Jour 94 (24/12/09)
Quzhou(衢州)
Province du Zhejiang(浙江省)
Tous un peu fatigués, ce n’est qu’en fin d’après-midi que nous sortons de nos couettes. Evan appelle le lbx fabricant d’avions qui ne sera libre qu’en fin d’après-midi. Après avoir pris un excellent déjeuner accompagné d’un mauvais vin jaune, lavé nos fringues et étendu nos tentes encore humides, nous allons passer tout l’après-midi dans un café wifi.

Lampe de secours anti-incendie. Traduction en anglais: FIRE FIGHTING JURY EXCITER LAMP (mot-à-mot: LAMPE EXCITEUSE DE JURY POUR COMBATTRE LES INCENDIES)
Vers 18h, notre lbx nous appelle pour nous dire de venir le rejoindre près de chez lui. Nous prenons un taxi, faisons un détour vers notre hôtel pour poser nos ordis et prendre nos appareils photo, avant de filer à sa rencontre. Alors que je m’attendais à un paysan crasseux juste un peu bricoleur, nous tombons sur un petit gars à l’apparence très jeune et très citadine. Après présentations, il nous fait monter dans sa voiture et nous emmène dans un restaurant pas très loin, encore un peu en travaux, mais excellent (mouton, champignons, poisson, …)! Sans doute une des meilleures bouffes du voyage jusqu’à aujourd’hui.
Notre Géo Trouvetou s’appelle Xu Bin (徐斌). Bien qu’il paraisse plus jeune que nous, il a déjà 35ans. Fils d’une famille de paysans, il est originaire de la région de Jiangshan (江山, dans les environs de Quzhou), qui, nous dit-il, est également la terre de Dai Li (戴笠), espion de Tchang Kaï-chek (蒋介石), considéré pas les communistes comme un traître, voire même le Himmler de Chine (中国的希姆莱).
Dès petit déjà, Xu Bin commençait à réaliser des invention: à 19 ans, une machine pour buter la terre, et à 21 ans, un tricycle motorisé, évitant, ainsi à ses parents des fatigues supplémentaires. Aujourd’hui, grâce notamment à l’usine de son père fabriquant des pompes à eau (水泵), il a pu fabriquer son engin volant: un gyrocoptère (自转旋翼机), et a effectué son premier vol fin 2005. Pourquoi un gyrocopyère? Parce que c’est l’un des engins volants les moins compliqué, contrairement à l’hélicoptère. Aujourd’hui, il est de plus en plus sollicité pour des interviews. Nombreux sont les journalistes qui viennent s’intéresser à lui, ce qui lui permet de se faire connaître et de vendre des pièces détachées pour toutes sortes de machines volantes, sans pour autant avoir enregistrer sa compagnie (Mais en Chine, le marché noir est largement toléré!). Il a tout de même quatre ouvriers qui travaillent pour lui, et son business commence à marcher, nous dit-il.
Avec son gyrocoptère, il a réussi à voler jusqu’à 400~500m d’altitude. Aujourd’hui, il ne peut guère voler au dessus de 5m, car les autorités aériennes l’ont à l’œil. En effet, les gouvernement central et local ont peur que d’autres lbx cherchent à l’imiter. Pour avoir effectué un vol à un mois des Jeux Olympiques de Pékin, il a dû payer une amende de 10.000 yuan et s’est fait confisquer son engin jusqu’à la fin des JO. Délit: « vol illégal » (违法飞行). Normalement, il pourrait demander un permis de voler. Il a essayé. Mais les différents bureaux se renvoient continuellement la balle, et Xu Bin n’a donc jamais pu obtenir le sésame. Aujourd’hui, il est tout de même toléré, mais doit de préférence aller dans les endroits peu peuplés, comme les montagnes. “只要不出什么麻烦,就没有人会管你的。已经被默认飞行不是违法的。” (« Du moment que tu ne causes pas d’ennuis, personne ne va se mêler de tes affaires. Les vols sont reconnus tacitement comme n’étant pas illégaux. »). Mais il préfère faire ses essais en dehors de la province du Zhejiang, où les autorités le surveillent de près. C’est sans difficultés qu’il démonte sa machine pour l’embarquer dans sa voiture vers d’autres provinces du pays, et entre autres le Xinjiang, la plus grande.
