Feb
05
2010

Jours 121~125



Jour 121 (20/01/10)

Zhukou(朱口)-Jiangle(将乐)

Province du Fujian(福建省)

- 70km -

Cette fois-ci encore nous nous levons tôt pour quitter ce bled un peu fou. Aussi bien hier soir que ce matin, nous avons eu mot pour mot, la même conversation avec quatre ou cinq lbx:

  • 你们是哪国人?” (« Vous êtes de quelle(s) nationalité(s) ? »)
  • 一个法国人,两个美国人!” (« Un Français et deux Américains! »)
  • 哦~~~,三个国家?!” (« Ohhhh, trois pays différents ?! »)

Pont au milieu de nulle part (1)

Pont au milieu de nulle part (2)

Il est vraiment temps de partir! D’après les calculs d’Evan, nous ne sommes plus qu’à environ 30km d’un vieux village, nommé Yangyuan (洋源), qui vaudrait le coup d’être visité. Seulement, alors que nous sommes dehors en train de bouffer des baozi et qu’il commence déjà à tomber quelques fines gouttes, le patron de l’hôtel vient à notre rencontre nous dire qu’il y a peut-être deux bleds appelés Yangyuan. Et après vérification, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas du tout dans le coin… Le Yangyuan que nous recherchons se situe en fait à quelques 200km d’ici!!! Alors là, c’est psychologiquement assez destructeur. Après deux jours intenses en montagne, nous nous attendions à faire à peine 2 heures de vélo, mais il faudra en faire bien plus. D’autant que nous n’étions pas vraiment dans la bonne direction! Nous décidons alors de rejoindre une ville, si possible pas trop loin, pour avoir Internet au moins deux jours. Nous sommes crevés, la pluie s’est un peu intensifiée… Ni Andy ni moi ne consentons à faire plus de 50km, le temps d’une matinée. Mais en réalité, nous en ferons 70, et cela nous prendra quasiment toute la journée!

Ne tenant pas à reprendre en sens inverse le chemin d’hier, nous optons pour ce qui, sur la carte, ressemble à un raccourci. C’est un tout petit chemin, dont on nous dit qu’il fait 10km. Mais je crois bien qu’il doit au moins faire le double. Enfin, si ce n’était qu’une question de distance… Sur une bonne partie, les côtes sont si raides, si boueuses et si accidentées, qu’il nous faut descendre de vélo pour les escalader. Heureusement, des dalles de béton recouvrent une majeure partie de notre itinéraire, et les paysages sont très sympathiques: montagnes, forêts et champs. Entre temps, nous passons par un village, où un lbx m’adresse la parole pendant que je suis en train de prendre quelques photos:

  • 你们是外国人吗?” (« Vous êtes étrangers? »)
  • 是!” (« Oui! »)
  • 外国人有钱。我们是个乞丐国家!” (« Les étrangers ont de l’argent! Nous sommes un pays de clochards! »)

Minuscule bourg dans les montagnes

Le meilleur look pour son enfant!

Ça m'épate toujours de voir des lbx de tout âge transporter de lourdes palanches

Plus loin, nous traversons par hasard le fameux Yangyuan local. Il ne s’agit effectivement pas de celui que nous recherchions: c’est un bourg minuscule complètement désert avec deux ou trois maisons en bois… c’est tout! Un peu plus loin, nous rejoignons enfin la départementale. Plus que 50km!

Sommets montagneux embrumés

Arrivés à un village, nous nous arrêtons pour déjeuner. Et alors que nous sommes en train de manger, un lbx s’assoit à notre table, comme ça, sans nous demander notre avis, cahier et crayon en main, se présentant comme journaliste d’une gazette locale, et commence à nous poser plusieurs questions sur notre aventure. Il repart en nous demandant de lui envoyer par email une photo de nous trois. S’il avait été plus poli, on lui en aurait sans doute filer une. Mais bon…

Un autre bourg

Même sous la pluie, il faut bosser!

Eleveurs de chèvres (1)

Eleveur de chèvres (2)

Lorsque nous repartons, rien ne s’est arrangé: la pluie tombe toujours, l’état de la route n’est pas ce qu’on pourrait appelé « idéal », et les côtes s’accumulent. Nous arrivons vers 16h dans la ville de Jiangle (将乐). Nos vélos, nos godasses et nos jambes sont dégueulasses. Nous trouvons assez vite une grande chambre pour nous trois avec Internet, et allons nous décrasser, après avoir fait une petite toilette à nos vélos.

