Dec
25
2009

Jours 90~91

Jour 90 (20/12/09)

Jingning(景宁)-Zhucuncun(朱村村)

Province du Zhejiang(浙江省)

-env. 40km-

Toujours paresseux, ce n’est qu’à 8h que nous nous levons, mais pas question de rester un jour de plus. Nous préparons nos affaires et sortons pour aller prendre un nouveau petit déjeuner chez la Shanghaïenne, qui nous fait une démonstration de son niveau d’intelligence. Quand elle nous voit arriver, elle nous dit: “你们今天来了!” (« Aujourd’hui, vous venez! »). Que répondre à ça? Normalement, rien, il s’agit juste d’une salutation, comme « Bonjour ! » ou « Ça va ? ». Puis elle se penche vers nous en réitérant “你们今天来了!” (« Aujourd’hui, vous venez! »). Ben oui écoute, on est là, on est là… Ce genre de phrase me fait toujours repenser au sketch de Jean-Marie Bigard, Les expressions, dont voici un petit extrait:

« Vous êtes invité à une petite soirée chez des amis. Vous arrivez, la maîtresse de maison est là, elle ouvre la porte, et elle fait ‘Ah, c’est vous !’. Genre… si ça avait pas été toi, elle t’aurait pas ouvert, je sais pas… Déjà, c’est pas trop clair.

Et toi, t’as amené un bouquet pour être poli, tu vois. Alors la maîtresse de maison , dès qu’elle aperçoit le bouquet, elle se met à hurler à la mort, elle fait : ‘Ah des fleurs !’

C’est que d’habitude, on doit lui offrir des carottes râpées, des boulons ou des roues de bagnole. Donc là elle est vachement étonnée! Des fleurs!!! On lui avait encore jamais fait le coup ! »


Puis, alors que nous sommes en train de bouffer, la Shanghaïenne nous sort, comme si elle connaissait tout de l’étranger (alors qu’elle n’a jamais mis les pieds hors de Chine):

  • 你们那里好赚钱,我们这里不好赚!” (« Chez vous, il est facile de gagner de l’argent, pas ici! »)

  • 不,中国好赚钱!” (« Si, en Chine, c’est facile de gagner de l’argent. »)

  • 可是你们在你们那里赚钱然后来中国花可以买很多。” (« Mais si vous gagnez de l’argent chez vous et venez le dépenser en Chine, vous pouvez acheter beaucoup. »)

  • 在美国工作很难找。中国可以赚很多。我们都是这里赚的钱!” (« Aux États-Unis, il est très difficile de trouver un travail. On a tous les deux gagné notre argent ici. »)

  • 我儿子,今年20岁了。他在南非开了个公司。他说那里钱很好赚。这里不好赚。” (« Mon fils a 20 ans. Il a ouvert une entreprise en Afrique du Sud. Il dit que là-bas on peut gagner beaucoup d’argent. Pas ici. »)

Quelques minutes plus tard, lorsqu’elle dit à son cuisinier qu’Evan aime manger ses beignets au potiron, celui-ci demande:

  • 他们那里有南瓜吗?” (« Ils ont des potirons chez eux? »)

  • 没有!” (« Non! »)

C’est toujours incroyable de voir ces gens croire tout savoir des différences entre la Chine et l’Occident alors qu’il ne sont la plupart du temps jamais sorti de leur petit bled!

Nous repartons ensuite direction le magasin de fringues she, car nous voulons prendre d’autres écussons de phénix. C’est si rare de se procurer les symboles de cette minorité! Cette fois-ci, nous avons l’honneur de connaître le couple propriétaire du magasin: M. Wang (), Han, et Mme Lei (), She. Ils nous offrent gentiment les écussons que nous voulons et nous invitent à boire du thé. Ils ont commencé leur commerce avec les vêtements traditionnels she, avant de faire aujourd’hui des costumes pour toutes les minorités du pays. Il vendent aussi quelques colifichets et des champignons séchés. Mme Lei ne s’occupe pas uniquement du magasin. Ayant commencé à chanter à l’âge de 18 ans, elle participe et présente régulièrement des spectacles.

Boutique de costumes de minorités

Boutique de costumes de minorités (1)

Couturière dans l'arrière-boutique

Couturière dans l'arrière-boutique

Boutique de costumes de minorités (2)

Boutique de costumes de minorités (2)

Ce n’est que vers 11h que nous quittons Jingning. Notre objectif est de remonter un peu vers le nord, à Quzhou (衢州), pour y trouver un paysan qui, paraît-il, a construit un avion, puis de continuer vers Jingdezhen (景德镇, capitale de la porcelaine), avant de repiquer enfin vers le sud. D’autre part, Andy, qui va mieux désormais, va pouvoir nous rejoindre à Quzhou. L’équipe sera alors de nouveau au complet.

