Jour 96 (26/12/09)
Quzhou(衢州)-Baishizhen(白石镇)
Province du Zhejiang(浙江省)
-env. 60km-
Ce matin, nous ne nous levons pas trop tôt: 10h, et goûtons ce mystérieux fruit appelé « ramboutan », que j’ai acheté l’avant-veille. Et c’est en fait pas mal. Cela a un peu le même goût que le litchi, en plus chiant à éplucher.
Lorsque nous quittons l’hôtel, il est déjà trop tard pour des baozi. Nous prenons donc directement un déjeuner dans un resto. Avant de repartir, nous avons la chance d’échanger quelque mots avec un lbx, qui vient nous parler de tout et de rien, sur la Chine et les pays étrangers. Il nous fait un parallèle particulier entre la statut de paysan en Chine et celui de Noir aux États-Unis. “你们美国的总统是黑人。我们总统原来也是农民。” (« Votre Président aux États-Unis est un Noir. Nous aussi, notre Président était un paysan. »). Quelques minutes plus tard, il nous explique ce que nous savons depuis longtemps: en Chine, il est interdit de critiquer les dirigeants. Et c’était bien sûr bien pire pendant la Révolution Culturelle. Tout le monde avait un portrait ou un poster de Mao chez lui, et devait l’entretenir. Certaines personnes ayant malencontreusement abîmé le portrait du sauveur en le nettoyant ou ayant laisser les souris faire un trou sur son visage, étaient punies et emprisonnées. Mais la Révolution Culturelle, nous dit-il, n’a pas été que mauvaise: “文革也有它的好处。它教训了一些人。” (« La Révolution Culturelle a eu ses bons côtés. Elle a donné une leçon à certaines personnes. »). Tiens donc? C’est un peu comme s’il avait dit: « Le viol des mineurs a ses bons côtés. Il apprend l’amour aux jeunes filles! » ou encore « La Shoah a eu ses bons côtés. Parmi les victimes juives, certaines fraudaient le fisc! ».
Nous partons et repassons au magasin Giant, car Evan veut y acheter la même lampe que je me suis procurée il y a 3 jours. J’y rencontre un lbx d’environ 40ans, lui aussi cycliste à ses heures perdues, qui me dit être déjà allé jusqu’à Pékin à vélo.
- “我们有时候也会骑车到北京。” (« Nous aussi, nous allons parfois à Pékin à vélos. »)
- “是吗?花多长时间?” (« Ah bon? Vous mettez combien de temps? »)
- “13天!” (« 13 jours! »)
- “13天?很快!一天骑多少?” (« 13 jours? Vous êtes rapides! Vous faites combien par jour? »)
- “一天不到100公里, 大概80公里!” (« Moins de 100km par jour, environ 80km! »)
- “哦… 衢州到北京有多少距离?” (« Oh… Et il y a combien entre Quzhou et Pékin? »)
- “两千多公里,2300左右。“ (« Plus de 2.000km, environ 2.300km. »)
Trouvez l’erreur…

Un vieux erre à pieds sur les routes, palanche sur l'épaule. Nous le recroiserons le lendemain, une vingtaine de kilomètres plus loin.
Nous prenons la national et filons vers le nord, direction Jingdezhen, ville de la porcelaine chinoise. Étant donné le froid, nous ne tenons pas à nous attarder trop longtemps dans les parages. Pas le temps de contempler les paysages. Aller vers le nord est déjà suicidaire en soi. Ce n’est donc pas le moment de traîner. Lorsque nous tombons, sans trop savoir comment, dans un cul de sac, à cause d’immense travaux, au dessus d’un cours d’eau dégueulasse dans lequel des lbx lavent leurs fringues, nous demandons notre chemin à des flics, qui nous escortent jusqu’à la nationale que nous recherchons, gyrophare allumé, mais malheureusement sans sirène… Un peu plus loin sur la route, des lbx en camion s’arrêtent en chemin pour donner 3 des nombreux huyou (胡柚) qu’ils transportent. Il s’agit d’une race de pamplemousses propre au comté de Changshan (常山县), où nous sommes actuellement.
Le genou d’Andy refaisant des siennes, nous ne pouvons dans les premiers jours pas faire plus d’une cinquantaine de bornes. De plus, le froid s’intensifie et la nuit commence à tomber. Il faut donc s’arrêter. Nous tombons sur un tout petit bourg super merdique, avec une sorte de maison d’hôte qui nous prend 40yuan pour une grande chambre. Au pied du bâtiment, des lbx fabriquent de la baijiu. Nous allons dîner en face, dans un petit boui-boui tenu par un couple avec une petite fille d’environ 6ans. Nous ne manquons pas de prendre un peu de huangjiu bien chaud pour nous dégeler. Deux lbx sont également là, en train de dîner. Ils nous disent ne pas être du coin et n’être venus que pour effectuer des travaux de voirie. Le plus disert est originaire du Guizhou, mais habite à Shaoxing. Il nous explique qu’ils ont déjà terminé leur tâche mais qu’ils attendent de pouvoir percevoir leur salaire. Pendant ce temps, ils doivent payer tous les jours le logement et la bouffe de leur poche. Après 2 litres de huangjiu, nous retournons nous coucher dans notre chambre.
