Jan
09
2010

Jours 99~101

Jour 99 (29/12/09)

Tongcun(桐村)-Wuyuan(婺源)

Province du Jiangxi(江西省)

-env. 63km-

Aujourd’hui, il va quand-même bien falloir que l’on passe cette frontière du Jiangxi! Mais ce matin, comme souvent depuis quelques jours, notre réveil est lent, et ce n’est pas Evan, qui a de la traduction à faire, qui donne du rythme à notre départ. Après un brunch à 10h30, nous quittons enfin ce petit bled sans charme. Il est déjà midi passé. A cause du genou d’Andy, nous évitons de faire trop de distance. D’autant que de toute façon, un lbx du village nous a averti qu’il allait peut-être neigé… Mauvaise prévision, c’est une pluie pluie froide et incessante qui nous attend: presque pire, en fait!

Le froid, le froid, toujours le froid...

Ce bout de chemin, nous peinons à le savourer, tant il est chiant de pédaler sous la pluie. Mais nous ne lâchons pas prise. Quelques situations insolites sont là pour donner un peu d’intérêt au parcours, comme notre passage par un petit bled appelé Bolin (柏林), nom chinois de Berlin! Un vide spacio-temporel nous aurait-il transporté jusqu’à la capitale allemande? Lorsque l’on voit une dizaine de mètres plus loin, un vieux chinois marcher derrière deux bovins, on se rend compte que non, nous sommes simplement tombés sur le village de Bolin. Petite note pour les sinisants: j’aurais trouvé cela plus logique que le nom se lise Bailin, car le caractère a deux prononciations: bǎi (qui signifie ‘cyprès’), et bó (qui ne veut rien dire et n’a été créé que pour transcrire des noms étrangers), mais la transcription en pinyin sous la pancarte note BO LIN… Si un esprit sagace peut m’éclairer sur ce point, il est le bienvenu!

Berlin? Dans le Zhejiang ?

Non, ça ressemble pas à Berlin...

Lorsque nous entrons enfin dans le Jiangxi, nous ne nous en apercevons même pas. Nous n’avons aperçu aucune pancarte annonçant notre bienvenue dans cette province. De toute façon , lorsque l’on arrive dans une nouvelle province, il n’y a pas de message de bienvenue! C’est souvent Hebei-jie (河北界), Shandong-jie (山东界), Anhui-jie (安徽界), …, et c’est tout (jie- signifiant ‘frontière’)! Il y a souvent des messages de bienvenue pour les villes ou les villages, mais bizarrement jamais pour les provinces. Tout le contraire de la France, où l’on verra sur l’autoroute un « Bienvenue en Bretagne », mais pas de « Bienvenue à Saint-Malo ». Bon… Là, je prends des exemples que je connais, mais je peux me tromper! En tout cas, c’est une chose qui étonne mes deux coéquipiers, surtout Evan, qui m’a dit que chez lui, il y avait de grandes pancartes de bienvenue à l’entrée des états.

Dans un petit bourg, une vieille maison

En fin d’après midi, nous arrivons, en bas d’une colline, dans le centre de la petite ville de Wuyuan (婺源). Dans une ruelle, nous suivons la signalétique, qui nous guide tout au fond d’une résidence lbx, vers un petit hôtel super bien planqué, où une vieille nous loue une petite chambre de deux, dans laquelle a été ajouté un lit. Pas de place pour les vélos, mais elle nous dit avoir une cave dans laquelle nous pourrons les mettre. Alors que nous posons nos affaires dans cette petite piaule frigorifique, j’aperçois des plumes au pied de mon lit… Viendrait-ce de l’oreiller? J’en doute. Je lève les yeux, et vois un trou rempli de plumes dans le mur, et d’où je perçois un instant des gazouillement d’oisillons. Sympa! Nous allons ensuite prendre une douche bien chaude dans la salle de bain de la patronne, équipée au gaz. Et oui… la nôtre, marchant à l’énergie solaire, n’est pas très exploitable. Faut dire que le soleil n’a pas vraiment tapé aujourd’hui!