En évoquant l’attitude exagérément policière des autorités, il nous avoue déplorer quelque peu la situation politique de son pays: « Le système politique de notre pays ne va pas. Les hauts fonctionnaires ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Il ne savent que bouffer, boire et jouer, mais n’aiment pas que les autres accomplissent des choses. ». Au début de notre rencontre, croyant qu’il avaient affaire à des connaisseurs en machine volantes, il semblait un peu déçu de tomber sur trois trois voyageurs errant à travers les provinces de Chine. Mais au il de la conversation, il devient vite plus bavard, et face aux étrangers que nous sommes, en vient à passer outre les barrière du politiquement correct. Lui expliquant que nous sommes à la recherche du peu de vestiges culturels préservés, il réagit assez vite: « Mao Zedong a détruit beaucoup. Les jeunes Chinois d’aujourd’hui n’ont plus de repères. ». Et que ce soit concernant les problèmes ahurissants qu’il rencontre pour essayer de voler ou pour tout autre sujet, les journalistes prennent le soin de filtrer les informations: «
Les médias parlent pour le Parti Communiste. ».
Mais ce n’est ni le système, ni ces branleurs de fonctionnaires qui mettront fin à son rêve. Malgré toutes les difficultés qu’il a rencontrées, il continue à se consacrer à sa passion: voler, améliorer ses machines volantes, enseigner son savoir à des disciples, vendre des pièces détachées, … Même sans avoir eu son bac, cela ne l’a pas empêché d’apprendre en feuilletant des magazines, cherchant sur le net, …
Lorsque nous quittons le resto, où, pour une raison inconnue, il paie la note (alors que nous avions dit que nous l’invitions), nous remontons dans sa voiture pour nous rendre dans l’usine de son père, voir son gyrocoptère. Sur le chemin, il poursuit son récit. En dépit des obstacles qui se sont dressé devant lui, il a bien l’intention de continuer vers la voie de l’indépendance et de l’entrepreneuriat. Jamais, nous dit-il, il n’ira bosser dans un bureau pour un patron. Et des obstacles il en a eu, pas seulement de la part des autorité, mais également dans son entourage. Au début, son père ne l’encourageait pas, comme tout le reste de sa famille d’ailleurs… Ils le prenaient tous pour un fou et considéraient qu’il perdait son temps. Aujourd’hui, ils sont plutôt fiers et le soutiennent. Mais il garde cependant une rancœur amère contre son père qui l’a souvent critiqué, jusqu’à précise-t-il, ruiner la vie de sa fille. En effet, Xu Bin est marié et a une fille née prématurément. Les médecins voulaient laisser l’enfant en couveuse un mois, mais sous pression du père de Xu Bin, elle n’y est restée que 10 jours. Elle est aujourd’hui paralysée…
Lorsque nous arrivons dans ce qui ressemble à une usine désaffectée, un ouvrier qui bosse encore en cette nuit de réveillon, vient nous ouvrir la grille, sous les aboiements d’un chien attaché par une chaîne à côté de sa gamelle. Lorsque nous découvrons la bête, nous sommes un peu sidérés. Personnellement, quand on m’a parlé au début d’un engin volant, j’ai d’abord pensé à un avion, car le mot chinois feiji (飞机, mot-à-mot ‘machine volante’) signifie ‘avion’, mais constitue également un mot générique pour tout engin volant. Même l’hélicoptère est, en chinois, une sorte d’avion, puisqu’il se dit zhisheng-feiji (直升飞机, mot-à-mot: ‘avion qui vole verticalement’ ou ‘machine volante qui monte verticalement’). Quoi qu’il en soit, je m’attendais à quelque chose de fini, avec une carapace, une porte, etc. Mais ce que je vois devant moi paraît très superficielle. Nous ne pouvons nous empêcher de rire en imaginant qu’il ait pu voler avec ça. Ce n’est en fait que le squelette d’une machine assez simple, qu’aurait pu dessiner Leonard de Vinci. Voler dans ce genre d’engin, c’est un peu tourner un film muet en noir et blanc, c’est revenir à fin du XIXème siècle.
