Jour 119 (18/01/10)
Nanfeng(南丰)-Lixin(里心)
Province du Fujian(福建省)
- 80km -
Cette fois-ci, nous sommes prêts à repartir et voir défiler les kilomètres. Enfin… Prêts… Pas tout à fait! Après un rapide petit déjeuner, nous trouvons un réparateur de vélo que nous a indiqué le patron de l’hôtel. Et pour 5 yuan, le gars, qui a un petit atelier de réparateur, où il vend également des cigarettes (imaginez un garage à vélos, dont le mur est décoré d’une licence l’autorisant à vendre des cigarettes… marrant, non?), il me répare tout en une vingtaine de minutes. Sans trop rentrer dans les détails, j’ai désormais une roue arrière, certes de mauvaise qualité, mais quasiment droite, et avec des freins qui marchent (le câble était auparavant complètement rouillé!). Mon vélo devrait maintenant pouvoir tenir jusqu’à début février, où j’irai à Hong-Kong pour faire un nouveau visa. Mon pote Gilles, devant s’y rendre pour les mêmes raisons, m’amènera pas la même occasion la jante qu’il a achetée en France pendant les avances de Noël.
Nous repartons sur la nationale (donc: beaucoup de camions et peu de paysages), avant de rejoindre une petite route de campagne. Aujourd’hui encore, la température est très agréable. Shirts et T-shirts nous suffisent. Et heureusement, car nous nous perdons souvent. Entre les mauvaises indications de lbx, les croisements que nous ignorons et les mauvaises lectures d’Evan, nous sommes contraints à plusieurs reprises de faire demi-tour. C’est d’ailleurs après avoir fait plusieurs kilomètres pour rien que nous revenons dans un petit village. La mauvaise idée que nous avons est d’entrer dans un restaurant situé juste en face d’une école secondaire, et évidemment pendant de la pause midi des élèves, lorsque personne n’est en cours! Seuls clients du resto, nous attirons vite l’attention. Quatre ou cinq s’arrêtent, puis s’approchent l’un après l’autre, suivis de six autres, puis de dix, chacun bousculant l’autre pour être au premier rang. Une partie de la foule entre même dans le resto. Et ce sont vite une cinquantaine d’élèves, filles et garçons qui nous scrutent, nous épient, nous examinent, nous dévisagent. Certains chuchotent, d’autres ricanent, d’autres encore restent muets, mais aucun ne trouve impoli de nous observer manger. Lorsque je me lève pour me re-servir en riz, la fille de la patronne, dans son uniforme de collégienne, me demande:
- “他们都这样看你,你不怕吗?” (« Qu’ils te regardent tous comme ça, ça ne te fait pas peur? »)
- “不怕,只不过会影响到我的食欲。” (« Non, c’est juste que ça affecte mon appétit. »)
Mais elle ne semble pas vraiment comprendre le sens de mon message.
Agacés d’être encore les bêtes curieuses du village, nous repartons assez vite une fois nos plats terminés. Une collégienne me dit: « Welcome to China », une autre vient avec son cahier nous demander des autographes. Ces futurs lbx n’ont pas de mauvaises intentions. Ils réagissent comme le feraient leurs parents, mais avec un angle de vue peut-être un peu différent. Ils veulent observer ces gens si bizarres qui ne sont pas Chinois, tout en les enviant. Ils regardent ahuris ces étrangers si différents et pourtant si similaires, cachant leurs complexes d’enfants de campagne derrière des ricanements niais sensés les rassurer. Une sorte curiosité insolente teintée d’une fascination timide.
Nous repartons donc, sur une petite route parfois recouverte de dalles de bétons, mais souvent terreuse, caillouteuse et même boueuse. A l’entrée d’un autre petit village, des panneaux rappellent à la population qu’il est interdit d’utiliser frauduleusement les câbles d’électricité, tandis que d’autres vantent la commodité d’avoir un téléphone fixe chez soi.

"Il est strictement interdit d'installer son propre réseau électrique, de voler de l'électricité, d'attraper des rats, de chasser ou de pêcher avec de câbles électriques." "Lorsqu'un engin électrique prend feu, il faut d'abord couper le courant avant de chercher à éteindre le feu."

"En fumant un paquet de cigarette en moins, on peut téléphoner très longtemps." (= En faisant une économie sur les clopes, on peut se payer plus de frais de téléphone.)