La vieille, clope au bec, nous tend ensuite son registre à remplir: 姓名 (nom et prénom), 身份证号(numéro de carte d’identité), 地址 (adresse), mais aussi 文化水平 (niveau d’instruction) ou encore 是否携带武器 (Transportez-vous des armes?). Ces formalités terminées, nous reprenons nos vélo pour aller dîner, sans pluie cette fois. Les gouttes sont tombées depuis notre départ de Tongcun jusqu’à notre arrivée ici… Y’a des jours comme ça, où l’on a du mal à interpréter les messages d’amour du Tout Puisant. Mais bon… Les voix du Seigneur sont impénétrables. Faut s’y faire!

Au resto, comme souvent, nous demandons le prix total avant que le cuistot ne commence à cuisiner, et le chef nous sort: “没关系,中国人不会骗你们的!你放心!” (« C’est pas important, les Chinois ne dupent pas les étrangers! T’en fais pas! »). Tiens donc! Puis quelques minutes plus tard, alors que nous sommes en train de bouffer, un lbx vient me parler:

  • 你是哪国人?” (« Tu es de quelle nationalité? »)
  • 法国人!” (« Je suis français!’)
  • 法国人?法国是世界上最好的国家,是不是?” (« Français? La France est le meilleur pays du monde, n’est-ce pas? »)
  • 恩~~~可以这么说…” (« Heu… On peut dire ça comme ça… »)

Puis après nous avoir harcelé de question, il nous laisse enfin tranquille, pour discuter de vive voix, sans aucune discrétion (oui, je sais… dire qu’un lbx n’a aucune discrétion, c’est presque un pléonasme!) avec deux autres gars, dont le patron du resto. Et de la discussion, ressortent quelques phrases-clefs: “有小姐?280元?陪洗不陪洗?” (« Il y a des xiaojie? 280 yuan? Elles se lavent avec toi où pas? »). Pour les non-sinisants, xiaojie (小姐), qui signifie ‘demoiselle/jeune fille’, est souvent utilisé pour désigner des putes. Ils parlent ici de bains publics dans lesquelles des xiaojie proposent leurs services très spéciaux appelés la plupart du temps massages de santé (保健按摩). Puis l’un deux dit aux deux autres: “我后天晚上没事。我们一起去吧!” (« Après-demain soir, je suis libre. Allons y faire un tour! »). Et le patron, tout gếné devant sa femme, tourne la tête d’un air faussement détaché: “恩~,我不太爱去那种地方…” (« Heu… Je n’aime pas trop aller dans ce genre d’endroit… »).

Repus, nous allons ensuite à la recherche d’un café, mais ne trouvons, dans un quartier nouvellement construit pour les riches touristes, de l’autre côté de la colline, qu’une maison de thé sans connexion. Lorsque nous repartons, à moins d’une dizaine de mètres derrière moi, une bagnole de flics roulant en sens interdit et sans phares, percute violemment un cycliste. Les flics venaient sans doute de sortir d’un karaoké complètement bourrés. Bien mal en a pris au lbx de se trouver sur leur passage.

Nous rentrons ensuite à notre hôtel, cadenassons nos vélos dans la petite cave, et nous couchons dans le froid.

Jour 100 (30/12/09)

Wuyuan(婺源)-Fuchun(赋春)

Province du Jiangxi(江西省)

-env. 43km-

Après avoir mal dormi à cause du froid, nous nous levons à 9h, allons prendre un petit déjeuner original de baozi épicés, et allons faire de petites emplettes pour nous adapter au climat: chocolats, gants pour moi, et sous-fut’ (秋裤) pour Andy et moi. Nous allons ensuite prendre un café dégueu dans un petit établissement 100% lbx, et retournons à l’hôtel préparer nos affaires. Avant de partir, je vérifie ma roue arrière qui, hier soir, paraissait me freiner. Effectivement, mauvaise nouvelle: le flan de ma jante est bombée et commence à se détacher légèrement du reste. Mais ce n’est sans doute pas dans cette petite ville que je trouverai une pièce de rechange. Il ne reste plus qu’à prier avant notre arrivée à Jingdezhen, qui se trouve à quelques 200km. Franchement, je n’y crois pas vraiment.

