Jour 105 (04/01/10)
Jingdezhen(景德镇)-Shizhen(石镇)
Province du Jiangxi(江西省)
- 81km -
Déterminés à quitter Jingdezhen, nous sommes tous les trois prêts dans le couloir de l’hôtel à 10h30.
Après un petit-dèj au cours duquel j’ai eu la mauvaise idée de vouloir goûter une bouteille de lait soit disant « au chocolat », nous retournons au magasin Giant pour acheter deux rayons de rechange. La patronne me donne en passant les coordonnées de magasins à Nanchang susceptibles de me fournir la jante dont j’ai besoin. Nous partons ensuite tranquillement vers la sortie de la ville, non sans passer prendre une petite photo de la seule mosquée de Jingdezhen.
Étant donné qu’il fait toujours froid et que cela risque d’empirer, nous allons à la recherche de la nationale. Notre but est d’atteindre le plus rapidement possible la province méridionale du Fujian (福建), mais mon visa expirant dans 5 jours, nous sommes obligés de bifurquer vers le sud-ouest, pour nous rendre d’abord à Nanchang, chef-lieu de la province du Jiangxi.
Dans les premiers kilomètres, Andy et moi, qui ne doutons pas du talent du capitaine Villarubia, sommes tout de même étonnés de nous retrouver sur un petit chemin de campagne de plus en plus boueux et parfois même, difficilement praticable. Après nous être un peu perdus, nous apercevons enfin au loin cette fameuse nationale. Gravir quelques dizaines de marches escarpées et enjambées quelques bouses de buffles nous seront nécessaires pour la rejoindre.

"Le nouveau vent du mariage et de l'accouchement souffle sur dix mille maisons, la transformation des traditions sociales dépend de chacun."

Promouvoir la démocratie pour le peuple en élargissant la démocratie au sein du Parti, Promouvoir l'harmonie sociale en encourageant l'harmonie au sein du Parti."
Nous voilà donc enfin sur la nationale, large, plate, jalonnée de pub de yangmei-jiu (杨梅酒, alcool de myrica rubra), et agréable en dépit du froid. Lorsque nous arrivons à l’entrée de la petite ville de Leping, nous sommes témoins d’une scène insolite: deux chiens semblent être accrochés par le cul, ne pouvant plus avancer. Des sortes de siamois liés par l’anus. Sauf que ces siamois-là n’ont vraisemblablement pas l’air de partager le même génotype: l’un est grand avec des poils bruns et courts, l’autre est petit avec des longs poils noirs et blancs. En m’approchant, je crois comprendre la problème: le grand a voulu emmancher le petit, et en essayant de tester de nouvelles positions du kamasutra canin, ils se seraient retrouvés cul contre cul, la serrure cadenassée. Voilà ce qu’il arrive au paradis de l’harmonie lorsque l’on essaie de croquer dans la pomme! Les deux quadrupèdes sont là, l’air penaud, au milieu de la route, à se demander comme se défaire de leur casse-tête chinois. Et de mon côté, je ne sais non plus trop quoi faire pour les aider. Je me vois mal tirer sur l’un d’entre eux en utilisant un démonte-pneu… C’est alors que par miracle, le gros chien est surpris par une arrivée impromptue d’Evan, qui sans faire exprès, le fait sursauter, et « plou! » arrive à déboucher de goulot.
Ce spectacle ne nous a pas coupé l’appétit. Nous crevons la dalle, mais la bouffe de notre boui-boui n’est pas génial, et pour une raison inconnue, il semble que les habitants du Jiangxi ne soient pas des experts dans la cuisson du riz. Nous repartons ensuite en empruntant une route de campagne assez bien entretenue, mais le froid s’intensifie rapidement, et nous sommes contraints de nous arrêter dans le village de Shizhen (石镇), un bled merdique, dont les rues sont remplies de boue et de camions aux klaxons ravageurs. Pour 60 yuan, nous trouvons une chambre avec connexion Internet et eau chaude, au 4ème étage d’un grand hôtel, juste au dessus d’une sale éclairée de lumière rose, symbole en Chine des bordels, où trois putes à mingong (民工, travailleurs migrants), avachies sur leur canapé, regardent leur poste de télévision.

"Développer en profondeur l'étude de la mise en pratique du concept scientifique, pour qu'un nouveau sang frais imprègne la construction socialiste des nouvelles campagnes."

