Feb
16
2010

Jours 132~137: Escale à Xiamen et visa à Hongkong

Jour 132 (31/01/10)

Anxi(安溪)-Xiamen(厦门)

Province du Fujian(福建省)

- 90km -

Le but aujourd’hui est de pédaler jusqu’à Xiamen (厦门), appelée aussi Amoy. Nous faisons alors tout pour y arriver le plus vite possible. Lever tôt, petit-déjeuner tôt, et nous repartons sur la départementale.

Vieilles maisons sur le bord de la route (1)

Vieilles maisons sur le bord de la route (2)

Vieilles maisons sur le bord de la route (3)

Sur le mur d'une maison: "Seul le socialisme peut sauver la Chine"

Sur un autre mur, un peu effacé: “阶级斗争,一抓就灵” ("La lutte des classes est efficace dès qu'on l'adopte")

Le parcours n’est pas trop pénible, sans pour autant être extraordinairement beau. Mais lorsque nous passons par la ville de Tong’an (同安), nous savons déjà que Xiamen ne va pas nous décevoir. Le temps s’est largement réchauffé (température estivale), l’air est agréable, les constructions correctes et les filles sont mignonnes. Lorsque nous arrivons avant 16h dans la ville insulaire de Xiamen, cela se confirme complètement, avec l’air marin en plus!

Le Grand Palais du Peuple de Xiamen

Devant le Parc Yatsen (中山公园), nous attendons un professeur de japonais de l’Université de Xiamen, qui est l’ami d’un vieux Japonais que j’ai eu l’occasion de rencontrer l’année dernière à Nagoya, et à qui j’ai donné rendez-vous. Après être descendu de sa Toyota qu’il a garé un peu plus loin, Lin Tao et sa copine viennent à notre rencontre. En apprenant qu’il était professeur, je m’attendais à un gars d’une cinquantaine d’année. Ils n’en ont en fait tous les deux qu’une vingtaine. Lui est lecteur et elle encore étudiante en 4ème année… de japonais, bien sûr! Ce n’est pas la première fois que je constate cela, mais il est toujours impressionnant de voir à quel point les Chinois japonisant ressemblent aux Japonais: manière de s’habiller, de se coiffer, de parler, de se comporter, de rire, etc. Elle, est petite, se blanchit le visage avec du maquillage, reste muette et parle timidement en évitant les regards. Lui, marche comme une marionnette désarticulée, ponctue ses phrases de rires spasmodiques, se gratte souvent la nuque en signe de gêne et paraît assez peu débrouillard. Nous voyant à la recherche d’un hôtel il nous propose l’auberge de jeunesse, où il y a des chambres de 4 et de 6, dans lesquelles il est impossible de monter nos vélos, le tout pour 50 yuan par personne. Cela ne nous arrange pas vraiment, mais il insiste, en précisant que trouver moins cher sera difficile et que chercher un hôtel dans une ville qu’on ne connaît pas n’est pas une mince affaire. Mais nous avons l’habitude. Nous repartons donc à vélo chercher nous-même, pendant que lui propose, pendant ce temps, d’essayer d’appeler d’autres établissements. Résultats des courses: en moins d’une demi-heure, au milieu d’une petite ruelle charmante, nous trouvons une chambre pour trois à seulement 100 yuan. En plus, la réception vend des billets de car pour Shenzhen (深圳), à partir d’où il me sera facile d’aller à Hongkong. Je décide de partir ce soir à 22h40. La nuit, les 7 ou 8 heures de voyage passeront plus vite.

Après nous être décrassés (on puait vraiment trop!), nous retournons à l’entrée du parc à 18h30, et montons à bord de la Toyota de Lin Tao, direction: un restaurant japonais. Après autant de jours dans les campagnes, nous avons un peu envie de varier notre alimentation!

Le dîner se passe très bien, même si, comme dans tous les restos japonais aux menus « à volonté », le service est toujours un peu lent et la bouffe pas vraiment authentique. Lin Tao n’est pas un grand comique et sa copine Lin Jie ne parle que quand on lui pose des questions, mais tous deux sont très gentils. Bien que fortement influencés par la culture japonaise, la façon de mâcher ses aliments de Lintao et la gestuelle de Lin Jie lorsqu’elle s’exprime ne laissent aucun doute sur leur nationalité. Un ami français qui bosse au Japon m’avait un jour dit: « J’adore les Japonaises. Je sais pas comment tu fais pour aimer les Chinoises. Elles parlent comme des poissonnières! ».