Dans un boui-boui, une lbx prend son petit-dèj avec son bébé

Dans un supermarché, la traduction anglaise de "Attention à la tête" devient "Attention à une réunion"

Avant de quitter la ville, nous allons nous aventurer dans ce que les habitants appellent la vieille ville (老市区), mais comme souvent, nous sommes un peu déçus: il ne s’agit que d’une rue marchande sans aucun intérêt culturel. Au fur et à masure que nous roulons, nous nous rendons vite compte qu’il ne fait pas aussi froid qu’hier. J’ai donc mis mon tout nouveau sous-fut’ pour rien. Je profite un peu plus tard, de la pause-déjeuner pour me mettre plus à mon aise, et dans l’après midi, nous avons la chance d’apercevoir en contrebas de la route, un charmant petit hameau du nom de Xiafenshuicun (下汾水村), où une vieille, en train de laver ses légumes dans le petit cour d’eau, nous dit bien évidemment: “这里有什么好看的?都是破房子” (« Qu’est-ce qu’il y a de beau ici? Ce ne sont que des vieilles maisons. »). Au dessus de la porte et des fenêtres de chaque habitation, figurent des inscriptions, telles que: 山青水秀 (Paysages merveilleux), 北斗生辉 (La Grande Ourse resplendit), 南山献瑞 (La Montagne Nanshan offre la prospérité) ou encore 凤舞 (Danse du phénix).

Bourg de Xiafenshui (1) - une lbx lave ses légumes

Bourg de Xiafenshui (2)

Sur l’une des portes, est clouée une petite plaquette, sur laquelle est inscrit: 创建十星级文明户:卫生星,义务星,团结星,文教星,新风星,科技星,计生星,法纪星,致富星,五爱星 (« Bâtir une maison civilisée 10 étoiles: l’étoile de l’hygiène, l’étoile du devoir, l’étoile de l’unité, l’étoile de la culture et de l’éducation, l’étoile de la nouvelle tendance, l’étoile de la science et de la technologie, l’étoile du contrôle des naissances, l’étoile de la loi et de la discipline, l’étoile de l’enrichissement, l’étoile des cinq amours »). L’ « unité » (团结) désigne bien entendu l’unité nationale entre les 56 ethnies du pays. L’expression « nouvelle tendance » (新风) est tirée du slogan olympique de 2008 « Être civilisé, Adopter une nouvelle tendance » (讲文明,树新风), visant à promouvoir un nouveau code de conduite chez la population (comme par exemple ne plus cracher par terre). Les « cinq amours » désignent: l’amour de la patrie (爱祖国), l’amour du peuple (爱人民), l’amour du labeur (爱劳动), l’amour de la science (爱科学), et enfin l’amour et la protection des biens publics (爱护公共财务). En nous aventurant dans une petite ruelle, Evan aperçoit sur le mur d’une des maisons: “严禁:在公路边乱倒垃圾,违者罚打扫全村卫生一次,举报者奖金拾元” (« Il est strictement interdit de jeter ses ordures sur la route. Tout contrevenant devra nettoyer une fois tout le village. Récompense de 10 yuan pour les délateurs. »). J’en connais une qui pourrait se faire ici un paquet de pognon!

Bourg de Xiafenshui (3) - « Il est strictement interdit de jeter ses ordures sur la route. Tout contrevenant devra nettoyer une fois tout le village. Récompense de 10 yuan pour les délateurs. »

Bourg de Xiafenshui (4)

Bourg de Xiafenshui (5)

A peine reprenons-nous la route que nous apercevons une trentaine de mètres plus loin une espèce de vieille baraque en bois, genre scierie de Charles Ingalls, au dessus de laquelle on peut lire en grand: « Kiosque de développement » (“开发亭”) et « Évoluer avec le temps et innover » (“与时俱进 开拓创新”); puis sur les côtés: « Le pays est prospère, le peuple vit en sécurité, le Parti et le gouvernement sont bons » (“国泰民安党政好”) et « La population du monde est joyeuse » (“天下地上人间乐”). Si vous ne comprenez rien, je vous rassure, c’est normal… Tout ceci n’est que de la propagande vide de sens.

