Jour 162 (02/03/10)
Shenzhen(深圳)
Province du Guangdong(广东省)
Nous étant couchés tard hier soir, ce n’est que vers 9h30 que nous nous levons et préparons nos affaires pour partir. Après un bon petit déjeuner pains-café, nous nous rendons chez le vélociste Trek de la ville, où Andy veut faire vérifier son pédalier qui ne cesse de faire du bruit, et où nous devons également racheter quelques chambres à air. Je compte en profiter également pour leur demander s’ils n’ont pas la jante que je cherche, à savoir: une 26 pouces à 36 trous. Les magasins Trek étant, en Chine, parmi les meilleurs, il y a peut-être une chance…
Lorsque, au bout de trois quart d’heure, nous y arrivons (le magasin est à quelques 15km!), nous tombons sur des jeunes lbx très serviables, sous la direction d’un patron hongkongais qui ne daigne parler qu’en cantonais ou en anglais (très rarement en mandarin!).
Concernant le problème d’Andy, ils ne trouvent pas vraiment de solution. D’après eux, le hic viendrait de la chaîne, mais ils déconseillent de la changer sans changer aussi le pignon, car l’ensemble chaîne-pignon, avec le temps et au fil des kilomètres, s’est modelé par les frottements (en chinois: 磨合). Andy trouve cela bizarre et ne veut pas dépenser d’argent dans un nouveau pignon. Il ne change donc rien, et verra s’il peut résoudre son problème à Canton.
Quant à mon problème de jante, il disent au début ne pas en avoir, mais lorsque je leur demande de se renseigner pour savoir si je peux en trouver une ailleurs, ils se décident enfin à se bouger le cul et téléphonent à droite à gauche pour voir s’ils peuvent m’en trouver une. Réponse: oui, mais il faudra attendre jusqu’à 16h. Ce genre de jante étant très difficile à trouver, j’accepte. Nous ne partirons donc pas aujourd’hui.
S’ensuit alors une situation très lbx, où le patron essaie de me faire comprendre quelque chose, par l’intermédiaire de ses employés, un petit gros un peu neuneu, qui vient me communiquer le message, sans lui-même en comprendre le contenu:
- (le gros à moi) “你为什么要换个轮圈?” (« Pourquoi tu veux changer de jante? »)
- (moi au gros) “因为这个轮圈只有32孔,而且是捷安特的, 质量很不好!” (« Parce que ma jante actuelle n’a que 32 trous, et c’est une Giant, la qualité n’est pas bonne! »)
- (le gros au patron) “他说他这个轮圈只有32孔,捷安特的, 质量不太好!” (« Il dit que sa jante n’a que 32 trous, que c’est une Giant, et que la qualité n’est pas très bonne! »)
- (le patron au gros) “…” (« … »)
- (le gros à moi) “其实我们这个36孔的轮圈也不一定比你这个好!” (« Mais notre jante de 36 trous ne sera pas forcément meilleure que celle que tu as actuellement! »)
- (moi au gros) “为什么?” (« Pourquoi? »)
- (le gros au patron) “为什么?” (« Pourquoi? »)
- (le patron au gros) “…” (« … »)
- (le gros à moi) “问题是中国的东西跟国外的比起来没那么好!” (« Le problème, c’est que le matos chinois n’est pas aussi bon que le matos étranger! »)
- “对啊,所以我这个轮圈质量很不好!” (« Oui, c’est pour ça que ma jante n’est pas bien! »)
- “对!” (« Exact! »)
- “所以?” (« Et donc? »)
- “所以什么?” (« Et donc quoi? »)
- “我不知道,你说中国的东西没有国外的好。你为什么跟我说这个?” (« Je sais pas, tu dis que le matos chinois n’est pas aussi bon que le matos étranger. Pourquoi tu me dis ça? »)
- “我不懂。” (« Je comprends pas. »)
- (un autre employé arrive et explique au gros:) “他想知道你为什么跟他说了这句话?” (« Il veut savoir pourquoi t’as dit cette phrase. »)
- (le gros au patron) “中国的东西没有国外那么好… 为什么要说这句话?” (« Le matos chinois n’est pas aussi bon que la matos étranger… Pourquoi dire cette phrase? »)
- (le patron au gros) “…” (« … »)
- (le gros à moi) “因为你现在的辐条是在国外买的。” (« Parce que tes rayons, tu les a achetés à l’étranger. »)
Bref… tout un ensemble de phrases détournées pour me pousser à acheter des rayons fabriqués en Suisse, 7 fois plus cher que des rayons chinois. Je lui dis alors d’installer mes propres rayons, qui sont encore mieux.