Jour 97 (27/12/09)
Baishizhen(白石镇)
Province du Zhejiang(浙江省)
Dès que nous nous levons, nous voyons un mélange de pluie et de fine neige tomber du ciel. Notre départ est donc bien évidemment ajourné. En fin de matinée, nous allons dans le boui-boui d’en bas prendre un brunch fengan-huangjiu, puis retournons dans notre chambre, où par miracle, nous détectons un léger signal wifi. Notre après-midi ne sera donc pas complètement perdue.
Le soir, nous retournons dans notre cantine prendre un excellent dîner, avant que le lbx d’hier ne vienne nous rejoindre pour picoler. Le problème est qu’il est déjà bien éméché. Lorsque je le complimente pour lui dire que ses cheveux bouclés sont « cool », il se sent gêné et demande à la patronne une glace et un peigne pour se recoiffer. Au fil de la discussion, il nous montre son tatouage de serpent sur son avant-bras: un souvenir de prison, nous explique-t-il, où il est allé suite à une bagarre. Plus bourré que jamais, il nous demande une photo souvenir, mais impossible d’avoir son adresse. Ce n’est que très difficilement que nous arrivons à lui faire dire son nom: « Peing ? », « Ping? », « Peng? », … Puis il sort son livret d’épargne, sur lequel est écrit: Huang Erfa (黄尔发). Un beau nom de pecnot! Avant de nous laisser partir, il prend le numéro d’Andy (je ne me souviens pas vraiment pas pourquoi celui d’Andy…), et essaie même de l’appeler en utilisant le téléphone du patron du boui-boui. Nous repartons vers notre chambre, en rigolant bien de ce lbx complètement taré…
Jour 98 (28/12/09)
Baishizhen(白石镇)-Tongcun(桐村)
Province du Zhejiang(浙江省)
-env. 40km-
Bien évidemment, ce n’est qu’assez tard que nous réveillon, avec un bon petit mal de crâne pour Evan et moi. On se marre encore en pensant à ce lbx, son état d’ébriété et son nom qui ne veut rien dire.
Après un petit dèj, nous retournons nous reposer un peu. Evan, ayant toujours mal à la tête, demande un peu de repos. Des flics viennent soudain contrôler notre identité. Dans cette campagne, pas de problème de logement, car il n’y a pas de grand hôtel. Les petits établissement sont donc bien obligés de nous accepter. Un peu perdus, ils regardent nos passeports sans trop comprendre, notent nos noms ainsi que nos numéros de passeports et de visas sur un bout de papier. Nous nous préparons à 14h, retournons bouffer en face, où la patronne nous dit que Huang Erfa est parti hier sans payer, prétextant que nous l’avions déjà fait, alors que nous n’avions régler que notre part. Il y a donc eu une petite friction de lbx au sujet de la note, mais la patronne, excédée, lui a dit de partir et de ne plus revenir.
Après donc un bref déjeuner, nous reprenons la route, mais en réempruntant l’ornière de notre passage, car Evan s’est trompé de route à la précédente patte d’oie, il nous faut donc revenir 2 petits kilomètres en arrière. Nous trouvons ensuite une petite route, plate, tranquille, sans côtes trop abruptes ni circulation intense, et avec des belles petites montagnes se dressant à l’horizon. Le parcours n’est donc pas crevant, d’autant que nous n’allons pas très loin.
A 16h30, nous nous arrêtons dans le petit village de Tongcun (桐村), où nous trouvons une lbx un peu folle, qui loue des chambres pourries dans un immeuble tout aussi pourri, mais qu’elle nous loue tout de même 60 yuan (2 chambres). Un peu cher pour deux pièces froides, sans chauffage, et avec nulle-part où se doucher. A côté des chiottes à la turque qui se trouve au bout du couloir, un simple lavabo, donc le fond est complètement bouffé, par la rouille, sûrement. Lorsqu’elle me montre les chambres, elle me demande d’où je viens:
- “你是哪里的?” (« Tu viens d’où? »)
- “法国!” (« De France! »)
- “法国?法国在哪里?” (« De France? C’est où la France? »)
- “恩~~~” (« Heu… »)
- “在中国吗?” (« C’est en Chine? »)
- “不是!不是!在欧洲!” (« Non! Non! C’est en Europe! »)
Après avoir installé nos affaires, nous allons tout de suite dîner, bien que nous ne soyons qu’en fin d’après midi. Le but: nous reposer le plus tôt possible, et nous glisser le plus vite sous nos couettes, car il risque de faire froid dans la chambre pendant la nuit. A notre retour, je vais prendre une bassine et de l’eau bouillie (开水, en Chine, on peut avoir de l’eau bouillie partout, pour infuser du thé ou faire une petite toilette) pour me laver les cheveux, mais alors que je suis dans les chiottes pour prendre un peu d’eau au robinet, une coupure de courant touche tout le bâtiment. Je me retrouve donc comme un con dans le noir et le froid, au milieu du couloir, avec les cheveux plein de shampoing,, à me diriger à tâtons vers ma chambre. 60 yuan pour ces conditions… On commence à se dire que c’est vraiment cher payé!!! Nous nous contentons de nos lampes de poche, jusqu’à ce que l’électricité revienne, 20 minutes plus tard. Ensuite: sac de couchage, soirée ciné sur mon ordi et dodo.



