Sur la route, un lbx promène ses canards

Vers 18h, alors que la nuit a déjà commencé à tomber, nous trouvons à l’entrée d’un village, un petit hôtel, encore une fois sans chauffage, mais avec tout de même de l’eau chaude, et pour seulement 40 yuan! Après une bonne douche chaude, nous allons prendre un petit dîner au rez-de-chaussée, à côté de lbx regardant les informations de la chaîne militaire (军事频道; Oui! Oui! Ça existe!), suivie d’une panoplie de publicités pour différentes marques de baijiu, dont la voix-off (toujours la même) promet d’une voix suave les bienfaits pour la santé. S’ensuit une émission dont le générique alterne images de tanks, de soldats aux visages camouflés se roulant dans la boue et de tirs de missiles sur des terrains vides… Bref! Toutes sortes d’entraînements militaires, à première vue impressionnants, et visant renforcer encore davantage l’esprit patriotique des Chinois et à assouvir la passion des mordus de la gâchette. Mais attention! N’allez pas croire que la Chine est un pays belliqueux! C’est un pays on-ne-peut-plus pacifiste. D’ailleurs, les autorités chinoises ont toujours martelé qu’elles voulaient une réunification pacifique avec l’île de Taïwan, tout en précisant cependant que si l’île proclamait son indépendance, ce serait la guerre. En gros, la Chine est pacifique quand on fait qu’elle dit.

Je profite de cette occasion pour pousser un coup de gueule, et souligner l’inquiétante influence qu’acquiert la Chine, non sur la scène internationale, mais dans la sphère nationale des autres pays. En effet, lorsque l’on apprend comment le gouvernement chinois réussit à contrôler la liberté des pays étrangers à l’intérieur de leurs frontières, cela fait peur. Il est vrai que les Occidentaux, et en particulier les Français, mais aussi bien entendu les Américains, ont tendance à vouloir donner des leçons en matière de droits de l’homme aux pays les plus influençables en essayant d’attirer le soutien des bobos bienpensants. A l’heure où prononcer en France le mot « race » ou brandir une pancarte « Casse toi pauv’con » est passible d’une lourde amende et où M. Durand qui habite à Sarcelles se demande s’il retrouvera sa voiture en bon état au lendemain de la Saint-Sylvestre (C’est des jeunes! Ils s’amusent!), à l’heure où les habitants du Nouveau Continent, qui ne se sont pas posés trop de questions dans le massacre des Indiens et l’esclavage des Noirs pour développer leur pays ou dans le largage de deux bombes atomiques sur des civils, et où les peines de morts sont prononcées de manière un peu partiale, les Occidentaux (je me permets de faire un petit amalgame) ne se gênent pas pour attaquer l’Irak au nom des droits de l’homme, envahir le Pakistan en réponse à un attentat-fantôme (aujourd’hui, je suis dur!), occuper le Japon (On a tendance à l’oublier!), se mêler de l’intégrité territoriale des pays d’Europe de l’est, ou encore titiller la Chine sur la liberté d’expression. On le sait depuis longtemps, le but des États-Unis, accompagnés servilement par leurs vassaux français, est d’exploiter les pays vulnérables et d’essayer de déstabiliser les deux futures puissances en passe de les détrôner, à savoir la Chine et (avec un peu plus de marge) la Russie, et ce en lançant des petites piques sur leurs point faibles, mais tout en restant polis tout de même. Ben oui, il ne s’agit pas de perdre des parts de marchés où de pousser le bouchon trop loin. Si les Irakiens ont eu le droit à leur « libération pacifique », les Nord-Coréens peuvent, eux, toujours crever sous le joug de leur dictateur Kim qui prend plaisir à affamer son peuple et balancer des missiles au large des côtes japonaises; et Taïwan (qui, que cela plaise ou non au Chinois, est de facto un pays à part entière et indépendant, qui n’a besoin d’aucune aide pour subvenir à ses besoins) peut toujours réclamer sa place au sein de l’ONU et chercher les porte-avions américains censés les protéger d’une éventuelle invasion communiste. Courageux, mais pas téméraires, les GI!