"Plannification des naissances, le mari a une responsabilité."

Epave à l'entrée d'un village

Pour nous récompenser de tant d’efforts, nous allons dans un boui-boui et accompagnons notre dîner de quelques bouteilles de bière. Elle n’est pas excellente, mais ça fait tout de même plaisir. Demain, repos! (Nous avons déjà dépassé la barre des 5.000km!)

Jour 122 (21/01/10)

Jiangle(将乐)

Province du Fujian(福建省)

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. A peine ai-je le temps de sortir de mon lit, qu’Evan, revenant du supermarché, me file un des trucs qui me manquent le plus dans ce voyage: du chocolat. Toutes sortes de chocolats en 3 exemplaires… pour mes 3 décennies… puisque je fête mes 30ans! Merci Evan!

Après avoir déjeuné dans un lanzhou lamian (兰州拉面, ce que j’appelle souvent dans mon journal « resto hui de Lanzhou ») pas si hui que ça (il est tenu par de Han et a dans son menu des nouilles au porc), nous partons passer une partie de l’après-midi dans un café, avant de sauter ensuite dans un vélo-pousse-pousse pour reposer nos ordis à l’hôtel et repartir vers le centre-ville bouffer une fondue mongole (toute sorte de bidoches, légumes, champignons, tofu, …, que l’on trempe dans un bouillon plus ou moins épicé). Après ce dîner bien arrosé, ne trouvant pas de bar, nous entrons jouer au majong avec quelques jeunes lbx locaux. Nous rentrons ensuite bien torchés. Il n’y aura probablement pas de départ demain!

Jour 123 (22/01/10)

Jiangle(将乐)

Province du Fujian(福建省)

Évidemment, comme prévu, nous ne sommes pas près à enfourcher nos vélos. Avec notre mal de tête, nous restons toute la journée cloitrés dans notre chambre. Puis à 18h30, nous partons rejoindre un des jeunes joueurs de majong qui étaient avec nous hier. Tenant un restaurant hakka avec sa mère, il nous a proposé d’y passer. Nous pensons au début faire un petit dîner sympa et tranquille, afin de ne pas être obligés de repousser à nouveau notre départ. Mais c’est mal connaître l’hospitalité chinoise! Nous resterons 8 heures dans ce restaurant.

Notre nouvel ami, Li Xiaobo (李晓波), nous apporte l’un après l’autre toutes sortes de plats, parmi lesquels du canard, du niangao sauté (炒黏糕, tranches de pâte de riz sautées – que l’on appelle ici 粿chǎo guǒ), ainsi qu’une soupe… de champignons roses (红蘑菇). Sur le coup cela nous fait un peu bizarre de goûter un jus rose salé, mais il faut tout de même avouer que c’est assez bon (heureusement d’ailleurs, car il paraît que c’est cher!). Notre dîner est arrosé de mijiu (米酒), un alcool de riz un peu sucré, qui se boit donc comme du petit lait, mais qui soûle sans prévenir. On dit en chinois que « sa force après-coup est importante » (后劲比较大). D’autant que Xiao Li trinque souvent et rapidement avec nous, suivi d’une ribambelle de nouveaux arrivants qui se succèdent et viennent s’asseoir avec nous autour de la grande table ronde: un petit gros travaillant aux fourneaux, un petit maigre discret, lui aussi cuisto mais dans un autre resto, un Oncle Zhu (朱舅舅), chauffeur d’un haut fonctionnaire, et la sœur de Xiao Li. Lorsque celle dernière arrive, bien qu’on ne puisse pas dire qu’elle rentre dans la catégorie des meinü (美女, jolies filles), Xiao Li nous la présente en mettant très vite les points sur les « i »: “这是我姐姐,她已经结婚了。” (« C’est ma grande sœur, elle est déjà mariée. »).

A force d’enchaîner les ganbei (干杯, fait de trinquer cul-sec) les uns après les autres avec à tour de rôle tel ou tel lbx, Andy se sent vite ballonné, et moi pas mal bourré. J’essaie d’aller gerber dans les chiottes pour pouvoir enchaîner, mais en vain. Lorsque Oncle Zhu veut à son tour lever un toast avec moi, je lui prétexte un mal de ventre. C’est alors que, tel un prestidigitateur qui sortirait un lapin de son chapeau, il brandit une fiole magique sensée guérir toutes sortes de maux. Il nous dit vendre, en plus de son boulot de chauffeur, des produits-santé de la marque « Anli » (安立, ???), soit-disant américaine, mais dont aucun d’entre nous n’a jamais entendu parler. Alors pour lui faire plaisir, je lui dit: “哦~~对!昂立在法国很有名!有父母天天都用!“ (« Ahhh, oui! ??? Anli est très connu en France! Mes parents en utilisent tous les jours! »). En me montrant sa petite fiole, il prétend que ce produit peut être utilisé sur n’importe quel partie du corps qui souffre. Lui répliquant que mon ventre gargouille un peu, mais que je n’ai pas de douleur, il décide de mettre quelques gouttes sur ma nuque, avant de la couvrir avec sa main.

