arrêter là, il me tapote toutes les 2 minutes sur l’épaule pour relancer la conversation:
- “我们这里很好客!” (« Nous-autres, ici, sommes très accueillants! »)
- “是吗?” (« Ah bon? »)
- “对!我们海南人很懂礼貌,很好客,很文明。跟大陆人不一样。他们喜欢来这里捣乱!” (« Oui! Nous-autres, Hainanais, sommes très polis, très accueillants, très civilisés. Pas comme les continentaux. Ils aiment venir ici foutre le bordel! »)
- “是吗?他们都做什么?” (« Ah bon? Ils font quoi? »)
- “什么都敢做!抢劫啊,杀人啊,… 什么都敢做!海南人不会 的!你可以放心!我们这里治安很好!” (« Ils osent tout! Voler, tuer, … Ils osent tout! Mais pas les Hainanais! Tu peux être rassuré! Ici, c’est très sûr! »)
- “我放心!我放心!” (« Je suis rassuré! Je suis rassuré! »)
- “对我们来说大陆人就像动物一样!他们没有素质!跟他们没法沟通!跟你们外国人不一样!海南人跟外国人可以沟通!你来我这里我就对你好!我去你那里你也对我好!外国人讲礼貌!海南人一样!” (« Pour nous, les continentaux, c’est comme des animaux! Ils sont pas éduqués! Impossible de communiquer avec eux! Ils sont pas comme vous, les étrangers! Les Hainanais peuvent communiquer avec les étrangers! Tu viens chez moi, je te traite bien! Je vais chez toi, tu me traites bien! Les étrangers sont polis! Les Hainanais, c’est pareil! »)

"Annonce concernant l'origine d'un cadavre non identifié - A tous les bureaux et commissariats: Le 24 février 2010, à 19h30, le comité du village de Fenhong du bourg de Dong'ao de la ville de Wanning a découvert à 300m à l'ouest du Pont Oupai le cadavre d'une femme non identifiée. Le cadave a environ 20 ans, mesure 1,52m, d'une corpulence moyenne, avec des cheveux de 20cm de long. Le haut de la mâchoire comprend quatre prothèses. Les orteils sont vernis en rouge. L'index et le majeur de la main gauche ont chacun un anneau couleur argent, l'un des deux étant un anneau double dont la partie extérieure peut pivoter. Un bracelet rouge, avec des pierres de jade et un disque de jade représentant un Bouddha, est attaché au pied gauche. La date du décès est estimée aux alentours du 20 février 2010. Tous les bureaux et commissariats sont invités à enquêter dans leur juridiction afin de déterminer si une personne correspondant au signalement ci-dessus n'a pas disparu, et à contacter au plus vite la police judiciaire de Wanning en cas de découverte d'indices. Personnes à contacter: Agent Lin: 13976062345 Agent Feng: 13976229339 - Bureau de la Sécurité Publique de la ville de Wanning 25/02/2010"
Il est assez drôle de constater que même sur cette île qui appartient à la Chine, les habitants cherchent à se détacher de l’ensemble de la population chinoise et peut-être aussi du pouvoir central. Ce qui explique pourquoi le concept d’ « union » est un thème récurant dans le message du Parti, qui cherche à tout prix à faire en sorte que le pays forme une seule et même famille. Car dans la situation actuelle, si fragile, si une seule ethnie, une seule province, un seul groupe, cherchait à se séparer de l’ensemble, ce serait sans doute un catastrophe pour tout le pays. Laisser une partie de la population se séparer de l’ensemble de la population serait ouvrir la boîte de Pandore.