Ce que l’on voit devant nous, c’est une chaise en plastique fixée sur une ossature reposant sur trois petite roulette et surmontée d’une hélice en alu. Derrière, est accroché un bidon de carburant. Devant, le pilote a la main droite sur un manche qui permet d’orienter l’hélice du dessus ainsi que les freins, et la main gauche sur un autre manche qui contrôle la vitesse. Et le tout se démonte en 2h et se remonte en 2h30. Tout simplement hallucinant!!! Il n’y a qu’un savant fou pour décoller dans un tel engin. Mais l’air de rien, notre Paul Cornu chinois a déjà atteint la vitesse de 100km/h en volant à 20m du sol. Derrière le grand local, se trouve une autre pièce qui est l’atelier de Xu Bin, où sont entreposés trois autres engins similaires, les première, deuxième et troisième génération du xubin-coptère.
Étant donné l’obscurité, nous avons du mal à prendre des bons clichés. Il nous invite donc à revenir demain matin. Notre inventeur nous raccompagne alors jusqu’à notre petit hôtel merdique. Nous le remercions et montons nous coucher. Enfin…, c’est ce que nous croyons avant que quelqu’un vienne frapper à 22h30 à notre porte. Quand j’ouvre, je ne peux me retenir de lâcher un “肏” (« Putain! ») en voyant qu’il s’agit de 3 flics. C’est sans surprise qu’ils nous disent qu’on ne peut pas rester ici et qu’il n’y a que deux hôtels en ville où nous pouvons rester, tout en jetant rapide un coup d’œil à nos passeports qu’ils font mine de comprendre. Énervés, Evan et moi leur expliquons que nous voulons bien aller ailleurs, mais qu’il faut que ce soit le même prix, car nous ne pouvons pas dépenser des sommes astronomiques pour une chambre d’hôtel. Ils nous disent que ce sera sûrement plus cher. Je réponds alors: “那我们就在派出所门口搭帐篷。” (« Alors, on campe devant le commissariat! »). Embarrassés mais campés (eux aussi) sur leur position, ils esquissent un rire jaune en nous répétant que nous ne pouvons de toute façon pas rester ici. Evan monte sur ses grands chevaux. Il demande de quel droit nous sommes traités ainsi? Il y a un hôtel, une chambre, des lits, nous payons et donnons nos numéros de passeports. “这是人种歧视!” (« C’est de la discrimination raciale! »), crie Evan. Ce que nient les flics, en essayant par une maladroite pirouette d’expliquer cette différence de traitement entre Chinois et étrangers. L’un essaie d’argumenter: “你们那边也是这样!” (« Chez vous aussi c’est comme ça! »). Bien tenté, connard! On lui explique la réalité des faits: “不是!在我们国家本国人和外国人都可以随便住想住的地方!” (« Non, chez nous, les nationaux et les étrangers peuvent rester dormir où ils veulent! »). Ayant épuisé toutes ses cartes, il nous lance alors: “每个国家都有自己的规定!” (« Chaque pays a ses règles! »). Ça a le mérite d’être honnête!
Ils nous proposent d’appeler les hôtels autorisés à nous recevoir pour bénéficier d’un rabais. Mais ayant trouvé une chambre à 40yuan, nous ne voulons pas payer un yuan de plus. Ils nous disent que nous devons de toute façon quitter les lieux. Mais vu l’heure, nous demandons un minimum de clémence. J’explique à l’un d’eux: “你可能喜欢加班,这是你的选择。我可以理解。 可是现在10点半了。你们就让我们住一天吧。” (« Peut-être que tu aimes faire des heures sup’, c’est ton choix. Je peux comprendre. Mais il est déjà 22h30. Laissez nous dormir un jour. »). Réponse: non! Mais quelques minutes plus tard, alors que nous remballons nos affaires et nous apprêtons à partir vers le commissariat pour installer nos tentes, ils reviennent en nous disant que nous pouvons rester. Ils vont juste prendre nos passeports, allez dans un de ces hôtels chers pour nous y enregistrer, tout en nous laissant rester ici cette nuit. Ils reviennent avec nos passeports une demi-heure plus tard. Nous les remercions brièvement. Leur petite magouille leur permet d’obéir aux ordres sans avoir à nous déloger. Nous nous recouchons, sans savoir si nous pourrons encore rester demain.