Du coup, la Chine se prend au jeu et a un malin plaisir à vouloir dire à son tour aux autres ce qu’ils doivent faire. Les exemples se multiplient. La Chine fait constamment pression sur les pays étrangers pour qu’ils ne reçoivent pas le Dalaï Lama (considéré comme un sécessionniste et un terroriste), s’est scandalisé que le maire de Paris nomme le porte-parole des Tibétains citoyen d’honneur, a demandé de vive voix au gouvernement français pour que la collection privée de Pierre Bergé (qui, il est vrai, n’a pas oublié d’être con dans ses déclarations) soit « rendue » à la Chine, etc. Il est vrai que si la France pouvait se défaire de cette manie d’auto-flagellation et de baissage de froc, peut-être que cela irait mieux. En effet, la France joue depuis quelque temps dans les relations internationales (mais pas seulement!) le rôle d’un état femelle, dont Mélenchon et Raffarin, malléables et palpables à souhait, seraient respectivement les seins gauche et droit, et dont bien entendu Sarkozy serait le clitoris capricieux, qui essaie parfois de se gonfler pour se donner des allures de pénis (mais qui n’y parvient jamais) et déroule rapidement et sans opposition un tapis de cyprine devant le premier sexe mâle qui cherche à s’imposer. Et pendant ce temps, c’est la France qui se fait mettre. Seul point positif dans l’histoire, celle-ci n’est depuis longtemps plus vierge en la matière, ce qui facilite l’introduction… Une introduction, qui plus est, par devant, car la France est consentante. La République Populaire de Chine est certes jeune, mais elle apprend vite, et a compris que l’important dans les relations était de ne jamais s’engager mais d’entretenir sans cesse ses plans-culs, surtout lorsque ceux-ci écartent les jambes aussi facilement!

Les compagnies, elles, sont en général plus mâles. A l’ère du libre échange, elles ont tendance à jouer avec les états, comme lors des parades nuptiales. Mais le gouvernement chinois, fort de sa position économique et de son autoritarisme, tient les entreprises occidentales par les couilles, et elle en jouit, en hurle, en vibre, bref… c’est un orgasme pervers incessant et de plus en plus addictif!

L’année dernière, c’est Citroën qui avait dû faire des courbettes pour avoir représenter Mao louchant et faisant la mou dans une publicité utilisée en Espagne. (Rendez-vous compte! Un constructeur français n’a pas le droit de faire la pub qu’elle veut en Espagne, sans que la Chine ne vienne s’en mêler!) Et ce n’est pas tout! Récemment, l’agence allemande Grey Worldwide, qui a fait une publicité pour la société pharmaceutique Doc Morris avec des spermatozoïdes dont les têtes représentaient Hitler, Ben Laden et Mao (voir article d’Olivier sur Marketing Chine), s’est à son tour fait taper sur les doigts par le consul de l’autorité céleste stationné à Francfort: « Ce comportement est d’une énorme gravité et la compagnie est extrêmement irresponsable, manque d’un minimum de connaissances historiques et a porté gravement atteinte aux sentiments des chinois. La Chine exprime sa colère et son mécontentement. Le consul demande à la compagnie de retirer cette publicité de la Toile et de tous les autres médias, de présenter des excuses officielles et de garantir que de tels incidents ne se reproduisent plus. » (“该公司此举极不严肃、极不负责,缺少起码历史常识,严重伤害了中国人民的感情,中方对此表示极大愤慨和不满。总领馆还要求其立即将有关广告从网络及其他所有媒体上撤下,并正式道歉,保证今后不再发生类似事件。”). Le courroux du gouvernement, relayé par les médias chinois qui on titré « L’agence publicitaire allemande Grey Worldwide a humilié le Président Mao » (“Grey Worldwide广告公司作品侮辱毛主席”), a été suivi d’une pluie de commentaires de nationalisme, d’indignation et de menaces sur la Toile estampillée « .cn », sans doute par des lbx simplets et facilement manipulables, mais aussi par ce qu’on appelle des wumaodang, internautes payés pour écrire sur les sites des messages fidèles à la lignée du Parti (wumaodang五毛党 - signifie mot-à-mot ‘le parti des 0.5 yuan’; les personnes lançant des commentaires fidèles aux directives du gouvernement recevaient auparavant 0.5 yuan par message). La réponse ne s’est pas fait attendre. Le vilain s’est empressé de présenter ses excuses et ses petites fesses rouges pour recevoir sa correction: « Allô Monsieur le Consul? Oui, Monsieur le Consul. C’est toujours un honneur, Monsieur le Consul! Bien, Monsieur le Consul. Je vous prie d’accepter mes plus plates excuses, Monsieur le Consul! Mes respects, Monsieur le Consul! ».