Cette anecdote me fait penser que l’on peut classer quatre différentes catégories de Chinois suivant les rapports et l’attachement qu’ils ont par rapport au pouvoir central (et donc au Parti):
- Ceux qui cherchent à revendiquer une identité à part, qu’ils appartiennent à une ethnie ou à une race différente, qu’ils soient géographiquement éloignés du centre, qu’ils soient sur une île, qu’ils fassent partie d’un territoire aux systèmes politique et administratif différents. Ex: Mongolie Intérieure, Xinjiang, Tibet, Hainan, Hongkong, Macao, …
- Ceux qui ont tendance à se foutre du système et à ne pas vouloir se mêler de la politique, car ils savent qu’ils ne peuvent rien changer. L’important pour eux est de continuer leur train-train et d’accumuler toujours plus d’argent. Ex: Les riches, les classes moyennes des grandes villes, les hauts fonctionnaires locaux souvent corrompus et qui essaient de profiter à fond de leur poste et du système, …
- Ceux qui cherchent à se raccrocher au Parti parce qu’il n’ont plus rien. Ils pensent qu’aimer son pays signifie aimer le Parti. Ex: les soldats, les pauvres nostalgiques de Mao qui rêvent que les richesses soient partagées, les lbx en manque d’affection qui voient dans le nationalisme une issue (les échecs scolaires, les miséreux, les mingong, les moches, les nains, …), les lbx qui ne connaissent du passé et qui ne retiennent de l’actualité ce que le gouvernement leur rabâche sans cesse à la télé et dans les journaux et ainsi habités d’une haine envers les étrangers (Guerre de l’Opium, Guerre Sino-Japonaise, Guerre de Corée, Guerre du Vietnam, ingérence des Occidentaux dans les affaires internes de la Chine, la position des pays étrangers concernant Taïwan, …), les habitants des provinces pauvres du centre de la Chine (Anhui, Henan), …
- Les dissidents, actifs ou passifs. Ex: les intellectuels indépendants, les vieux désabusées et dégoûtés des politiques meurtrières de Mao, les lbx curieux d’entendre d’autres sons de cloche à travers Internet, les Chinois qui ont pu voyager très jeunes, …
Après s’être démarqué des continentaux, mon nouvel ami lbx, qui n’a vraisemblablement pas toute sa tête, me fait une présentation un peu diminuée de l’île de Hainan (qui fait environ 180km x 180km):
- “海南总面积有213平方公里。” (« La superficie de Hainan est de 213 km² »)
Je sais qu’on est pas au meilleur de notre forme, mais si en 3~4 jours, on est toujours pas parvenu à faire le tour d’une île de 213km², ça devient vraiment inquiétant…
Lorsque nous repartons et que je prends, en souvenir, une photo de notre chiqueur hainanais, le patron, visiblement un peu honteux de celui qui doit être un de ses fidèles clients, me lance:
- “千万不能拿他代表海南!” (« Tu ne dois absolument pas le considérer comme un représentant de Hainan! »)
Les prochains kilomètres défilent très lentement, car Evan, n’est toujours pas remis. Se sentant mal et ayant mal au bide, il demande à s’arrêter toutes les 5 minutes, pour s’allonger ou s’accroupir dans un champs et chier vert.
Nous arrivons finalement et non sans peine à Xinglong, que l’on pensait être un petit bled comme les autres, mais qui se trouve être un lieu assez touristique, ce qui explique les 120 yuan de la chambre d’hôtel. Touristique pour quoi? Ses plantations de café! Le café de Hainan n’est pas le meilleur du monde, très très loin de là (il est même souvent dégueu!), mais il est connu à travers toute la Chine! Le chiqueur de ce matin s’était même permis de me dire:
- “世界上最有名的咖啡有巴西和海南!” (« Les deux cafés les plus connus au monde sont le brésilien et le hainanais! »)
Peut-être que le premier est connu comme étant le meilleur et le deuxième le plus infecte. Ça se tiendrait…

"Bienvenu au village de Pékin" - Pour attirer les touriste, la municipalité de Xinglong n'a pas trouvé mieux que de construire un quartier touristique du nom de la capitale chinoise. Même le slogan est repris des JO de 2008: "Un monde unique, un rêve commun".