Au resto japonais: Lin Tao, Lin Jie, Andy, moi, et Evan

Mis à part ça, le dîner est sympa, sans être « fou », comme nous en avons l’habitude avec les lbx. Deux raisons: Lin Tao, devant reprendre le volant, ne boit pas (sa copine non plus), et je dois de toute façon être rentré à l’hôtel assez tôt. Lin Tao, en tant qu’hôte, se sent obligé de payer l’addition. Même pas le temps de sortir mon portefeuille…

A 21h30, nous sommes rentrés. Je prépare mes affaires, et un petit bus vient me chercher pour m’amener à la gare où m’attend mon car de nuit. Les couchettes sont petites, mais j’arrive tout de même, en me recroquevillant, à dormir… plus ou moins!

Jour 133~135 (01~03/02/10)

Xiamen(厦门)-Hongkong(香港)-Xiamen(厦门)

- Pause -

1er Jour

Après une nuit assez crevante à me retourner dans ma couchette toutes les 20 minutes, j’arrive à Shenzhen (深圳) à 6h30, et bien qu’il fasse encore nuit et que peu de gens soient dans les rues, je trouve vite et facilement la gare d’où partent les cars vers Hongkong. J’arrive dans un grand parking, où le gardien me dit: “要等到7点多才有第一趟。你进来玩一下!” (« Il faut attendre jusqu’à plus de 7h avant le premier départ. Rentre un peu qu’on discute! »). Je fais donc le tour de sa petite cabine et m’assois. Le voyant occupé à magnétiser les cartes des locataires de place de parking en appuyant maladroitement sur les touches de son ordinateurs, je n’ose trop le déranger. “我这个人没有文化!” (« Je suis un inculte! »), me dit-il. J’apprends qu’il s’appelle Huang () et vient du Hubei (湖北). Il a quitté sa province où il était chauffeur pour venir travailler à Shenzhen, où il peut gagner plus d’argent. Le coût de la vie ici est exorbitant, mais en tant que célibataire de 40 ans, il ne doit pas avoir beaucoup de dépenses. En m’entendant raconter mon aventure, il est le énième à me dire: “我在报纸上看到你们了!” (« Je vous ai vu dans le journal! »). Il me tend un bout de papier sur lequel je lui laisse un petit mot en chinois et en français. Il me dit qu’il le gardera, l’accrochera sur un mur et le montrera à ses amis.

Je vais ensuite acheter mon billet de car, traverse la frontière, et monte dans le bus. Ne connaissant pas très bien Hongkong, je descends à Prince Edward (太子), un peu loin du Bureau des Affaires Etrangères du continent (外交部). Je peine un peu à me retrouver, d’autant que je m’attendais à avoir un accès internet partout, et que je découvre que, aussi bien dans les Mc Do que dans les Starbucks, la connexion est limitée à 20 minutes!

Je me rends alors dans une société censée aider à l’application des passeports, mais qui me dit que j’aurais dû d’abord contacter leur bureau de Pékin, et qu’ils ne peuvent donc rien faire pour moi. Plus tard, au Bureau des Affaires Etrangères, je tombe par hasard sur Gilles, qui en sort et me donne l’adresse de l’amie chez qui il loge. Concernant mon visa, la bonne femme sur qui je tombe s’avère être une vraie conne: elle me dit que je ne peux bénéficier que d’un visa de 30 jours. “可能你回Paris 的话可以办三个月的,可是我们这里只能给你办30天。” (« Peut-être que si tu rentres à Paris tu peux en faire un de 30 jours, mais ici nous ne pouvons t’en faire un que de 30 jours. »). En plus, elle me dit ça en me prononçant « Paris » à l’anglaise, ce que je trouve complètement con. Soit on parle chinois et on dit tout en chinois, soit on se sent capable de dire un mot en français et on le prononce correctement en français. Mais bon… Je suppose qu’elle voulait se donner un air cultivé en le prononçant de la sorte!

Je pars ensuite rejoindre Gilles. Nous discutons ensemble. Puis nous partons plus tard dîner avec Bertrand, le mec de son amie Sophy, et un autre français appelé Michaël.

J’apprends alors que Hongkong n’est pas forcément la ville chiante que j’imagine. En effet, je la connais mal. Au premier abord, je ne l’aime pas à cause de sa concentration de personnes qui s’entassent dans les innombrables buildings de l’île, même si j’admet qu’on y bouffe très bien! Mais il semble que l’on puisse trouver des coins où s’isoler et faire du sport. Les plages sont nombreuses et il existe plus de 400km de balade balisés dans les forêts et terrains vagues. Hongkong, c’est aussi le melting-pot et le grand n’importe quoi. Il paraît que les femmes de ménages indonésiennes et philippines sont virées de leur proprio le dimanche. Résultat: les premières vont se trémousser le cul dans des boîtes de nuit ouvertes le jours, et les autres à l’église.