Quelle est la différence entre l’attitude de la Chine et celle des islamistes qui menacent le journaliste danois auteur de la caricature de Mahomet? Merde! Bon sang! Un peu d’amour propre, d’orgueil et de courage, bordel! Que la Chine impose sa dictature chez elle si ça lui chante, et éventuellement (pourquoi pas?), si ça amuse sa population, je ne suis pas contre, je respecte, et franchement, je m’en fous un peu. Je dirais même que parfois ça m’amuse. Mais je considère que les états ont le devoir de faire ce qu’ils veulent chez eux, et que les compagnies doivent avoir le droit de diffuser la pub qu’elles veulent, tant que les « pays d’accueil » de cette publicité l’acceptent.

Je me suis imaginé un instant à la place du patron de Grey Worldwide, recevant les avertissements du consul chinois. Je crois franchement que je me serais pointé au consulat et que j’aurais chier un étron contenu pendant une semaine sur son bureau. Ou peut-être lui aurais-je dit: « Ok, je veux bien présenter mes excuses, mais d’abord, tu vas te mettre à genoux et me lécher les couilles sous la Porte de Brandebourg en direct devant les caméras du monde entier. »

Cartman chiant sur le bureau de Garrison ("Le Combat", South Park, S2E9) (1)

Cartman chiant sur le bureau de Garrison ("Le Combat", South Park, S2E9) (2)

Cartman chiant sur le bureau de Garrison ("Le Combat", South Park, S2E9) (3)

Voilà… C’est sur cette obscénité que s’achève brusquement ce petit coup de gueule… Je me contente la plupart du temps de rédiger notre aventure sous forme de journal. Il n’est pas courant que je développe ainsi mes opinions sur le blog. Peut-être devrais-je le faire plus souvent… ou plus jamais… (C’est vrai ça, qu’est-ce qui m’a pris? Non, non, non! Je retire… C’était pas moi… Je ne sais pas ce qui….. OOOhhhhh!!! Et puis merde!!! C’est fait, c’est fait!!!)

Bref… Après notre petit dîner devant la chaîne militaire, Evan, Andy et moi remontons vite nous reposer dans notre chambre. Nous serons, je l’espère, demain à Jingdezhen, si ma jante tient le coup, mais c’est pas gagné!

Jour 101 (31/12/09)

Fuchun(赋春)-Jingdezhen(景德镇)

Province du Jiangxi(江西省)

-env. 45km-

Après une nuit froide et un sommeil peu profond, nous descendons nos affaires, quittons l’hôtel à 10h30, et allons prendre un petit déjeuner de nouilles dans le village. Nous ne sommes plus qu’à 45km de Jingdezhen, mais je ne sais franchement pas si j’arriverai à bon port, car l’excroissance de ma jante semble s’être amplifiée et frotte de plus en plus sur mes patins, faisant un bruit à la fois énervant et inquiétant.

“Être la plus belle campagne de Chine pour réunir les fortunes”

Elle est pas kitsch, cette maison 'à l'occidentale' ?