Il fait assez froid (et cela ne risque pas de s’améliorer tant que nous roulons vers le nord!), mais la route n’est pas trop difficile. Un autre problème survient cependant: alors que nous traversons un tunnel, Evan pète sa chaîne. Heureusement, il a une chaîne de rechange et commence à être habitué à ce genre de bricolage. Seulement, lorsqu’il redémarre, son dérailleur déconne. Nous nous arrêtons à nouveau et nous apercevons que la partie du dérailleur situé au dessus du pédalier est niquée. Nous essayons de le réparer mais rien à faire. Il doit continuer comme ça. Le handicap n’est cependant pas très important: seul le grand plateau est inutilisable, il lui en reste donc deux!

Sur la route, un vieux ou une vieille lbx

Sur la route, un vieux ou une vieille lbx

Lac au milieu des montagnes

Lac au milieu des montagnes

Il se fait déjà tard, et nous n’avons pas beaucoup progresser. Nous nous arrêtons à 15h30 dans un petit resto pour prendre des fengan sautés, et allons acheter un peu de bouffe dans la supérette d’à côté, car nous nous apprêtons à camper. Nous repartons ensuite, et passons par un petit bourg où nous voulons acheter du hongjiu, cette nuit risquant d’être assez glaciale. Nous nous attendons à prendre une bouteille de 5 livres, comme nous avons fait jusqu’à présent, mais le propriétaire de la petite supérette n’a que des petits sachets en plastique (semblables aux sachets de lait que l’on trouve en Chine) de 400 mL à nous proposer. Le prix est abordable: 1 yuan le sachet.

Nous peinons à trouver un endroit où planquer nos tentes. Alors que la nuit ne va pas tarder à tomber, nous trouvons un endroit plat et assez mou en contre bas de la petite route, au bord d’un ruisseau. L’accès n’est pas évident, mais nous arrivons à nous installer avant qu’il ne fasse complètement nuit. Nous grignotons un peu, buvons un sachet de hongjiu chacun (inutile de dire que le goût n’est pas génial!), et nous blottissons dans nos sacs de couchage pour taper un peu sur nos ordis avant de nous endormir.

Jour 91 (21/12/09)

Zhucuncun(朱村村)-Songyang(松阳)

Province du Zhejiang(浙江省)

-env. 55km-

Je crois qu’on se souviendra longtemps de cette nuit, car je me les suis rarement autant caillées. Complètement frigorifié et enfoui à 100% dans mon sac de couchage, comme un grizzli en hibernation, j’ai eu beaucoup de mal à trouver quelques instants de sommeil. Lorsque je sors, je me rends compte qu’il y a du givre sur nos vélos et sur nos tentes, mais aussi à l’intérieur du toit de ma tente, car il était encore humide lorsque je l’ai déballé hier soir. Pas étonnant que j’aie eu si froid. J’ai d’ailleurs retrouvé de l’eau sur mon sac de couchage, qui a dégouliné du toit. Bref… une nuit de cinglés, ou devrais-je plutôt dire, de givrés!!! Démonter nos tentes aussi est une aventure, car la manipuler nous glace les doigts!

Au réveil, givre sur nos tente

Au réveil, givre sur nos tente

Des mingong (民工, ouvriers originaires de la campagne) venus réparer la voirie nous regardent, un peu interloqués. L’un d’entre eux nous dit d’ailleurs que camper ici n’est pas une super idée, car nous ne trouverons pas de petit dèj avant plusieurs dizaines de kilomètres. Et le bougre a raison. A part une petite supérette de merde, il n’y a rien. Il nous reste heureusement, comme dit Evan, « des petits gâteaux merdiques » pour tenir le coup.

Sur la route, un nègre-soie se promène

Sur la route, un nègre-soie se promène

Le début de la route est difficile: tout en ascension. Mais rien à voir avec les escalades de fous de ces derniers jours. Cela reste une petite ballade. Sur le chemin: nous passons devant une petite ferme qui fait pousser des champignons. En sortant de sa bâche en plastique où elle stocke toute sa culture, la paysanne nous explique comment elle s’y prend. Il faut d’abord chercher du bois dans la forêt et récolter du bran de scie auquel on ajoute des spores et/ou du mycélium. Puis on met le tout dans des espèces de grands préservatifs de taille sénégalaise (pour vous donner une idée). Ensuite, il faut tous les jours examiner ces bites de sciure et voir si des champignons sortent la tête. Si oui, faites une petite incision dans le plastique pour que le champignon puisse pousser et se dresser fièrement du trou (je tiens tout de même à dire que la paysanne a utilisé d’autres termes dans son explication). Un champignon pousse en 2 ou 3 jours. Il ne reste plus qu’à le cueillir.

Une allée de champignons, sous la bâche

Une allée de champignons, sous la bâche

Culture de champignons

Culture de champignons

Evan en pleine ascension

Evan en pleine ascension

Nous reprenons ensuite la route, et plus loin, en haut d’une petite montagne, s’ouvre devant nous une magnifique petite vallée. Nous n’avons plus qu’à descendre vers le petit village qui nous attend en bas. Nous arrivons à l’heure pour déjeuner, et comme d’habitude depuis quelques jours déjà, nous prenons des fengan sautées, auxquelles nous ajoutons un plat de champignons, puisque la région est réputée pour ses cultures. Le résultat n’est pas mauvais. Nous repartons ensuite et nous retrouvons quelques dizaines de mètres plus loin au centre de ce petit village de Shicang, où un vieux nous propose d’aller visiter une des anciennes maisons peintes en blanc, appelées ‘Anciennes demeures de Shicang’ (石仓古民居).