Après un excellent dîner thaï, je prends le métro direction Tsim Sha Tsui (尖沙咀), quartier hyper-multiculturel, où vivent Africains, Indiens, Pakistanais et autres Musulmans, et réussit à dégoter une chambre minuscule pour 100 HKD, ce qui s’avère être ici un excellent prix. Pas d’internet dans la chambre mais il y a le wifi au comptoir de l’hôtel.

2ème Jour

Aujourd’hui, Gilles et moi devions nous revoir, mais ne pouvant communiquer que par internet (aucun de nous deux n’a le téléphone), et lui ayant finalement pris un ticket de retour pour 15h15, nous n’en avons pas l’occasion. Je reste donc à l’hôtel pour bosser sur mon ordi, ne sort que pour bouffer et retourner chez Sophy pour prendre la jante que Gilles m’a achetée en France. J’apprends entre temps que le patron de l’hôtel peut m’aider à avoir un passeport de 3 mois pour 380 HKD seulement. Dire que je vais payer demain 300 HKD pour seulement 30 jours… Pas grave! Nous reviendrons de toute façon tous ici dans trois semaines pour le visa d’Evan.

3ème Jour

Pour mon dernier jour de vacances, je me lève assez tard, et avant de quitter l’hôtel, j’ai une petite discussion avec la patronne, âgée d’une cinquantaine d’année qui me raconte (des propos qui n’engagent qu’elle, je précise…):

你没有拿到3个月的签证?你是什么护照?法国护照?美国护照比较好签。中国政府对法国人比较严了。因为最近很多黑鬼拿着法国护照去中国移民。他们卖毒品啊,卖身啊,不做什么好事。香港现在很乱。黑鬼很多。他们很懒,不工作。光吃政府的软饭,而且还有偷东西。他们过得很好。香港政府很好!太宽了!太松了!每个月给黑人3000块钱。他们还在外面打工,还有偷东西。什么都偷。连绵被都偷。晚上5个人住在个小房间就可以。而且他们都有长期居留证。香港政府很人道。都是从英国传过来的。只要在香港生孩子就不用签证了。中国人要是在这里生孩子的话还得出39000块钱孩子才可以拿到国籍。外国人免费。黑鬼他们去找印尼的姑娘,不结婚,生孩子,就可以了。印尼女孩很傻瓜。还是黑鬼聪明!” (« Tu n’as pas eu de visa de trois mois? Tu as quel passeport? Un passeport français? Avec un visa américain, c’est plus facile. Le gouvernement chinois est devenu plus strict envers les Français. Parce que dernièrement, beaucoup de Nègres* vont immigrer en Chine avec le passeport français. Ils vendent de la drogue, se prostituent,… Ils ne font rien de bon. Même Hongkong, maintenant, c’est le désordre. Y’a trop de Nègres. Ils sont paresseux et ne travaillent pas. Ils ne savent que vivre sur le dos du gouvernement, et en plus ils volent. Ils vivent très bien. Le gouvernement hongkongais est trop bon! Trop généreux! Trop laxiste! Il donne chaque mois 3000 HKD aux Noirs. Ils ont en plus un petit job, et volent. Ils volent tout. Même les couettes. Le soir, ils dorment à cinq dans une petite chambre et voilà. En plus, ils ont tous un long permis de séjour. Le gouvernement hongkongais est très humanistes. Ça nous vient de l’Angleterre. Il suffit d’accoucher à Hongkong, et plus besoin de visa. Si les Chinois ont un enfant ici, ils doivent encore payer 39.000 HKD pour que l’enfant ait la nationalité hongkongaise. Mais c’est gratuit pour les étrangers. Les Nègres, ils vont chercher une petite Indonésienne, ne se marient pas, ont un enfant, et c’est bon. Les Indonésiennes sont très stupides. C’est encore les Nègres les plus malins! »).

Je repars ensuite vers le quartier Wanchai (湾仔) retirer mon passeport. Je prends ensuite le métro (qui ressemble étrangement au RER parisien) vers la frontière, passe la fin de l’après-midi dans un Starbucks de Shenzhen, avant de reprendre un car de nuit pour Xiamen.

(*): Je pense qu’ici, le mot « Nègre » désigne non seulement les Africains, mais aussi et surtout les Indiens et les Pakistanais.