Nous partons ensuite à la recherche d’un hôtel, et en trouvons finalement un correct, grâce aux conseils du petit gros. A 16h, je retourne ensuite au vélociste pour faire changer ma roue, tandis que mes coéquipiers vont revoir leurs amis qu’ils avaient cru quitter la veille. Après une bonne petite heure à patienter dans un café, je vais reprendre mon vélo, muni de sa nouvelle roue, qui semble opérationnelle. Je rentre à l’hôtel. Andy et Evan ne tardent pas trop, car demain, il faudra essayer de rattraper le temps perdu.
Jour 163 (03/03/10)
Shenzhen(深圳)-Canton(广州)
Province du Guangdong(广东省)
- 120km -
Nous nous levons à 6h30, avant de prendre un petit dèj d’excellent baozi! Ça faisait longtemps!
Nous prenons ensuite la seule route qui mène vers Canton, et qui est malheureusement une nationale, remplie de bagnole et super polluée: la pire que nous ayons connue jusqu’ici.
Ayant roulé vite, nous arrivons en début d’après-midi, plus tôt que prévu. La ville de Canton, connue pour être le berceau de la culture de la province du Guangdong, s’avère être une ville très « Chine moderne », c’est à dire remplie d’immeubles neufs. Y circuler à vélo est de plus un calvaire, car deux ou trois préposés à la circulations (交通协管, qui ne font pas partie de la police), nous sifflent pour nous faire rouler sur le trottoir. Une règle complètement stupide propre à cette ville. Mais bon… Tant que le feu est vert, nous roulons droit devant, en faisant mine de ne rien entendre.
Bien qu’il s’agisse d’une des plus grandes villes de Chine, nous trouvons, pour 150 yuan seulement, une chambre à trois lit avec internet, dans un hôtel situé au bord d’un petit cours d’eau noir-pétrole, et qui chlingue à 100 mètres. Nous passons le reste de la journée à nous reposer et allons dîner dans un Lanzhou lamian (兰州拉面, nouilles hui de Lanzhou). Ça aussi, ça faisait longtemps qu’on en avait pas bouffé! Programme de demain: Evan a une amie qui a de la famille ici. Ils faudra aller les voir.
Jour 164 (04/03/10)
Canton(广州)
Province du Guangdong(广东省)
Après nous être levés tardivement, nous restons nous reposer un peu dans notre chambre, puis partons passer l’après-midi dans un Starbucks.