  • 你有没有一点发热的感觉?” (« Est-ce que tu sens un peu une sensation de chaleur? »)
  • 没有………!哦等一下… Ooooohhhhh puuuttaaaaiiiiiiinnnnnnn!!!!! ” (« Non…..! Oh… Attends… Ooooohhhhh puuuttaaaaiiiiiiinnnnnnn!!!!! »)

En quelques secondes, je sens entre ma nuque et se main une chaleur de plus en plus intense, puis qui finit par disparaître progressivement. Sur le coup, on s’y attend pas, et c’est assez surprenant. Lorsque Andy revient des chiottes (il n’a pas assisté à la scène), j’explique à notre apprenti sorcier que notre coéquipier a parfois quelques douleurs au genou. Alors Andy, qui ne s’attend à rien, est vite aussi surpris que moi par cette huile chauffante. Car il faut bien avouer que cette réaction est inattendue et impressionnante, mais est-elle efficace? Oncle Zhu en est, lui, persuadé (c’est en tout cas ce qu’il laisse croire). Il en appliquera deux fois sur le genou d’Andy. Résultat: le genou sera… plus rouge qu’avant!

Un peu plus tard, entre deux gorgées de mijiu, Oncle Zhu, en auscultant nos cartes de visite, s’aperçoit que la carte de Chine qui y est dessinée n’est pas… complète: “我发现你们名片上的这个地图有一个遗憾!没有台湾!” (« Tiens… Je m’aperçois qu’il y a quelque chose de regrettable sur la carte de vos cartes de visite! Il n’y a pas Taïwan! »). Ayant envie de me marrer et voyant au loin se profiler le début d’un long débat qui promet d’être mouvementé, je commence par ne rien dire. Evan répond alors: “是因为我们这次旅游去不了台湾!” (« C’est parce que dans ce voyage, nous ne pouvons pas aller à Taïwan! »). Excellente réponse, qui devrait, me dis-je alors, faire avorter tout enchaînement. Mais l’élan du chauffeur est trop important. Il décide alors de remettre ça: “可是台湾是中国不可分割的一部分!台湾人就是中国人!” (« Mais Taïwan est une partie inaliénable de la Chine! Les Taïwanais sont des Chinois! »). Et chacun de nos amis se rallie tout de suite derrière lui, y compris Xiao Li: “我们都希望有一天台湾会回归中国。” (« Nous espérons tous que Taïwan reviendra un jour à la Chine. »). Puis Evan de dire: “可是我不明白。台湾回归了中国会给你的生活带来什么好处?” (« Mais je ne comprends pas. Si Taïwan revient à la Chine, qu’est-ce que cela t’apportera dans ta vie? »). S’ensuit alors une longue conversation, dans lequel, bien qu’en supériorité numérique, nos hôtes semblent vite à court d’arguments. Parmi les moments forts:

  • 台湾就是中国的!” (« Taïwan, c’est chinois! »)
  • 为什么台湾是中国的?” (« Pourquoi? »)
  • 以前是属于中国!” (« Avant, ça appartenait à la Chine! »)
  • 对,以前!以前西藏不属于中国,为什么现在属于中国?” (« Oui, avant! Avant, le Tibet n’appartenait pas à la Chine, alors pourquoi maintenant ça appartient à la Chine? »)