Toujours est-il qu’à l’entrée de l’hôtel, le patron nous propose d’aller visiter une plantation. Cela nous intéresse d’autant plus qu’aucun de nous n’a vu de caféiers de sa vie! Mais étant donné la santé d’Evan, nous repoussons l’offre à demain. Et ce dernier ne semble pas le seul atteint. Pour la deuxième fois depuis que nous sommes sur cette île, j’ai des problèmes de tuyauterie. Andy, quant à lui, présente les premiers symptômes d’une petite conjonctivite. Bref… L’acclimatation n’est pas si facile que nous l’espérions! Et comble du comble, Andy, qui disait faire une petite sortie au supermarché pour acheter du PQ, revient avec la boule à zéro. Il nous dit ne plus supporter la chaleur sous sa touffe de poils. Le pacte est rompu. Mais Evan et moi restons déterminer à ne rien toucher avant notre retour à Pékin (assez facile pour Evan, avec sa calvitie et trois poils sous le nez!).
La soirée se termine doucement, dans le repos. Un bol de nouilles pour dîner, et au lit!
Jour 181 (21/03/10)
Xinlong(兴隆)-Lingshui(陵水)
Province du Hainan(海南省)
- 34km -
Au réveil, nous allons tous beaucoup mieux qu’hier. Mais le patron n’est pas encore prêt à nous accompagner visiter les plantations de café: il dort toujours sur le canapé de l’entrée!
Nous partons alors prendre un petit déjeuner, et arrivés devant un resto de nouilles, nous nous faisons alpaguer par une lbx qui, croyant évidemment que nous ne parlons pas chinois, nous fait signe de la main de venir nous asseoir. Pourquoi pas? A peine avons-nous le temps de nous asseoir qu’elle nous montre le bol de nouilles que bouffe un lbx à côté de nous et nous fait le chiffre « 3 » avec la main:
- “等一下!你们有什么面?” (« Attends! Vous avez quoi comme nouilles? »)
- “汤面!要三碗?” (« Des nouilles bouillies! 3 bols? »)
- “等一下!有没有炒面?” (« Attends! Y’a des nouilles sautées? »)
- “没有只有汤面!” (« Non, que des nouilles bouillies! »)
- “只有汤面?没有炒的?” (« Que des nouilles bouillies? Pas de sautées? »)
- “没有!汤面,要3碗?” (« Non! Des nouilles bouillies, 3 bols? »)
- “等一下!我们不吃肉!里面不要放肉!一点肉都不要!” (« Attends! On ne mange pas de viande! Faut pas mettre de viande! Pas de viande du tout! »)
- “好的!3碗?” (« D’accord! 3 bols? »)
- “对,三个!” (« Oui, 3 bols! »)
Une minute après, une grosse serveuse se ramène avec 3 bols de nouilles. Un peu étonnés de la rapidité du servie, nous vérifions, et évidemment, il y a de la bidoche.
- “服务员!我们说了不要肉!” (« Serveuse! On a dit qu’on voulait pas de viande! »)
- (la patronne intervient:) “不要肉就拿出来扔吧!” (« Si vous voulez pas de viande, sortez-la et jettze-la! »)
- “不是!我们的面不要跟肉一起煮!” (« Non! Faut pas bouillir nos nouilles avec de la viande! »)
La serveuse repart alors avec nos nouilles, mais revient 30 secondes plus tard, avec visiblement les même bols. Sans doute se sont-ils contentés d’enlever les morceaux de porc qui trempaient dans la soupe. Et ben même pas! Elle nous a ramené exactement la même chose: mêmes bols, mêmes nouilles, même soupe, mêmes morceaux de porc. Alors évidemment, on se casse en lui rigolant au nez… pour bouffer dans le boui-boui juste à côté, où la patronne comprend tout à fait ce que nous voulons. Se foutre de la gueule du monde comme ça, c’est assez incroyable. Comme dit Evan, l’info ne leur monte pas au cerveau. On a beau leur dire, il ne comprenne pas comment on peut manger des nouilles sans viande. Pour eux, c’est un concept incompréhensible, inimaginable…
Nous rentrons ensuite à l’hôtel, et le patron, réveillé, propose de nous emmener en voiture voir les plantations. Petit, bien en chair, très mat de peau et les traits gros, il ressemble davantage à un cambodgien qu’à un Chinois. On ne croit pas si bien penser! Il s’agitun ancien Chinois d’outre-mer, originaire du Vietnam. C’est d’ailleurs le cas de la grande majorité de la population locale, nous explique-t-il. Tous viennent d’Asie du Sud-Est: soit du Vietnam, sois du Laos, soit du Cambodge, et sont venu ici pour investir et faire valoir leur expérience à l’étranger. Mais qu’est-ce qui l’a poussé à quitter le Vietnam? La guerre! Et plus précisément, le conflit sino-vietnamien, que l’on connaît peu. En effet, le Vietnam n’a pas été le seul théâtre de l’opposition entre le capitalisme et le communisme, il a également été utilisé par le dictateur fou qu’était Mao pour « donner une leçon » à Khrouchtchev, alors partisan d’une ligne plus souple. La famille de notre ami, Lao Yang (老杨, Vieux Yang), est rentrée en Chine lorsqu’il n’avait que 6 ans et ne parle quasiment pas vietnamien. Mais il n’est pas un véritable Hainannais. Ses ancêtres viennent du Guangxi, tout près du Guangdong. C’est d’ailleurs pour cela qu’il sait parler cantonnais, et pas le dialecte local.