"Protéger sa vie, Voyager en paix." (Les personnes connaissants Pékin reconnaitront le quartier de Guomao en photo! Pourtant, on est bien dans la province du Jiangxi...)
Après un dîner médiocre (décidément, nous ne sommes pas sur l’étape gastronomique de notre voyage!) dans un boui-boui situé en face, alors que le lbx de la supérette voisine, impatient de nous vendre ses cochonneries, nous dit que personne ici ne vend de fruits, des collégiennes fraîchement sorties de l’école (les cours se terminent tard dans ce pays), nous guident gentiment vers le primeur du village, dont le panier de tangerines pourries me donne du fil à retordre pour trier le grain mûr de l’ivraie blette. Nous repartons avec deux sacs d’agrumes et de bananes, direction l’hôtel, à travers les rues de ce village à l’aspect apocalyptique, et en ce demandant comment des gens normalement constitués arrivent à vivre dans un tel environnement.
Jour 106 (05/01/10)
Shizhen(石镇)-Zhuhu nongchang(珠湖农场)
Province du Jiangxi(江西省)
- 28km -
Nous nous levons à 8h, et quittons assez rapidement notre chambre. Mais au moment de récupérer la caution, la patronne de l’hôtel nous dit que des articles payants placés dans la chambre ne s’y trouvent plus. Ils s’agit de deux boîtes de slips de rechange à 15 yuan chacune, et sur lesquelles est notifié: “已消毒” (« Désinfecté », Des slips désinfectés? Pas très rassurants! Ça veut donc dire qu’ils étaient probablement infectés avant… Il est vrai que nous sommes à l’ère où le recyclage prend une dimension très importante! Mais quand même…). Je les avais en fait déplacé pour en prendre une photo. Je lui dit donc de mieux chercher, et elle les retrouve. Trois laowai qui auraient essayer de voler dans un hôtel un slip pour homme et une petite culotte pour femme, ça aurait fait du bruit dans le village!
En sortant de l’hôtel, Evan n’est plus très chaud pour partir, car… il pleut! Mais Andy et moi trouvons que nous devons coûte que coûte avancer. Après un rapide petit-dèj, nous enfourchons donc nos vélos pour affronter intempéries et routes boueuses. Notre progression est extrêmement pénible à cause de la flotte et du froid, et après une vingtaine de bornes, nous nous arrêtons prendre un bol de nouilles dans un petit village, avant de repartir à la recherche du prochain hôtel. Mais il nous faut encore rouler près de 5km, et c’est avec les doigts et les orteils gelés que nous finissons par tomber sur un établissement, dont le rez-de-chaussée et décoré d’un immense miroir sur lequel figurent en rouge: “神爱世人” (« Dieu aime les hommes ») et “ 基督耶稣降世为要拯救罪人” (« Jésus-Christ descend sur Terre pour sauver les pécheurs »), avec un grand crucifix ainsi que les Dix Commandements. Nous y trouvons une petite chambre avec deux lits (Evan se propose de dormir sur son matelas de campeur), et une salle de bain sur le palier (mais heureusement, de l’eau chaude!).
Crevés, nous nous reposons quelques heures, avant d’aller dîner. Il n’est que 16h30, mais si nous ne bouffons pas maintenant, nous ne boufferons jamais, car nous sommes tous les trois exténués par tant d’effort. Ce n’est pas tant pédaler 28km qui nous a fatigué, que le faire sous la pluie et dans le froid!
Nous allons dans le resto le plus proche que nous trouvons, prendre un huoguo (火锅, fondue où l’on trempe viande, légumes, tofu, … dans de l’eau assaisonnée au gingembre, ganoderme luisant, et autres plantes et racines), et de l’alcool chaud. Nous goûtons dans un premier temps du mijiu-chongdan (米酒冲蛋, alcool de riz aux œufs pochés, sucré et très peu alcoolisé), avant de nous rabattre sur du huangjiu (黄酒, vin jaune). Un de nos repas chinois les plus chers que nous ayons payés (en général, nous bouffons cher quand nous sommes invités): 120 yuan pour trois personnes. Nous retournons donc, sous la pluie, vers notre hôtel, et nous couchons très tôt.
Jour 107 (06/01/10)
Zhuhu nongchang(珠湖农场)-Shanli(三里)
Province du Jiangxi(江西省)
- 28km -
Après suffisamment d’heures de sommeil, nous nous levons vers 9h, sans difficulté. Un bol de nouilles, complété de raviolis pour Andy et de mijiu-chongdan pour Evan et moi, et nous sommes repartis… Sans la pluie… Mais toujours avec ce putain de froid!!! Affronter le froid de temps en temps, lorsque l’on roule, c’est dur sur le moment, mais on s’y habitue. En revanche, devoir braver quotidiennement de froid hivernal, sous une constante menace d’averse, est vraiment exténuant!!! Le pire est de pédaler dans ces conditions tout en pensant au confort dont nous pourrions jouir dans nos pays, affalés dans un canapé, avec un vrai chauffage, de la super bouffe et un film HD sur écran plat… Non! Non! Non!!! Faut que je me calme! Je me fais du mal!