En fin d’après-midi, nous allons rejoindre un couple d’une soixantaine d’années, faisant partie de la famille d’une amie d’Evan. Ils s’appellent Ye (叶). Décidément, nous sommes destinés à rencontrer des Chinois qui portent ce nom de famille. Ils nous emmènent déposer nos vélos dans leur vieil immeuble modeste, sous un escalier, avant d’amener tous nos sacs dans leur appartement. La décoration intérieure est assez sympa, mais ce sont à l’évidence des lbx lambda. Rien à voir avec le boss d’une mine de charbon ou le Secrétaire du Parti d’un village. Ils nous servent du thé et nous commençons à discuter. L’amie en question d’Evan est une Américaine d’origine chinoise, tandis qu’eux, sont des Chinois partis il y a 10 ans tenter leur chance aux États-Unis. Alors que lui avait déjà 50 ans, ils ont quitté leur pays pour espérer gagner plus d’argent. Le récit de leurs aventures sur le Nouveau Continent est très intéressant, mais leur prononciation du chinois, fortement influencée par le cantonnais, fait que nous avons parfois un peu de mal à les comprendre:
“我们在纽约xi lian” (« On est resté à New-York ‘xi lian’ »). « Xi lian? ». “洗脸?” Se laver le visage? Ils étaient « laveurs de visage » à New-York? Quel drôle de métier… Non! Ça peut pas être ça! “Xi lian!”, nous répète-t-il. “西联?” Western-Union? Ok, ils travaillaient à Western-Union? Non! “Xi lian!”, nous répète-t-il encore, en nous faisant le chiffre 4 avec sa main. Oohhhh… Ok! “四年!” 4 ans! Ils sont restés à New-York 4 ans! (₁)
Lui, était médecin chinois. Beaucoup d’Américains venaient le voir. Elle, était aide à domicile pour personnes âgées. Peu fatigant, précise-t-elle, c’était bien payé: 10 USD/h. Après une journée de 12 heures, elles rentrait à la maison avec 120 dollars en poche. Ils ont réussi à beaucoup économiser là-bas, mais à part la famille de Mme Ye, ils ne connaissaient personne. Pas d’amis. Et les autres Chinois du quartier ne venaient pas du Guangdong. Ils ont donc préféré revenir ici. Leur green card est toujours valide, mais cela fait 2 ans qu’ils n’y sont pas retourné. Dans quelques mois, peut-être, iront-ils en vacance voir quelques membres de la famille…
C’est à peu près sur ces bonnes paroles qu’ils nous invitent ensuite à descendre. Une camionnette nous attend en bas pour aller dîner. Au volant: le frère de Ye, accompagné de sa femme et de leur fille de 22ans, une petite grassouillette dont le nom anglais est Season (les Chinois ont du mal à comprendre qu’en Occident, on ne peut pas s’appeler n’importe comment, qu’il y a des prénoms qui existent, et qu’on ne peut pas se fabriquer un nom comme « Saison », « Éclair », « Chine nouvelle », « Pour le peuple » ou encore « Furoncle à moustache »…). Vraisemblablement gâtée-pourrie par ses parents, elle se comporte comme une gamine de 6ans. Nous partons tous ensemble vers un grand restaurant, où nos hôte nous invitent à bouffer d’excellentes spécialités de la région, et notamment les changfen (肠粉, rouleaux de pâte au riz) et les shahefen (沙河粉, nouilles de riz) sautées au bœuf (干炒牛河). Autour de ce festin, que le couple Ye continue son récit sur les États-Unis, pendant qu’Andy doit se taper une conversation de mongoliens avec Season, toute excitée de pouvoir échanger quelques mots d’anglais.
Les Ye sont donc restés en tout 8 ans aux États-Unis. Au début, il a été cuisto dans un petit bled de Caroline du Nord, où il n’y avait aucun Chinois. Puis ils sont partis s’installer au China Town de New-York, où ils pouvaient gagner jusqu’à 8.000 dollars par mois, en ne dépensant que 600 dollars de loyer (sûrement dans un trou à rats). Autant dire qu’ils ont mis pas mal d’argent de côté. Si faire de l’aide à domicile n’a pas été trop fatigant pour elle, lui en revanche, s’est crevé à faire des massages sur des clients qui pesaient plus du double de lui. Quand les orques remplies de ketchup et de hamburgers s’allongeaient, il savait que ça n’allait pas être une mince affaire. Approchant la soixantaine, après avoir bien bourlingué et économisé suffisamment dans un pays où ils sont arrivés trop tard pour pouvoir s’y habituer (notamment la bouffe), ils ont préféré revenir dans leur ville de Canton.