Beaucoup de Chinois d’outre-mer sont venus ici, nous explique-t-il, apporter leur savoir-faire dans la culture de caféiers. C’est en partie son cas. Bien que son père élève des cochons, et que lui soit plutôt dans l’hôtellerie, son frère possède des plantations de café. C’est même lui que nous allons voir.

Feuille de bétel (c'est elle qui est pliée en petit triangle avec de la chaux à l'intérieur, puis mâchée avec un morceau de noix d'arec)
Il nous accueille très gentiment et nous guide à travers le labyrinthe de la grande bute qui jouxte sa maison, et dans lequel poussent caféiers, jaquiers (菠萝蜜树) et palmiers à bétels (槟榔树). Il nous montre également la plante qui donne les feuilles que l’on chique avec la noix d’arec: il s’agit du bétel (蒌叶, lóu yè), une plante grimpante.
J’en profite de faire un petit récapitulatif sur sur la chique du Hainan, car les noms donnés en français aux différents ingrédients prêtent à confusion. Cette chique, appelée en français « bétel », est constitué de:
- la noix d’arec (槟榔), dont l’arbre est improprement appelé ‘palmier à bétel’,
- la feuille de bétel (蒌叶 - plante qui n’a rien à voir avec la noix d’arec ou avec le palmier à bétel),
- la chaux (石灰 ou 壳灰), dont on nous a dit qu’elle était fabriquée à partir de coquillages (je n’ai toujours pas compris ce point).
Après cette petite visite, Lao Yang nous emmène voir le café local dans une petite cafétéria, où nous avons également la chance de goûter à des spécialités de pays d’Asie du Sud-Est. Et le café est cette fois-ci plutôt correct. Petites infos complémentaires, en passant, sur le café de Hainan: ils ne cultivent que du robusta (小果咖啡, généralement moins bon que l’arabica – 中果咖啡 - Voir: RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES DIFFÉRENTES CULTURES), et le préparent dans une sorte de petit matériel d’apprenti chimiste, avec ballons et bec Bunsen, que l’on appelle en français « siphon balancier » (PHOTO / WIKI EN).

Sur le mur de la cafétéria: "Veuillez ne pas cracher de jus de noix d'arec par terre" (Sinon, ça laisse une trace rouge très visible. Dans certains chadian, on se croirait presque sur une scène de crime!)
Dernière étape: Lao Yang nous emmène voir l’élevage de porc de son père. Sur le chemin, notre ami nous montre toutes les constructions dédiées à l’ouverture de l’île et du bourg sur le tourisme, en disant fièrement à Evan:
- “小魏,你明年回来这里都是大楼!” (« Xiao Wei, quand tu reviendras dans 2 ou 3 ans, ici, ce ne sera que des grands bâtiments! »).
Ah… Ces buildings, symboles de modernité, dont les chinois raffolent tant! S’ils sont jaloux de notre Tour Montparnasse, on peut leur offrir Giscard! On s’en serait bien passé…
Concernant la visite porcine, elle est rapide. Ce n’est pas la première fois que nous en voyons. Et ces pauv’bêtes, constamment enfermés, n’ont pas l’air de péter la forme!