Après un parcours peu intéressant dans la campagne, nous croisons un cycliste chinois, 40~50 ans, qui nous salue, et qui téléphone à son ami pour lui expliquer notre situation. Il nous dit qu’il y a un magasin Giant à l’entrée de Jingdezhen, et que son ami, que nous croyons au début être le propriétaire, va venir à notre rencontre. Au début, je pensais que nous allions croiser le mec en camionnette, qu’il nous embarquerait et résoudrait mon problème en deux coups de cuiller à pot. Grave erreur! Nous ne le rencontrons qu’après une demi-heure de route, il vient à notre rencontre à vélo et ne travaille pas au magasin. C’est seulement un cheyou (车友, ‘ami cycliste / amateur de cyclisme’) qui bosse dans une compagnie fabriquant des hélicoptères. Il nous conduit, 6km plus loin, jusqu’au magasin. La patronne et son employé, jeune lbx peu loquace et coiffé d’une maladroite coupe à la Kurt Cobain lui donnant un air de faux rebelle Pantère Noire (黑豹, groupe de rock chinois), me disent qu’ils n’ont pas la jante correspondante. Ma jante, ajoutent-ils, n’est pas fidèle aux normes habituellement utilisées en Chine. Pour être simple, ce qu’il me faut est une jante 26 pouces à 36 trous (trous pour les rayons). En 26 pouces, ils n’ont que des jantes de 32 trous. Je leur dit donc que je vais réfléchir. Je demande alors à Evan et Andy de partir à la recherche d’un hôtel, avant de revenir me chercher, car ma roue étant prêt de rendre l’âme, je ne tiens pas à errer aux quatre coins de la ville.

Pendant ce temps, la responsable de la boutique me fait la conversation, en me disant que je pourrai peut-être trouver mon bonheur chez un réparateur à Nanchang (南昌), chef-lieu de la province, mais qui se trouve encore à quelques 200km. Il est vrai que je dois y passer pour renouveler mon visa, mais il n’empêche qu’il me faut trouver une solution de rechange avant d’arriver là-bas. A ce moment là, j’hésite encore entre prendre un car jusqu’à Nanchang pour y trouver une jante, ou bien changer carrément toute ma roue ici (avec un nouveau moyeu de 32 trous) avant d’arriver à Nanchang.

Alors que nous discutons, arrive un vieux mendiant, à qui elle donne 1 mao (0,1 yuan). Il demande plus. Elle lui dit de partir. Elle m’explique: « Ces gens-là sont vraiment irrécupérables. Normalement, je ne devrais pas lui donner d’argent, et il trouve que c’est pas assez! Dans notre pays, il y a des refuges partout, et le gîte et le couvert sont pris en charge. Mais ils n’y vont pas. Parce qu’ils savent qu’en jouant les misérables, ils peuvent chaque jour amasser quelques 100~200 yuan. » (“那种人真的没办法。我本来不应该给他钱,他还嫌少!。我们国家每个地方都有收容所, 管吃管住。他们不去。因为他们知道这样装可怜每天可以凑到一百,二百多块钱。”). C’est pendant qu’elle me fait son exposé sur « ces salauds de pauvres » qu’Evan et Andy reviennent pour prendre mes sacoches et m’escorter jusqu’à l’hôtel, situé à à peine 5 minutes de là. L’hôtel n’est pas mal, avec de l’eau chaude 24h/24. Andy et moi sommes dans la même chambre, car Evan attend son cadeau de fin d’année: sa copine Cathy vient cet après-midi pour trois jours.

Après une bonne douche, nous allons au Wal Mart acheter des bouteilles de piquette pour ce soir, avant d’aller passer le reste de la journée dans un café wifi. En fin d’après midi, Evan va au minuscule aérodrome de Jingdezhen pour y trouver Cathy, qui n’est pas venue les mains vides: chapeau et sifflets de carnaval, vin, champagne et chocolat Toblerone nous accompagnent pour égayer cette Saint-Sylvestre. Malheureusement, Jingdezhen semble ne devoir sa renommée qu’à sa porcelaine. En effet, cette petite ville de seulement 300.000 habitants (petite pour la Chine évidemment) n’a aucun resto occidental, ni même japonais. Nous allons donc dîner dans le seul resto étranger que nous ayons trouvé: un coréen situé au pied de notre hôtel, qui s’avère être en plus très mauvais. Nous finissons ensuite la nuit à l’hôtel, alternant les bons alcools de Cathy, les piquettes de Wal Mart et les blagues de poivrots, jusqu’à environ 3h30.