Avant 1976, au temps de Mao, la vie était dure, assurent-ils. Mais à partir de 1978, avec la Politique de Réforme et d’Ouverture, les conditions se sont améliorées, même s’il y a de plus en plus de Chinois d’autres provinces qui viennent salir la ville en jetant leurs saletés partout dans la rue. Car il n’en démordent pas: si des rues sont sales, c’est à cause des waidiren (外地人, gens des autres provinces). Les Cantonnais, eux, ne jettent rien par terre!
Ye est un gars plein d’humour. Avec sa tête marrante, il pourrait être un bon humoriste de xiangsheng (相声, sketchs comiques chinois). Il n’hésite jamais à broder ses récits, que ce soit son aventure aux États-Unis, ou encore sa jeunesse au pays. Quand il était jeune, lui aussi adorait faire du vélo:
- “你们骑单车的时速有50公里吧?” (« Vous roulez autour de 50km/h, n’est-ce pas? »)
- “没有!没有!25左右!” (« Non! Non! 25, environ! »)
- “25?那很慢!我年轻的时候,也很喜欢骑单车。每天都骑。也可以载4个人,前面两个后面两个。时速也大概50公里!” (« 25? C’est tout? Quand j’étais jeune, j’aimais aussi faire du vélo. J’en faisais tout les jours. Je pouvais transporter 4 personnes, 2 devant et 2 derrière. Et je roulais à environ 50km/h! »)
Toujours à la recherche d’une anecdote marrante, il nous apprend une phrase en cantonais, en rapport avec la France:
- “你们法国的拿破仑很有名!” (« Le Français Napoléon est très connu! »)
- “对!” (« Oui! »)
- “我们广东话有一句跟拿破仑有关系。拿破仑,就是法兰西皇帝!我们在广州说“法兰西KING”, 就是“别讲了!”的意思!“法兰西KING!”或者“法兰西皇帝!”你说“法兰西皇帝”,广州人都知道是什么意思!” (« En cantonnais, on a une phrase en rapport avec Napoléon. Napoléon, c’est l’Empereur de Falanxi(₂)! En cantonais, quand on dit ‘fan lan xi king’, ça veut dire « Ne parle plus! Tais-toi! ». « Fanlanxi King! » ou « Empereur de Falanxi! ». Si u dis « Empereur de Falanxi », tout les gens de Canton savent ce que ça veut dire! » (₃)
Puis la conversation se termine sur les États-Unis, où la mère de Season, Mme Liang (梁), voudrait bien envoyer sa fille:
- “她很想去美国,可是不知道怎么走!要是嫁给个美国人是不是简单多了?” (« Elle veut vraiment aller aux États-Unis, mais ne sait pas comment y aller! Est-ce que ce ne serait pas plus facile si elle se mariait avec un Américain? »)
- (Evan:) “不一定!现在为了拿到美国国籍而嫁给美国人的中国人很多。政府管的很严!” (« Pas forcément! Aujourd’hui, beaucoup de Chinoise se marient avec un Américain pour obtenir la nationalité américaine. Le gouvernement fait attention! »)
- “那怎样才能去美国?她很想去!” (« Alors comment elle peut aller aux États-Unis? Elle veut vraiment y aller! »)
- “还是申请学校好。如果能申请学校的话,签证就很好办了!” (« Le mieux est encore de s’inscrire à une université. Si elle s’inscrit, un visa sera facile à obtenir! »)
Rassasiés, nous quittons enfin le restaurant, remontons dans la camionnette, direction l’appartement des Ye, pour reprendre toutes nos affaires, et nous rendre vers l’endroit qui nous a été réservé pour la nuit. Nous embarquons nos sacs dans la camionnette, que nous suivons à vélo. Nous arrivons dans une petite résidence lbx aux immeubles horribles, où nous accueillent une certaine Mme Huang (黄), qui parle un assez mauvais mandarin, et sa fille, qu’on nous présente comme étant une future “femme dévouée et mère vertueuse” (贤妻良母 ). Décidément, on essaie de nous refourguer toute les filles de la famille!