La question que j’aimerais comprendre, c’est: Qu’est-ce que la vraie Chine? Qu’est-ce qui définit le territoire chinois? Taïwan, avant, appartenait à la Chine. Oui, mais quand « avant »? Les frontières de la Chine se définissent suivant quelle date? La vraie Chine, c’est la Chine d’il y a 50 ans, la Chine d’il y a 500 ans, la Chine d’il y a 5000 ans? Tous les pays du monde se sont formés à travers des guerres et des conquêtes de territoire. Ce n’est pas Dieu qui est venu et a dit: « L’Alsace et la Corse sont françaises, pas le Québec! ». C’est l’histoire qui a voulu ça. Aujourd’hui, des pays se sont dessinés, et l’on ne va pas commencer à se quereller tel ou tel territoire. Encore moins en prétextant: « Ceci me revient de droit! ». De quel droit? C’est perdu, c’est perdu, mec! C’est la règle du jeu. Enfin… c’était! Car la Chine invente de nouvelle règle. Et après tout, pourquoi pas? D’autres avant elle, ne se sont pas non plus gênés! Les guerres militaires entre grands pays sont heureusement révolues (grâce à l’Europe, me dirait probablement Germain*). Aujourd’hui, les pressions économiques deviennent plus efficaces. Hier, les plus forts se mesuraient à l’épée, aujourd’hui c’est le bras de fer. Si on peut se faire respecter sans engendrer d’effusion de sang, pourquoi pas?

Ce qui m’énerve le plus, en fait c’est l’hypocrisie. Faire pression pour obtenir un territoire, pourquoi pas. Mais pourquoi dire sans raison “台湾就是中国的!” (« Taïwan est à la Chine! »)? La réponse est évidemment: pour ne pas se donner une apparence belliciste et avoir le soutien de sa population. Mais nos amis, eux, ne voient pas ça.

  • 台湾人也是中国人!” (« Les Taïwanais sont aussi des Chinois! »)
  • 为什么台湾人是中国人?” (« Pourquoi? »)
  • 他们原来是从福建来的。他们也是汉族!” (« Ils viennent à l’origine du Fujian. Eux aussi sont des Han! »
  • (en désignant Evan:) “可是他的祖先原来也是法国人,加拿大魁北克人原来也是法国人!可是他们不想当法国人,我就尊重他们的选择。他们的文化跟我不一样。他们不把自己当成法国人,那我就不逼他们。我就不明白为什么非得要逼人家?有什么意义?” (« Mais ses ancêtres à l’origine étaient aussi français, les Québécois étaient aussi français! Mais ils ne veulent pas être français, et je respecte leur choix. Leurs cultures ne sont pas les mêmes que la mienne. Ils ne se considèrent pas comme Français, alors je les force pas. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait absolument obliger les autres? Ça apporte quoi? »)
  • 不是逼!绝对不是逼!我们看新闻里说60%的台湾人想要回归中国!” (« On ne les force pas! C’est pas du tout de la coercition! Nos journaux disent que 60% des Taïwanais veulent ré-appartenir à la Chine! »)

Alors là évidemment… Quand on se fie à ce genre d’infos… Le seul problème, leur explique-t-on, c’est qu’Evan est déjà allé une fois à Taïwan, et moi trois fois. Et pour être resté 3 ans avec une Taïwanaise (quel temps perdu…!), je me permets de leur préciser que je connais un peu mieux le dossier. Alors quand je leur explique que Taïwan est constamment victime des pressions économiques qu’exerce la Chine sur les pays étrangers et que 70% des Taïwanais, autrefois colonisés par les Japonais puis emmerdés par les continentaux de Tchang Kaï-chek, préféreraient encore ne jamais avoir quitté le giron nippon plutôt que d’appartenir à la Chine, … Ben là évidemment…

  • 可是新闻里说台湾那里很乱!” (« Mais les nouvelles disent qu’à Taïwan, c’est le désordre! »)

Tiens? Évidemment, il faut avouer dans la télévision chinoise diffuse des programmes qui parlent rarement en bien de la situation de l’île. La tactique est simple: répéter en boucle que Taïwan est chinois, que c’est l’instabilité y est permanente, et que 60% des insulaires veulent être sauvés par leurs « compatriotes » du continent, et le tour est joué!

J’en rajoute une couche. Les Han soient séparés par un détroit, ben c’est la vie, les gars. En Chine, il y a aussi une minorité coréenne qui n’appartient pas à la Corée (du Nord ou du Sud, on s’en fout), une minorité mongole qui n’appartient pas à la Mongolie, une minorité ouzbek qui n’appartient pas à l’Ouzbékistan, une minorité russe qui n’appartient pas à la Russie, une minorité d’origine vietnamienne qui n’appartient pas au Vietnam, … C’est la vie! L’histoire a voulu ça! Face à ces arguments, tout ce qu’on entend, c’est:

  • 我们也不知道。我们政府就是这么说的!” (« On sait pas vraiment. C’est notre gouvernement qui dit ça! »)

Les voyant un peu déboussolés et à court d’arguments, nous essayons d’enchaîner vite fait sur un autre sujet et de mettre fin à cet épisode par un cul-sec. (J’en reviens pas que j’ai écrit autant sur Taïwan… A croire que ce problème me passionne…)