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3 Comments »

  • Evan says:

    T’as bien raison de dire que n’importe quel hyper-puissance (les anciens empires: romain, mongole, et brittanique, le monde islamiste, bien sûr les états-unis, et surtout la chine) va toujours se défoncer pour manipuler la vérité pour son bien, car sa force politique est le plus souvent basée sur le mensonge (plus la force de l’autocratie est grande, plus gros sont les mensonges). C’est un fait indéniable. Si on accepte ce fait — que les dirigeants des plus grands pays feraient n’importe quoi pour protéger leur pouvoir sur les abeilles ouvrières — comme inhérent à la nature, la question pour nous, les habitants de ruches plutôt libres/rationelles (je sais bien que le pays idéal n’a jamais existé, mais en comparaison avec la chine…) est: comment faire face à cette menace? Le chef parfait (voir: licorne, yeti, et nana chinoise pas complètement folle) ne reculerait pas devant les diverses conneries que la chine (qui a maîtrisé sa technique de ruse contre ses propres citoyens) essaie récemment de raconter à des pays et societés moins habitués à leur genre de mensonge désopilant.

    Le problème, Alexis, est le gros manque de couilles de la part de nos dirigeants — et en fait de la part de la plupart des hommes dans les pays “libéraux.” Ils (Obama étant l’exemple en or) viennent en chine, bouches ouvertes, prêts à recevoir le maximum du pénis du parti, pour assurer la collaboration diabolique (harmonieuse?) avec notre grand créancier commun, avec laquelle nous sacrifierons tout pour la seule chose importante du monde: l’économie. En effet, nous nous sommes coupés la bite de chair (c’est à dire la signification et valeur d’être un homme dans les veines duquel coule du sang chaud) et nous en sommes mis une fausse en papier. Bref, le monde — et toutes ses valeurs et connaissances acquises avec lui — est à l’envers, l’équivalent de manger par le cul et chier par la bouche.

    On peut se plaindre des exigences marrantes/idiotes des dictateurs myopes à l’étranger (moins à l’étranger pour nous laowai) et la manière gênante de génuflexion des tapettes au pouvoir chez nous jusqu’au retour du Christ (ou de Mao, quasiment pareil en tant de sauveur!). Tant qu’on appréciera “l’économie” (ou la peur de se faire baisser le froc et graisser l’anus fiancièrement par le PCC), l’accès perpétuel au divertissements hyper zombifiants, et les autres moyens d’auto-branlette fournis par la société — aux dépens d’une vie de vrai homme, ce problème ne disparaîtra jamais.

    Tout ce que nous (ceux qui sont au moins “aware” de cette crise de conscience) pouvons faire c’est apprendre tout ce qu’on peut et se preparer à bâtir de meilleures communautés — ou on appréciera nos couilles au lieu de les couper — à l’avenir. De toute façon, je suis de ton côté. Nique la lâcheté!

  • Olivier says:

    l’épisode sur les xiaojie avec le laoban du resto ça me rappelle des conversations…Et avec sa femme qui arrive, lol, ça m’est arrivé. trop bon. hahaha

    Je prends un temps fou à lire tes articles, donc j’imagine que tu dois mettre un temps fou pour les écrire, mais continue. c’est passionnant les conversations avec les LBX.
    Je me rends compte que je ne comprenais pas tout, 80-90% de ce qu’ils me disaient, et en lisant ton blog je me rends compte de certaines nuances.

    Je suis ton plus grand fan de ton blog et de ton aventure.

    Tu devrais inscrire votre blog dans Wikio…
    http://www.wikio.fr/addblog

    Par contre je ne suis pas tout à fait d’accord avec tes propos sur Mélanchon et Raffarin bien que je trouve la métaphore très drôle.

  • simon says:

    Quel satisfaction ce site Internet, on ne trouve que des articles intéressants.
    J’aime surfer sur votre blog pour me changer les idées.
    D’ou vous vient votre inspiration, car tenir un ce site Internet c’est enormement de boulot.

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