Tout en haut de la croix: "Dieu aime les hommes". A gauche et à droite du miroir: "Jésus-Christ descend sur Terre pour sauver les pécheurs". En dessous: les Dix Commandements.
Nous enchaînons donc les kilomètres, sur une route souvent recouverte de boue et jonchées de plantes encore prisonnières d’une gelée matinale, qui ne consent ni à s’évaporer, ni même à se liquéfier. Dans les pieds d’Evan également, la chlorophylle peine à circuler. Il demande 15 petites minutes d’arrêts, dans un restaurant momentanément abandonné (il est ouvert, mais il n’y a personne), pour se réchauffer. Nous continuons ensuite notre route en traversant deux ou trois ponts aux rambardes décorées de stalactites de glaces, et arrivés à une station-service, faisons une nouvelle petite halte. Evan et moi en profitons pour enlever nos chaussures de cyclistes et mettre nos boots, plus épaisses. Lorsque des lbx viennent nous parler, nous feignons de ne pas comprendre le chinois, afin d’éviter d’avoir à échanger des banalités et d’écouter leurs réactions. Seulement, notre canular se retourne contre nous, car nous sommes situés sur une patte d’oie et ne savons pas par où aller. Nous nous forçons donc à contre cœur de parler petit-nègre, afin d’obtenir quelques renseignements sans être démasqués.
Après moins de 30 bornes depuis ce matin, nous nous arrêtons dans un grand restaurant nouvellement ouvert, et dont les derniers étages sont équipés de grandes chambres. C’est ainsi que nous nous retrouvons à trois dans une chambre de cinq lits, mais sans chauffage ni eau chaude. J’avais pourtant demandé:
- “你们这里有热水吗?” (« Vous avez de l’eau chaude? »)
- “有!” (« Oui! »)
Mais nous n’avons vu aucune pomme de douche dans les chiottes.
- “洗澡的地方在这里吗?” (« Pour se laver, c’est ici? »)
- “是!可是现在太冷了,不要洗澡!” (« Oui! Mais il fait trop froid mainteannt, il ne faut pas se laver! »)
Bon, ok. On s’est encore fait avoir. L’eau chaude (热水) dont elle veut parler est bien entendu de l’eau bouillie (开水), servie dans des thermos pour infuser du thé, ou même éventuellement boire comme ça (Ça se fait souvent en Chine de boire de l’eau chaude. Tout le monde le fait! Certains vieux ne peuvent même que la boire chaude: l’eau minérale leur file la chiasse.).
Alors qu’Evan s’endort quasi-instantanément, Andy tapote sur son ordinateur. Je me plonge aussi dans mes draps, en regardant un film, et me réchauffant avec un bol de nouille. Il n’est pourtant que 16h30, mais je sais que personne n’aura le courage de sortir de sa couette pour descendre dîner…











Super tes photos de la propagande chinoise..
Les patelins que tu visites sont vraiment trop typique de la Chine profonde. Peu de gens les connaissent, c’est dommage… La Chine ce n’est pas que Beijing ou Shanghai.
Quand je te lis ça me rappelle trop de trucs. L’eau chaude..se faire avoir.. les conditions de vie…
Courage pour ton voyage… Tu es le roi de la pédale et se faire envoyer en l’air à 2000m d’altitude n’est pas une masse à faire.
Excellente la photo de Shizhen, ca donne envie d’y passer le weekend.
– Woods