Nous entrons dans un petit studio non meublé, à part un lit double. Après que nous avons monté nos sacs et nos vélos, tous nos amis se réunissent dans le studios et discutent, tantôt entre eux, tantôt avec nous, pour réfléchir sur ce que nous devons faire et ne pas faire afin que nous soyons installés confortablement, que nous sachions quoi faire dans telle ou telle situation, et que nous ne soyons pas « en danger ». Ils restent ainsi presque une heure dans le petit studio:
- “地有点湿,铺一点报纸就好!” (« Le sol est un peu mouillé, mettez du papier journal et ça ira! »)
- “床垫可以放地上,这样就可以睡三个人!” (« Vous pouvez mettre le matelas sur le sol, comme ça vous pourrez dormir à trois! »)
- “这个是开灯的!” (« Ça, c’est pour allumer la lumière! »)
- “这里只有冷水!没有热水!” (« Là, y’a que de l’eau froide, y’a pas d’eau chaude! »)
- “晚上关窗户比较安全!” (« La soir, c’est plus sûr de fermer la fenêtre! »)
- “出门的时候把车一起锁,贵重物品要带在身上!” (« Lorsque vous sortez, attachez vos vélos ensemble, et prenez vos objets de valeur avec vous! »)
- “晚上睡觉的时候把门锁好!” (« Lorsque vous vous couchez, fermez la porte à clef! »)
- “如果要出去买东西,家里要有一个人在!” (« Si vous sortez acheter quelques chose, il faut que quelqu’un reste ici! »)
- “这个灯泡坏了,我们换个新的!” (« Cette ampoule ne marche plus, on va en mettre une nouvelle! »)
- “晚上饿可以吃水果!” (« Si vous avez faim le soir, vous pouvez manger des fruits! »), …
Du véritable assistanat, alors que tout ce que nous voulons, c’est qu’on nous laisse nous reposer tranquillement! La Mère Huang délire tellement, qu’elle donne à Evan des instructions en cantonais! La situation est tellement cocasse et ridicule, que lorsque la Mère Huang et sa fille (alors que tous les autres sont déjà partis) me demandent si nous arriverons à fermer la porte à clef, je sors un “没问题!” (« Pas de problème! ») en m’écroulant de rire par terre. Le fille, qui doit comprendre que la situation est un peu ridicule, dit à sa mère: “好了,好了。我们走了。晚安!” (« Ok, ok. On part. Bonne nuit! »). Ce genre d’assistanat reflète tout à fait comment ces familles se comportent avec leurs filles et explique pourquoi elle deviennent à une vingtaine d’années des gamines incapables de faire quoi que ce soit, comme cela semble d’ailleurs le cas pour cette pauvre Season. C’est tout juste si ils ne nous ont pas expliqué comment aller aux chiottes… genre: « Bon, si vous sentez en vous une envie de chier, allez aux chiottes, défroquez-vous, accroupissez-vous, attendez, et poussez si nécessaire. Une chose marron sortira de votre cul. N’ayez pas peur! Ce n’est que de la merde! C’est sale, alors ne jouez pas avec et ne la mangez pas! Une fois que vous avez terminé, remettez-vous debout, mais attention! Avant de vous refroquer, essuyez-vous correctement l’anus! Jetez le papier, renfilez votre slibard et tirez la chasse. Si vos mains puent, vous pouvez éventuellement vous les laver, mais cette étape est facultative! ». Bon, je m’arrête là…
Une fois tranquilles, nous prenons notre douche froide et nous couchons. Demain: visite de la ville!
(₁): En chinois, « quatre ans » se prononce « sì nián » (四年), « se laver le visage » se prononce « xǐ liǎn » (洗脸), et Western Union « xī lián » (西联). Ye, lui ne distingue pas « si » de « xi », ni « nian » de « lian ».
(₂): La transcription phonétique de France est « Fǎ lán xī » (法兰西).