Est alors abordé un autre sujet de discussion: la liberté. Non, non, non! Pas la liberté d’expression, malheureux! Non!!! La liberté de vivre sa vie par rapport à sa famille et à son environnement social. En effet, Xiao Li commence a nous faire part de notre chance de pouvoir ainsi partir sur les routes. Selon lui, les familles chinoises sont plus « traditionnelles »: les enfants doivent rester auprès de leurs parents, gagner de l’argent et se trouver une femme. Mais que se passerait-il s’il décidait de partir en voyage plusieurs mois? Sa mère le critiquerait: « Mais qu’est-ce que tu vas perdre ton temps à voyager? Tu ferais mieux de rester ici avec nous et à gagner de l’argent! ». Il se soucie également du qu’en dira-t-on. Que diraient les gens s’il partait ainsi en voyage pendant que sa mère travaille (ses parents sont divorcés)? Et cela a des répercutions sur sa vie quotidienne. A tel point qu’il ne peut pas faire la grasse matinée. Il faut se lever à 7h et montrer à tous ses voisins qu’on bosse. Sinon, que diront-ils? Des cancans circuleront, et cela aura une influence sur sa réputation et celle de sa famille. Il sait que c’est ridicule, mais c’est comme ça. Dans ce genre de petite ville, il faut vivre au rythme imposé par la société. Pour avoir déjà travaillé à Canton, il sait que dans les grandes villes, tous le monde se fiche de son voisin et que les gens y vivent plus librement, mais il a du mal à s’adapter à ce genre d’environnement. Il préfère les petites villes où tou le monde se connaît. En même temps, il aimerait bien vivre comme cela lui plait et espère encore pouvoir retourner dans une grande ville pour s’y faire une petite fortune. Un peu paradoxal… Xiao Li ne sait pas vraiment ce qu’il veut!

La soirée se termine par des jiulingr (酒令儿, jeux où le ou les perdants doivent boire). On commence par des jiulingr chinois, puis terminons par un jeu américain sinisé par Evan. Des cartes est éparpillé sur la table, chacun pioche à tour de rôle et a un gage en fonction de la carte. Le jeu devient évidemment de plus en plus marrant au fur et à mesure que chacun boit sa pénalité et a de plus en plus de mal à se concentrer.

Lorsque nous repartons, il est déjà 2h30! C’est notre deuxième soirée de cuite consécutive, et sans doute ne partirons-nous pas non plus demain…

(*): Message perso: « Salut, Germain! Une de nos conversations m’est soudain revenue à l’esprit, alors je peux pas m’empêcher de te faire un petit clin d’œil! J’ai appris que tu te cassais définitivement de CCTV – Félicitations! – et de Chine. On se verra probablement pas avant ton départ. Mais on aura sûrement l’occasion de se voir à Rennes! Tu me feras découvrir les bistrot avec Ronan! A+, mec! Et n’oublie pas que la Bretagne est une partie inaliénable du territoire français! »

Jour 124 (23/01/10)

Jiangle(将乐)

Province du Fujian(福建省)

Crevés et encore un peu éméchés, nous passons la journée dans notre chambre et ne sortons que pour bouffer.

Jour 125 (24/01/10)

Jiangle(将乐)

Province du Fujian(福建省)

Aujourd’hui, nous avons mis le réveil tôt. Seulement, au réveil, il pleut. Alors, nous sommes bien obligés de rester à Jiangle. A midi, nous bouffons de délicieux shaxian-xiaochi (沙县小吃, mot-à-mot ‘Amuse-gueules du comté de Shaxian’). Nous en prenons souvent ces temps-ci, car c’est bon, peu cher, et en plus nous nous trouvons à tout près de ce comté. Ces « amuse-gueules » sont en général des nouilles/pâtes de riz ou de blé, sautées ou bouillies. Alors que nous déjeunons, un lbx demande nos nationalités respectives. En entendant ma réponse, il réagit en disant: “法国?法国在俄罗斯…” (« La France? La France, c’est en Russie… »). Marrant… En même temps, combien de gens en France croient que les Japonais parlent chinois et que les Tokyoïtes se déplacent en pousse-pousse? Beaucoup, j’en suis sûr!

Le reste de la journée, Evan et Andy restent dans un café, tandis que je me repose dans la piaule. Rien de très excitant… La météo ne prévoit pas beaucoup d’amélioration pour demain, mais on espère…

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