Xu Bin seraient sûrement d’accord avec moi: les fonctionnaires sont vraiment des branleurs payés à enculer les mouches. Bon… Lui, le dirait avec d’autres mots, évidemment…
Jour 95 (25/12/09)
Quzhou(衢州)
Province du Zhejiang(浙江省)
Xu Bin nous a proposé de revenir ce matin pour prendre de meilleures photos. Nous ne tardons pas à nous lever et allons vite prendre un petit-déjeuner avant de sauter dans un taxi qui nous emmène jusqu’à l’usine. Xu Bin arrive avec un peu de retard, et nous re-photographions sa machine volante sous tous les angles. Lorsque nous repartons dans sa voiture, il nous explique devoir faire un petit détour chez ses parents. Nous découvrons sa petite fille, qui est en fait plus atteinte qu’on ne le pensait. Elle ne peut ni marcher ni manger toute seule et est aussi mentalement atteinte. Elle a besoin d’une assistance continue. Xu Bin nous fait monter à l’étage où des médecins aident plusieurs autres gamin à essayer de faire un pas devant l’autre et leur massent des jambes. A force de rester assis, nous explique l’inventeur, leurs membres deviennent paresseux, et il faut donc les stimuler pour éviter que le problème ne s’aggrave. Je me dis, en repartant, que sa fille a au moins la chance d’avoir un père inventeur, qui pourra peut-être lui fabriquer une chaise pouvant l’aider à être plus autonome.
Nous rentrons à notre hôtel, sans oublier de remercier notre ami, et entrons discrètement dans notre chambre pour prendre nos ordinateurs avant de ressortir. Pourquoi discrètement? Car nous craignons que le propriétaire, en nous voyant, nous demande de partir! Nous allons donc passer toute la journée et toute la soirée dans un café wifi. Pour cette soirée de 25 décembre, je sors m’offrir, après un plat de nouilles hui de Lanzhou, un gâteau à la groseille dans la pâtisserie d’en face. Compte tenu des circonstances et du lieu, je déguste mon gâteau avec satisfaction. Nous repartons du café à minuit, heure de fermeture et retournons discrètement dans notre hôtel, avant de nous coucher.









M. Lerognon, je suis un fier chinois d’origine de Quzhou malheureusement déplacé en France pour faire mes études dans ton pays de merde, et je trouve que vous êtes des connards méchants. Vous vous croyez au dessus de la loi de notre patrie magnifique, mais je vous préviens que vos jours heureux en Chine vont bientôt finir! Vous sales bêtes avez assez d’argent pour envahir pékin il y a 100 ans et faire souffrir les chinois, une race autrement béni, avant la montée au pouvoir de notre parti saint, mais commodément pas assez pour obéir à notre loi d’hébergement pour les étrangers, qui est bien pour votre sécurité (et moin mérité pour vous que pour les chiens)! Vous rigolez de nos policiers vénérables, les piliers de notre société harmonieuse, comme des détestables cons. Je vais donner tous mes efforts pour faire savoir les authorités chinoises que vous y êtes pour inciter la subversion de notre gouvernement, afin qu’on vous lance en prison pour vous ridiculer à point de torture comme vous nous avez fait! Vous allez bien connaître la puissance de notre justice infaillible!
En plus, je crache sur vos minuscules bites de barbare, que je ne trouve pas du tout supérieures aux nôtres, qui ont évolué en gloire pendant plus de 5000 ans! Nique ta mère et vive la Chine pour toujours!! 毛主席万岁!
Merci, Shen Hongyuan, pour ton commentaire très constructif et ton racisme à peine voilé!
“Patrie magnifique”, “Race bénie”, “Parti saint”, “Policiers vénérables”, “La puissance de notre justice infaillible”, …
J’essaie souvent de raconter des anecdotes poilantes pour faire marrer mes lecteurs, mais toi, franchement, t’es un don du Ciel. J’aurais pas fait mieux. Chapeau!
Quel con je suis… Je suis tombé dans le panneau comme un débutant… Bravo Evan, alias Shen Hongyuan, pour cette imposture!!!
Comme dirait tout commentateur de CCTV 5 qui se respecte :
ouyouwey 好球 !
Quelques bonnes info mais toujours un bon post merci !