(₃): Pour les sinisants: après vérification, ce jeu de mot est un xiehouyu (歇后语). On dit “拿破仑” ou “法兰西皇帝” pour exprimer “法兰西 King”, qui se prononce grosso modo comme la phrase cantonnaise “费卵事倾”, qui veut dire “懒得跟你说” ou “费时跟你说“, c’est-à-dire « J’ai plus envie de t’en parler », « Ça me fait chier de gaspiller ma salive avec toi ». Ici, “卵” , qui signifie « ovaires » est employé pour ajouter de la vulgarité et renforcer le sens. “你做乜卵啊?” pourrait se traduire « What the hell/fuck are you doing? ».
Jour 165 (05/03/10)
Canton(广州)
Province du Guangdong(广东省)
A 8h30, nous nous levons, et la Mère Huang vient nous chercher, pour nous emmener vers la camionnette qui nous attends, avec les deux couples Ye, et Season. Tous ensemble, nous allons prendre un excellent, sublime, inoubliable petit déjeuner dans un grand resto. Les snacks de Canton sont réputés à travers toute la Chine, et ce n’est pas pour rien! Nos hôtes nous emmènent au buffet, prendre ce que nous voulons déguster: changfen (肠粉) aux œufs ou au bœuf, gâteau de châtaigne d’eau (马蹄糕), petits pains fourrés, du sucré, du salé, etc. Une véritable orgie de bouffe!
Nous remontons ensuite dans la camionnette, et commence alors la visite de la ville, avec… le Stade Olympique de Canton (广州奥林匹克体育场). Nous avions cru avoir fait comprendre à nos amis le genre de paysage qui nous intéressait, mais le message n’est apparemment pas passé. Aller voir la gueule d’un stade tout récemment construit n’a pour nous aucun intérêt! Peut-être la suite sera-t-elle meilleure. En attendant, la mère de Season vient nous expliquer combien vertueuse est sa fille: “她很内向,很会画画,还会弹钢琴,…” (« Elle est réservée, elle sait dessiner et joue du piano, … »). Nous acquiesçons en ayant un peu de mal à nous retenir de rire.
La camionnette nous emmène ensuite à une station de bus, où le couple Ye et la mère de Season nous accompagne pour poursuivre la visite en transport en commun. Après une bonne demi-heure de bus, nous arrivons de l’autre côté de la ville, pour voir… on se sait pas trop quoi. Nous sommes à l’entrée d’un parc, nous voyons une tour de télévision, et un autre grand building, … Encore une fois, aucun intérêt!
Prochaine étape: le déjeuner! Cela fait à peine deux heures que nous avons pris notre petit dèj, que nous devons rebouffer! Pour une raison inconnue, la Mère Ye nous emmène en taxi, jusqu’à une petite rue où nous attendons son mari et sa belle-sœur, qui eux prennent le bus. Pendant que nous les attendons, elle nous raconte comment elle à connu le Père Ye: jeune, elle est tombée du 7ème étage d’un immeuble. Et alors que tous les médecins la condamnait sur un fauteuil roulant, le Père Ye, lui, a réussi à la faire remarcher. “我那时侯不想活了。他天天都陪我,怕我自杀!” (« Je n’avais plus envie de vivre. Il était tous les jours à mes côtés, de peur que je ne me suicide! »). C’est de là qu’est né leur relation.
Lorsque les deux autres nous rejoignent, nous allons dans un un dapaidang (大排档), sorte petit boui-boui servant souvent de cantine à mingong (民工, ouvriers migrants). Ça a le mérite d’être bon et pas cher. Le Père Ye insiste à plusieurs reprise pour que nous mangions toujours plus: “不够再点!有的是时间!” (« Si y’en a pas assez, reprenez-en! On a du temps! »), avec son fort accent cantonnais qui le fait prononcer les ‘shi’ en ‘xi’: “yǒu de xì xí jiān”.