Jour 136 (04/02/10)

Xiamen(厦门)

Province du Fujian(福建省)

Après un voyage inconfortable sur une couchette en haut de laquelle j’ai dû faire gaffe à ne pas me casser la gueule, j’arrive à Xiamen à 6h30. Je rentre ensuite à l’hôtel, me décrasse et vais prendre un café dans cette ville, étrangement très inactive en début de matinée. Les habitants de cette cité balnéaire du sud de la Chine semblent vivre à un rythme semblable aux Corses.

Je retourne ensuite rejoindre mes coéquipiers à l’hôtel, puis Evan et moi partons chez un vélociste. Selon Internet, il s’agirait du meilleur de la ville, et le lbx qui y bosse, Xiao Sun (小孙, Petit Sun) s’avère en effet être un excellent réparateur: il n’est jamais hésitant, maîtrise parfaitement ce qu’il fait et connaît en détails toutes les pièces qui composent le vélo. C’est donc sans problème qu’il résout mon problème de pédalier, dans lequel s’était infiltrés poussière, terre, boue et eau! La grosse connerie que nous trois faisions jusqu’à présent: nettoyer nos vélos sous la douche. Un geste qui fusille littéralement le vélo!

Xiao Sun a beau être un excellent réparateur, il y a un truc contre lequel il ne peut rien: la connerie des vélocistes français. En effet, la jante qu’est allé me chercher Gilles à Paris est inutilisable! La raison: c’est une jante pour freins à disques (碟刹) alors que j’utilise des freins traditionnels (V刹). Je me retrouve donc maintenant avec, dans les mains, une jante de 55 euros que je ne peux pas utiliser! Chapeau, RandoCycles*! La solution de secours pour le moment: installer mes rayons d’origine (très solides) sur ma jante pourrie Giant. Un des responsables du magasin me dit d’ailleurs, en voyant que ma jante inutilisable est fabriquée en Australie: “其实你不用买国外的。中国产的不会比外国的差!” (« En fait, tu n’avais pas besoin d’en acheter une à l’étranger. Les made in China ne sont pas moins bien que les autres! »). Il en tient une couche, lui aussi!

En attendant qu’il répare mon vélo, Evan et moi sautons dans un taxi rejoindre Andy pour le déjeuner, puis nous passons tous les trois quelques heures sur Internet dans un resto italien.

Nous retournons ensuite reprendre nos vélos au magasin, et proposons à Xiao Sun, qui bien que n’ayant appris son métier que depuis 6 mois est déjà super compétent, à venir boire un coup avec nous. Il nous contactera à 21h, à la fermeture. Nous allons ensuite prendre deux bière dans un bar allemand juste à côté, rentrons à l’hôtel et partons bouffer dans un boui-boui. Xiao Sun ne nous rejoindra finalement pas: il doit passer la nuit à faire l’inventaire. Nous passons alors le reste de la soirée à nous perdre dans le labyrinthe de superbes petites ruelles de Xiamen, un bière constamment à la main, et mangeons entre-temps une spécialité locale: une omelette aux moules (海蛎煎蛋), et c’est excellent! Quand nous rentrons, c’est le sommeil direct!

(*): Une erreur impardonnable quand on sait que pour les grandes randonnées, les voyageurs s’équipent tous de freins traditionnels, qui sont plus faciles à changer en cas de pépin! Alors je me permets donc de faire de la mauvaise pub pour le magasin RandoCycles, à Paris. Il ne fait aucun doute que le mec s’y connaît, mais il est d’une négligence incroyable et tout porte à croire qu’il n’est pas intéresser par le fait de gagner de l’argent. Et ce n’est pas la première fois qu’il me fait un « coup de pute »!

Jour 137 (05/02/10)

Xiamen(厦门)

Province du Fujian(福建省)

C’est avec un petit mal de tête que nous nous réveillons tous, avant de prendre un petit dèj de baozi et de passer l’après-midi dans un surperbe petit café, bon, pas cher, et avec Internet!

A 20h, nous allons à l’entrée du Parc Yatsen (中山公园) pour rejoindre Lin Tao et Lin Jie, qui nous emmènent dans le petit quartier près de l’Université de Xiamen. Le quartier est charmant, rempli de cafés, de maisons de thé, de boutiques de gadgets et bibelots, et bien entendu, de restos! Après un excellent dîner coréen « à la chinoise », nos amis nous raccompagnent. C’était notre dernière journée à Xiamen, mais j’ai bien l’intention de redécouvrir cette ville plus en détails très bientôt!

PS: Désolé de ne pas avoir pris de photos de Xiamen…

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