"Connaissances générales sur une utilisation sûre de l'électricité" "Interdit de grimper aux poteaux électriques et sur les transformateurs"
Puis nous tombons ensuite sur des routes de montagnes de plus en plus abruptes et de plus en plus longues. Cela faisait si longtemps que nous n’avions pas jouer les grimpeurs du tour de Chine, que nous sommes vite crevés. Les jambes fatiguent et demandent du repos, mais cela ne sert à rien. La montagne est là et il faut la franchir avant qu’il ne commence à faire sombre. Evan et Andy optent pour la méthode pépère qui consiste à mouliner et progresser lentement. Moi, comme d’habitude, toujours impatient d’en découdre avec ces côtes, je reste fidèle à ma méthode de bourrin, en faisant, comme Leon Van Bon, « la danseuse entre deux pédales ». Au sommet, nous sommes accueillis par le plus beau panneau que nous ayons vu jusqu’ici à l’entrée d’une province: nous venons d’arriver dans le Fujian.

Sur un mur, une plaque avec le nom de tous les villageois ayant financièrement contribué à la construction de la route. Parmi les noms, on peut retenir un certain Wu Shuiping (吴水平). Mauvaise farce de ses parents? Ce nom constitue une parfaite homonymie avec le mot "inculte" (“无水平”)
Le soleil ne va pas tarder à se coucher. Nous repartons donc à la recherche d’un endroit où dormir. Assez vite, nous arrivons dans un village et trouvons un petit hôtel, dont le patron appelle tout de site le commissariat, pour dire qu’il s’apprête à héberger trois laowai. En attenant l’arrivée de la maréchaussée, nous inscrivons d’abord nos noms et numéros de passeport sur le registre de l’hôtel. Lorsque les flics arrivent, ils nous demandent nos pièces d’identité pour relever les informations dont ils ont besoin. Une demi-heure plus tard, ils reviennent nous voir pour nous faire remplir un formulaire destiné aux laowai. Bref… Tout un processus d’enregistrement assez casse-couilles. Avant de repartir, l’un d’eux nous dit de « faire attention à notre sécurité » (“注意安全”) et nous laisse un numéro de téléphone où nous pouvons le joindre en cas de problème. Je n’ai jamais compris pourquoi les Chinois avaient souvent tendance à croire qu’il était dangereux pour des étrangers de voyager en Chine… Il est vrai qu’en Chine, on ne connaît ni Stain, ni la Courneuve…
Nous sortons ensuite prendre notre premier dîner du Fujian. Même si le riz est dur, les plats sont bons. Mais nous ne voyons pas encore beaucoup de différence avec la bouffe du Jiangxi. Peut-être que cela changera au fur et à mesure de notre progression dans la province… Crevés, nous rejoignons notre chambre et n’avons aucun mal à trouver le sommeil.
Jour 120 (19/01/10)
Lixin(里心)-Zhukou(朱口)
Province du Fujian(福建省)
- 95km -
Décidés à bien avancer, nous nous levons avant 7h. Andy et moi avons encore les jambes un peu courbaturées, mais Evan semble en pleine forme. Après un petit déjeuner dans le resto d’hier, nous repartons rejoindre les nombreuses côtes qui nous attendent. Toujours impatient de franchir les collines, je choisis de mettre le turbo et de me détacher de peloton. Les cuisses souffrent, mais je préfère cela à une avancée de tortue en regardant les pentes qui n’en finissent jamais. Fatigue physique ou physique psychologique? Jambes d’acier ou mental d’acier? Evan et Andy, eux, optent pour la deuxième méthode.
Arrivés dans une petite ville, nous apercevons un grand portique en bois surmonter d’un marteau et d’une faucille. Il s’agit de l’entrée du “反围剿纪念园” (« Parc commémoratif de lutte contre les campagnes d’encerclement et d’extermination » – Il s’agit d’une ancienne base de guérilla communistes où s’était réfugié Mao, alors président de la République Soviétique Chinoise, contre les attaques des troupes des Nationalistes dirigés par Tchang Kaï-chek, entre 1931 et 1934, pendant la Guerre Civile Chinoise. En 1934, les Communistes durent ensuite entreprendre la Longue Marche). Sans entrer, nous voyons à l’intérieur un écriteau: “毛泽东朱德同志旧居“ (« Ancienne demeure des camarades Mao Zedong et Zhu De »).
Deux heures plus tard, nous arrivons dans un petit village et déjeunons à l’entrée d’un restaurant, tout en nous dorant au soleil, alors que les lbx locaux sont en pull ou en doudoune, et même parfois avec pull et doudoune! Cela fait aussi partie des réflexes intriguant des lbx: janvier = hiver = beaucoup de fringues. Alors qu’il fasse 0°C ou 30°C, si l’on est en janvier, il faut se couvrir à fond! Avant de nous laisser repartir, le patron du resto nous conseille de nous arrêter au Grand Canyon Zhaixia (寨下大峡谷), où l’on peut découvrir, nous dit-il, la « culture des grottes » (洞穴文化). C’est un endroit touristique, avec bien entendu un billet d’entrée, mais il nous assure que ça vaut le coup d’y aller, d’autant qu’il a récemment été ajouté à la liste du patrimoine mondiale.

Si la Wehrmacht avait eu des sides-cars comme ça, c'est sûr, on se serait pas pris une branlée pas les Chleus!
Dans les premières centaines de mètres, nous de voyons pas encore de « Grand Canyon », mais une pancarte indique des travaux en cours pour creuser un tunnel de plus de… 9km!!! Sans doute un tunnel pour voie ferrée. Une heure plus tard, nous voyons en effet au loin des falaises avec quelques crevasses, semble-t-il, naturelles. C’est beau, certes, mais cela vaut-il le coup de s’arrêter 3 heures et acheter un billet d’entrée? Pas si sûr… Quoi qu’il en soit, lorsque nous arrivons dans la petite ville de Taining (泰宁), il est déjà trop tard, car nous n’avons vu aucune signalétique indiquant l’itinéraire vers ce fameux patrimoine.
Après 95km de montagnes, alors que j’attends Evan et Andy qui sont à 10 petites minutes derrière moi, je vois au milieu de la route un spectacle assez « gore »: un lbx traîne par la queue un cochon en train de gueuler comme pas possible. Le gars le tire comme ça sur plusieurs dizaines de mètres tandis que sa femme lui donne des coups de balai. Horrible! Ça donne pas envie d’en manger!
Lorsque je suis rejoins par mes deux coéquipiers, nous trouvons vite un petit hôtel avec, chose assez rare dans ce genre de village, une douche chaude dans la chambre. Le patron, super gentil, nous apporte, nous dit-il, son meilleur thé. C’est un de ses amis lui en a ramené des sommets montagneux, là où l’on n’en trouve qu’à l’état sauvage. La gentillesse de ce petit lbx devient cependant un peu envahissante. Il ne peut s’empêcher de revenir toutes les 2 minutes, un peu comme Columbo: « Je vous apporte de l’eau chaude!», « Il faut vous enregistrer! », « Vous avez dîné? », etc. Des allers-retours incessants qu’il répètera même après que nous sommes devenus de bouffer: « C’est bon? C’est du thé sauvage! », « Là-bas, il y a un temple, qui mérite d’être vu! Il a été détruit pendant la Révolution Culturelle, puis reconstruit! Il n’est pas aussi beau qu’avant, mais le terrain est splendide! Ça vaut vraiment le coup! », « C’est pas loin d’ici! C’est là-bas, où la route est difficile. Il y a un pont. C’est 200m après le pont. Le pont là-bas, où la route est difficile. C’est 200m après le pont… ».
Après avoir réussi à nous en débarrasser, c’est douche (et on retrouve encore une fois, dans la salle de bain, une gravure de femme à poil!) et dodo.















Les scènes de gamins en meute qui vous observent, vous devriez vraiment les prendre en photo, les arroseurs arrosés; ou les observateurs observés en l’ occurence…ça devrait se reproduire encore souvent donc tenez vous prêts …!
T’as raison. C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé de faire, mais j’ai pas vraiment pris de super clichés…
Le plus gênant qui me soit arrivé c’est un petit garçon seul qui quitte la table de ses parents dans un restaurant de Xi’An et qui pose ses mains et son menton sur notre table puis reste là bouche baie et les yeux à grands ouverts à regarder 3 laowais prendre leur déjeuner… Même ses parents n’arrivaient pas a le faire revenir à sa place, il était bloqué !!
– Woods