Au retour vers l’hôtel, le père de Lao Yang, qui est monté avec nous, nous sort:
- “你们是美国人?我在越南的时候,有一天,一个美国飞机掉了。我都不知道怎么跟那个飞行员沟通。” (« Vous êtes Américains? Quand j’étais au Vietnam, un jour, un avion américain est tombé. Je ne savais pas communiquer avec l’aviateur américain. »)
Avant d’ajouter:
- “现在都是朋友。我们都可以旅游。你们可以来中国。我也可以去你们美国。世界和平最好!” (« Maintenant, nous sommes tous amis. Nous pouvons tous voyager. Tu peux venir en Chine. Je peux aller chez vous, aux États-Unis. La paix mondiale, c’est ce qu’il y a de mieux! »)
Une fois rentrés à l’hôtel, nous préparons vite nos affaires et repartons, sans oublier bien entendu de remercier notre ami Lao Yang pour cette visite et ce petit déjeuner… gratuits!
Malheureusement, Evan se sentant toujours un peu fatigué, nous n’allons pas très loin et nous arrêtons dans la ville moche et conne de Lingshui, où nous sommes harcelés par des « Halloowww! » à n’en plus finir… Nous terminons notre journée dans une chambre d’hôtel équipée d’Internet. Ayant beaucoup à écrire, nous décidons d’y rester deux nuits.

Sur la plaque de gauche: "Station de mesure d'urgence de Lingshui (Hainan) contre le fléau des locustes"
Evan, qui commence à en avoir ras le bol de tomber malade avec la bouffe locale, rêve d’un bon resto occidental. Mais à part une espèce de confiserie aux sandwiches dégueulasses, le choix est assez restreint… Mais il n’est pas à plaindre: il sera à Hongkong dans une semaine pour son visa!
Jour 182 (22/03/10)
Lingshui(陵水)
Province du Hainan(海南省)
La journée d’aujourd’hui étant dédiée à l’écriture, à la mise à jour du blog et à Internet, nous ne faisons rien de très aventurier. Pas de vélo, pas de plage, pas de fatigue, pas de sueur… rien! A nous de profiter de la semaine qui nous reste dans cette province insulaire.
Cependant, il est à noter que ce 22 mars 2010 est une date symbolique. Ayant quitté Pékin le 23 septembre 2009, cela fait exactement 6 mois que nous sommes sur les routes de Chine. Et heureux hasard: Lingshui est l’endroit situé le plus au sud dans tout notre périple. Demain, nous repartirons vers le nord. Non plus par les côtes, cette fois-ci, mais par l’intérieur de l’île, et donc par les montagnes. Sur le continent également, nous ne longerons plus les côtes, et devrons gravir des montagnes du Guangxi, du Yunnan, du Sichuan et du Qinghai, avant d’emprunter les pleines de la Mongolie Intérieure…
Aussi bien sur le plan spatial que sur le plan temporel, nous pouvons donc dire que demain, nous rentrons à Pékin!





























““什么都敢做!抢劫啊,杀人啊,… 什么都敢做!海南人不会 的!你可以放心!我们这里治安很好!” (« Ils osent tout! Voler, tuer, … Ils osent tout! Mais pas les Hainanais! Tu peux être rassuré! Ici, c’est très sûr! »)
# “我放心!我放心!” (« Je suis rassuré! Je suis rassuré! »)
# “对我们来说大陆人就像动物一样!他们没有素质!跟他们没法沟通!跟你们外国人不一样!海南人跟外国人可以沟通!你来我这里我就对你好!我去你那里你也对我好!外国人讲礼貌!海南人一样!”
Je suis mort de rire… je l ai montre a ma copine et a quelque amis ils sont mdr aussi .
Incroyable ces chinois, dans toutes les villes ils denigrent les autres.
Mais la c est fort! haha
Pour les meufs a poil dans les chambres…j en ai moi aussi quelque photos. En général, c est les hotels très chinois. Je te raconterais une annecdote au tel.
D’autant plus poilant que le gars c’était absolument l’archétype du lbx: cradingue, ongles et dents noirs, avec sa chique dans la gueule… C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité!