Jan
16
2010

Jours 111~113

Jour 111 (10/01/10)

Nanchang(南昌)

Province du Jiangxi(江西省)

Aucun départ n’étant prévu, nous ne nous pressons pas pour sortir du lit. Après un brunch de riz au curry, nous passons encore une fois toute la journée devant internet. Je ne vois aucune amélioration de l’état de ma main, et ça fait chier. J’y peux rien: je suis anxieux de nature. Moins ça guérit, plus je flippe, et plus je flippe, moins ça guérit: le cercle vicelard! Mais après mûre réflexion, je commence à me demander si ce n’est pas seulement une allergie, car la douleur ne semble être que cutanée. Peut-être une allergie au Citrus, dégraissant pour vélo, que j’ai bêtement manipulé 2 ou 3 fois sans gants… Ce serait moins emmerdant…

A part ça, rien… Evan rentre à l’hôtel en fin d’après-midi, rejoint ensuite par Any puis par moi. Et dodo…

Jour 112 (11/01/10)

Nanchang(南昌)

Province du Jiangxi(江西省)

Après, encore une fois, un réveil sans nous presser, nous retournons lentement dans le café, où nous commençons à être des habitués. Aujourd’hui par bonheur, ma main semble aller un peu mieux. A 15h30, je vais d’ailleurs chercher les résultat à l’hôpital, avant de retourner voir la doctoresse qui me dit qu’il n’y a rien d’anormal, et me dit de continuer à prendre les médicaments, que je n’ai en fait avaler qu’une ou deux fois. Désormais quasi-convaincu qu’il s’agit d’une addition allergie+froid, que n’a pas diagnostiquée, il y a trois jours, l’hôpital de dermatologie (chapeau!), je suis encore moins motivé pour prendre ces produits merdiques!

Je saute ensuite dans un taxi pou rejoindre Evan, avec qui je vais acheter quelques nouveaux équipements pour nous protéger davantage du froid. La première boutique proposant des vêtements de marques genre North Face, hors de prix en Chine, nous nous replions vers des « marques » moins connues. Evan se trouve une très bonne paire de gants à 60 yuan et moi un sac étanche pour mon sac de couchage (pas cool de dormir dans un sac de couchage humide!). Puis, dans un petit marché, j’achète des sortes de manchons de fourrures que l’on attache de part et d’autre du guidon. Ça fait peut-être pas très aventurier, mais quand il fait vraiment froid, on est pas déçu de les avoir! Et en fin d’après-midi, nous trouvons une petite échoppe de laobao. Le mot laobao (劳保), signifiant ‘assurance travail’, désigne, de manière plus large, tout équipement destiné à aider les employés ou ouvriers dans leur besogne. CCTV distribue d’ailleurs tous les trois mois à ses employés des petits sacs contenant toutes sortes de produits utilisés quotidiennement: gels douche, shampooings, dentifrice, serviettes, lessive, etc. Mais ce que cette échoppe propose, ce sont plutôt des équipements de mingong (民工, ouvriers migrants): gants et masques en coton, masque de soudeur, masques à gaz, bleus de travail, etc. Nous prenons un ensemble imperméable: le fut’ pour moi, la veste pour Evan, pour un total de 40 yuan! même si la qualité n’est pas géniale et que le pantalon est un peu court, ça vaut le coup! Pour me marrer, je prend même, pour 10 yuan, un gilet à lumières réfléchissantes (que mon ancien collègue belge, Youri, avait pour habitude d’appeler ‘une chasuble’), sur lequel est marqué 中华人民共和国 (République Populaire de Chine) et 交通 (circulation).

Nous retournons ensuite rejoindre Andy au café, où nous terminons notre soirée. Ce n’est, encore une fois, qu’à la fermeture que nous repartons. Lorsque nous arrivons à presque 1h du matin dans notre chambre, il me faut encore faire quelque chose d’important que mes coéquipiers ont déjà fait hier: nettoyer mon vélo! Une tâche qui ne se torche pas en dix minutes. Le temps de le passer sous la douche, d’enlever toute la boue qui a séché, de le dégraisser et le regraisser, … Lorsque je retourne me coucher il est déjà presque 3h…!

Jour 113 (12/01/10)

Nanchang(南昌)-Zhangxiang(张巷)

Province du Jiangxi(江西省)

- 70km -

Après cette longue escale à Nanchang, il est enfin temps de partir. Nous nous levons à 8h, et après un petit déjeuner lbx de baozi et de bouillie de riz aux œufs de cent ans (皮蛋粥), larguons les amarres. Mais avant de sortir de la ville, un passage tout de même par une boutique: je dois acheter des gants (les même qu’Evan a acheté hier, chauds, pratiques et à seulement 60 yuan!). Avec mes nouveaux gants et mes manchons de vélos, mes doigts devraient s’en sortir…

Pont à la sortie de Nanchang

Le départ n’est pas très rapide, mais il se fait! Nous empruntons la nationale, direction Tangyin (棠阴), un vieux village, paraît-il encore bien préservé. Sur le chemin, nous rencontrons, pour la première fois, deux bonnes femmes tibétaines venues à pieds de Lhassa et parcourant les routes en vendant des couteaux. Ceux qui ne connaissant pas beaucoup la géographie de la Chine auront peut-être du mal à s’en rendre compte, mais d’après GoogleMap, la distance Lhassa-Nanchang serait d’environ 4.000km, soit plus de 33 jours en marchant non-stop jour et nuit. Un véritable pèlerinage!Quelques dizaines de mètres plus loin, un spectacle assez macabre apparaît sous nos yeux: des dizaines de canards, poulets, têtes de porcs, rognons de canards et poissons sont suspendus à sécher sur le bord de la route. Franchement… Comment on peut bouffer des têtes de porc? Je comprendrai sans doute jamais…

Poulets...

Tête de porc déjà bien séchée...

Canards...

En début d’après-midi, nous arrisons dans un village où nous avons beaucoup de mal à trouver un resto qui serve encore à bouffer. « Impossible de manger », nous dit-on. Soit parce que le patron n’est pas là, soit parce que… il n’y a pas de riz! Petit point d’ailleurs sur une différence de coutume et de vocabulaire entre le nord et le sud de la Chine, qui sera intéressante, je pense, pour les sinisants. Depuis un certain temps, en effet, lorsque nous entrons dans un resto, les lbx nous demandent: “吃什么?” (« Vous mangez quoi? ») sans même nous proposer de carte ou nous emmener en cuisine nous montrer ce qu’ils ont. Au début, trouvant ça ridicule, et répondais des trucs comme: « Dis moi ce que tu as et je te dirai ce que je mangerai ». Mais j’ai fini par comprendre le truc. Le sens de leur question est en fait: “吃饭还是吃面?” (« Vous mangez du riz ou des nouilles? »). La subtilité réside dans le double-sens du mot (fàn): riz (dans le sud) et bouffe (dans le nord). Il nous est en effet arrivé plusieurs dizaines de fois qu’en demandant: “可以吃饭吗?” (« On peut manger? »), on nous réponde “饭没有!“ (« Il n’y a pas de bouffe/riz! »). Déçus, nous commencions à faire demi-tour, avant que la patronne ajoute: “有面!” (« Il y a des nouilles! »). Par ailleurs, le riz , les nouilles et (plutôt dans le nord) les mantou (馒头, petits pains blancs) et les raviolis constituent en Chine la nourriture de base. Sans cela, les restaurateurs diront qu’il est impossible de manger, car dans l’habitude chinoise, il peut y avoir tous les légumes, tous les fruits et toutes les viandes du monde: si pas de nourriture de base (主食), alors impossible de bouffer. C’est une équation indiscutable. En France aussi, remarquez, beaucoup de personnes ne conçoivent pas leurs repas sans pain. Sauf que j’imagine mal un restaurateur dire à un client: « Désolé, monsieur! Nous avons tous les ingrédients pour faire les plats indiqués sur le menu. Mais nous manquons de pain. Impossible de vous servir dans ces conditions! ».

Lbx ou pas, les femmes restent des femmes: elles papotent! (un peu d'humour, les filles!!!)

Encore aujourd'hui, il faut parfois pomper à la main pour avoir de l'eau.

Après un quart d’heure de recherches, nous finissons tout de même par trouver un resto de nouilles pas cher et super bon. En Chine, il est d’ailleurs souvent très étonnant avec quel hasard on peut tomber sur de très bons ou de très mauvais restaurants, sans aucun rapport avec le standing.

Les Chinois ont tendance à dire que la bouffe occidentale est plus grasse que la leur. Ceux qui ont vécu ne serait-ce qu'une semaine en Chine savent que c'est faux. Dans les supermarchés, l'huile se vend par bidon de 5L, 10L, voire plus! En témoigne cette fenêtre de restaurant! Remarquez les stalactites de graisse sur les barreaux!!!

Temple en l'honneur de la famille Li (une famille sûrement importante de ce petit bourg)

Vieille maison au bord d'une étendue d'eau

Dans l’après-midi, empruntant de plus petites routes, nous nous retrouvons rapidement dans des environnements plus calmes, moins pollués, devant d’anciennes maisons et des paysages plus regardables. Un problème, cependant, se produit encore avec mon vélo: ma roue arrière frotte sans cesse contre mon garde-boue, sans que je sache pourquoi, ce qui m’oblige à m’arrêter pour déplacer ce dernier. Lorsque le ciel commence à s’assombrir, dans un village boueux et bouseux, à quelques mètres d’une boucherie de viande de chien, à l’entrée de laquelle une lbx est en train de nettoyer une sorte de dalmatien dans un bac d’eau, alors que son mari découpe sauvagement, à la demande du client, les cadavres dépecés suspendus derrière lui, je me rends compte que le problème empire. La cause: tout simplement la roue qui se déplace. Je m’arrête alors pour la re-fixer, pendant qu’Evan et Andy parent à la recherche d’un hôtel, mais elle se re-déloge aussitôt après quelques mètres. Putain de bordel de merde! L’année 2010 ne commence pas sous les meilleures auspices pour mon vélos et moi. C’est avec un super ras-le-bol, que je rejoins les Ricains à l’hôtel, qui se situe heureusement non loin de là.

Boucherie canine - La lbx nettoie le cadavre dans un bac

Ayant déjeuné très tard, nous ne sommes pas chauds pour aller dîner. Evan et moi allons donc dans un supermarché (étonnamment grand d’ailleurs, par rapport à la petitesse du village) acheter des snacks, en traversant d’abord la petite place sur laquelle quelques dizaines de lbx dansent de manière super synchronisée une chorégraphie sûrement maintes et maintes fois répétées, sur une musique que diffuse un transistor de campagne, aux enceintes médiocres. Nous retournons ensuite rejoindre Andy et nous couchons vers 23h.

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1 Comment »

  • Olivier says:

    Tu devrais te prendre en photos en vélo, avec ta super nouvelle tenue.

    Pour la petite anecdote, ma prof de chinois en france nous avait enseigné le mot fan, pour dit riz, et quand je suis arrivé à Dalian dans le nord, on disais je veux riz, wo yao fan… et ils nous rétorquaient tous plein de truc qu’on comprenait pas…en fait, fan voulait dire plat et non riz… Le jour ou on a découvert le mi de mi fan ce fut une révolution.. :P

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