Nous prenons ensuite à nouveau le bus et arrivons au Temple de la Famille Chen (陈家祠), appelé aussi Institut de Monsieur Chen (陈氏书院), construit en 1894, classé au patrimoine national en 1988, et reconnu en 2006 comme étant la « carte de visite culturelle de la ville de Canton » (广州城市文化名片). Sûrement a-t-elle été refaite, car ce n’est aujourd’hui qu’une grande maison très kitsch, peinte d’un peu toutes les couleurs, et servant de Musée de Produits Artisanaux Folklorique de Canton (广东民间工艺博物馆). Si quelques meubles, bibelots ou éventails ne sont pas extraordinaires de beauté, les peintures, elles, ressemblent plus à des canevas qu’autre chose, parmi lesquels, un portrait de Hu Jintao. Un endroit qui ne mérite pas plus que les 15 minutes que nous y passons, ni que les 10 yuan de billet d’entrée. A la sortie, le Père Ye me dit fièrement: “我们中国有很多像这样的老房子!” (« En Chine, nous avons beaucoup de vieilles maisons comme ça! »). S’il savait que sur n’importe quel pâté de maison de n’importe quel village de France, on trouverait facilement une maison au moins deux fois plus vieille… Visiblement, il connaît mieux New-York que Versailles… En attendant, ce Temple de la Famille Chen, ainsi que le Stade Olympique de Canton, font tous deux partie des Huit Merveilles de la ville de Canton – Edition 2002 (2002年版羊城八景)!
Sous la requête d’Evan, nos amis nos emmènent en métro jusqu’au « vieux quartier » du temps de la colonisation franco-britannique, dont il ne reste plus grand chose. Il n’y a, pour ainsi dire, rien à visiter, à part peut-être une église. Nos hôtes aiment à nous rappeler que ce périmètre était auparavant interdit aux Chinois: “这里以前有招牌说“华人与狗禁止入进”!” (« Avant, il y avait des pancartes ici qui disaient « Interdit aux Chinois et aux chiens »! »).
Complètement crevés, nous demandons à nos amis une pause dans un Starbucks, avant de terminer l”après-midi par une visite du Parc des Martyrs (烈士陵园). La camionnette revient ensuite nous chercher pour nous emmener dans un autre grand restaurant, proposant trois ou quatre sortes de tortues toutes plus chères les unes que les autres, ainsi que de la viande de crocodile, hors de prix. Pour rester polis, nous commandons bien évidemment des plats un peu plus raisonnables, mais toujours délicieux: poulet, oie, calamar, etc. Et avant de quitter le restaurant, la mère de Seanson vient me voir en disant: “刚才我一不小心就把你的照片给删了,我们再拍一次吧!不然我女儿会骂我的!” (« Tout à l’heure, j’ai effacé par mégarde ta photo. Reprenons-en une! Sinon, je vais me faire engueuler par ma fille! »).

De gauche à droite: le Père Ye, son frère (père de Season), sa belle-soeur (mère de Season), une amie lbx de la famille, et la femme de Ye
La soirée n’est pas terminée, car nos amis lbx nous emmènent au bord du fleuve, pour embarquer sur un bateau-mouche qui nous fera traverser la ville d’un bout à l’autre pendant une heure et demie. Le bord du fleuve est assez repréentatif de la ville. Même si les buildings longeant les quais sont illuminés de toutes les couleurs, aucun patrimoine n’apporte de valeur historique. Et même s’il existe une ou deux anciennes constructions, leurs jours sont comptés. En pointant du doigt un immeuble qui sort du lot, je demande au frère du Père Ye:
- “那个建筑是什么?” (« C’est quoi cette construction? »)
- “以前是海关的办公室。” (« Avant, c’était le bureau des douanes. »)
- “现在呢?” (« Et maintenant? »)
- “现在什么都不是。没人用了!” (« Maintenant, c’est rien. Plus personne ne l’utilise! »)
- “那,那个建筑怎么办了,以后?” (« Alors, qu’est-ce qu’on va en faire après? »)
- “可能要拆了吧!没用了!” (« Peut-être qu’il va être détruit! Il sert plus à rien! »)
Après cette petite navette fluviale sous des ponts aux noms toujours aussi fades que Pont de la Libération (解放桥, en hommage à l’Armée Populaire de Libération) ou encore Pont du Peuple (人民大桥), nous sommes raccompagnés dans notre petit studio. Demain, il nous faudra quitter cette ville, qui est sans intérêt. Je me doutais un peu, d’ailleurs. Evan en espérait beaucoup. Mais il ne faut se faire aucune illusion. En Chine, les belles grandes villes n’existent pas! Chapeau le Parti!
Jour 166 (06/03/10)
Canton(广州)-Foshan(佛山)
Province du Guangdong(广东省)
- 40km -
Après nous être levés à 8h30, nous descendons toutes nos affaires, et nos hôtes nous emmènent au même resto qu’hier matin. Le petit dèj est donc une nouvelle fois extra, avec quelques nouveautés, comme des boules riz glutineux ou autre gâteau à la noix de coco.
Nous prenons ensuite congés de nos amis qui nous ont si bien gavés pendant ces quelques heures, et partons chez un vélociste où Andy finit par résoudre son problème de pédalier. Après une petite pause Starbucks, nous quittons la ville, non sans peine, tant les rues sont mal foutues et les bretelles des ponts compliquées au point où on ne sait jamais vraiment vers où elle mènent. Tout cela pour tomber encore une fois sur une horrible nationale. Pas le choix! Nous sommes dans l’une des provinces les plus riches et les plus « développées » (au sens chinois du terme) du pays.
Nous tombons en milieu d’après-midi sur la petite ville moche de Foshan, sorte de banlieue de Canton. Foshan est à Canton ce que Tianjin est à Pékin. Elle a tous les défauts d’une ville développées et tous les inconvénients d’une petite ville: polluée, moche, avec une circulation intense et des travaux à droite à gauche, avec des coups de klaxon incessants. Pour ceux qui ne savent pas à quoi ressemble une ville chinoise, c’est assez simple: prenez un bout de territoire à construire, nommez un aveugle mongolien responsable de l’urbanisme en lui débloquant des fonds sans limite, allez chercher un demi-million de singes à qui vous distribuer un permis de conduire et des voitures super polluantes, et vous avez la ville chinoise-type.
Nous trouvons un hôtel et nous reposons tranquillement, sans avoir le sentiment d’avoir vu grand chose depuis que nous sommes dans cette province. Vivement le Hainan! En attendant, nous devrons rester un jour de plus dans cette maudite ville, car Evan nous dit avoir beaucoup à écrire, ainsi que sa déclaration d’impôt à remplir. Ça fait chier, mais on n’a pas pas le choix…
Jour 167 (07/03/10)
Foshan(佛山)
Province du Guangdong(广东省)
Aujourd’hui, c’est donc une journée de repos sans grand intérêt, qu’Evan et Andy, caféinomanes, passent au Starbucks. J’essaie de mon côté d’écrire à l’hôtel, mais la motivation me fait un peu défaut. Un pause pas très productive…
En conséquence, nous décidons de planifier nos prochains jours:
115km jusqu’à un endroit où se trouve des diaolou (碉楼, hautes tours construites par des Chinois d’outre-mer), 150km, puis encore 150km jusqu’à la ville de Zhanjiang, où des bateaux mènent au Hainan. Espérons que nous resterons fidèles à ce plan et qu’il n’y aura pas d’imprévus.
Aujourd’hui, la température a nettement chuté et il a même un peu plus. Alors, il ne nous reste plus qu’à prier…














marries toi avec un americain c est si facile.
Vas 2-3 fois a shanghai en Boite. habilles toi sexy, et puis met le grappin sur un laowai puis tu as empoche ton visa pour les ameriques.
voila ce qu il faut dire.
Heya i am for the primary time here. I found this board and I find It really helpful & it helped me out a lot. I am hoping to give something back and help others like you helped me.
It’s in reality a nice and helpful piece of info. I am glad that you simply shared this useful information with us. Please keep us informed like this. Thank you for sharing.