Un vieux lbx passe devant des champignons en train de sécher

Un vieux lbx passe devant des champignons en train de sécher

Champignons en train de sécher

Champignons en train de sécher

Devant une des 'anciennes demeures', deux vieux lbx papotent

Devant une des 'anciennes demeures', deux vieux lbx papotent

Entrée d'une des 'anciennes demeures'

Entrée d'une des 'anciennes demeures'

A l’entrée de ce que nous prenons au début pour un temple, un lbx d’une quarantaine d’années à la tête patibulaire, nous invite à entrer. A l’intérieur, deux petites cours. Au fond, un autel avec des inscriptions, un taijitu (太极图, cercle symbolisant le yin et le yang et symbole du taoïsme), et des vieilles bonnes femmes (dont une fait penser à une Amérindienne avec ses cheveux longs et son bandeau sur la tête) préparant des offrandes autour d’une table. Commence alors un quiproquo qui va durer 10 bonnes minutes, car lorsque nous lui demandons en quoi ils croient, il nous répond qu’ils s’appellent Que. Il y a en chinois une quasi-homophonie entre les verbes « croire en » (, xìn) et « s’appeler » (, xìng).

  • 你们信什么?” (« En quoi croyez-vous? »)

  • 我们姓阙!” (« Nous nous appelons Que? »)

  • 信阙?” (« Vous croyez en Que? »)

  • 对!” (« Oui! »)

Nous sommes vraiment étonnés, car nous n’avons jamais entendu parler d’une telle croyance. Que (, què) signifie ‘tort’. Croire au ‘tort’? Qu’est-ce donc que cette croyance?

  • 跟信佛的不一样吗?” (« C’est pas pareil que les taoïstes? »)

  • 不一样!” (« Non, c’est pas pareil! »)

  • 那些事祭祀吗?” (« Et ça, ce sont des offrandes? »)

  • 对,给祖宗的。” (« Oui, pour les ancêtres. »)

  • 为什么?今天是什么节日吗?” (« Pourquoi? Aujourd’hui il y a une fête? »)

  • 明天是冬至。冬至还有过年的时候都给。” (« Demain c’est le solstice d’hiver. Nous faisons des offrandes pour le solstice d’hiver et le nouvel an chinois. »)

  • 这里信阙的很多吗?” (« Il y en a beaucoup qui croient au tort ici? »)

  • 我们这里都是。” (« Oui, ici, tout le monde. »)

  • 别的地方也有吗?” (« Il y en a aussi ailleurs? »)

  • 有,可是别的省很少。” (« Oui, mais très peu dans les autres provinces. »)

  • 那,这个庙文革的时候怎么没有被拆呢?” (« Mais comment ce temple n’a pas été détruit pendant la Révolution culturelle? »)

  • 这里不是庙,是个房子!” (« Ce n’est pas un temple, c’est une maison. »)

  • 房子?有人住这里吗?” (« Une maison? Il y a des gens qui habitent ici? »)

  • 我们都住这里!” (« On habite tous ici? »)

  • 为什么都住这里?” (« Pourquoi vous habitez tous ici? »)

  • 因为我们都有同一个祖宗。原来是一家人。” (« Parce que nous avons les mêmes ancêtres. Nous sommes à l’origine d’une même famille. »)

  • 哦,那你们姓什么?” (« Ah, mais vous vous appelez comment? »)

  • 姓阙!” (« On s’appelle Que! »)

Oohhh… Ok! On a enfin compris notre erreur. En tout cas, penser que des gens en plein milieu d’une vallée, croyaient au tort, ça nous a bien fait sourire pendant quelques minutes. Il s’agit donc en fait d’une grande maison familiale, dans laquelle cousins et cousines, plus ou moins éloignés, habitent ensemble.

Une vieille prie pour ses ancêtres

Une vieille prie pour ses ancêtres

Vieille 'amérindienne'

Vieille 'amérindienne'

En repartant de ce petit bled, je manque de peu de me péter la gueule, car une de mes chaussures est coincée sur ma pédale. J’ai beau essayer de la décliquer, il me faut l’aide d’Evan pour y parvenir. Je m’aperçois alors que ma chaussure a perdu une vis. Heureusement, en faisant demi-tour, alors que regarde partout par terre pour la retrouver, un vieux lbx qui vient de la ramasser me la rend. J’ai du bol! Retrouver une vis similaire n’aurait pas été simple!

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (1)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (1)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (2)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (2)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (3)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (3)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (5)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (4)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (5)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (5)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (6)

Dans l'ancienne demeure, un vieux fumeur de pipe (6)

Le reste de la route est plutôt tranquille, car quasiment uniquement constitué de descentes et de plat. De plus, n’étant plus dans les montagnes, la température a légèrement augmenté. Vers 16h30, nous arrivons dans la ville de Songyang, où nous décidons de rester. De toute façon, nous n’arriverons à l’évidence pas à Quzhou aujourd’hui, et nous ne voulons pas camper une deuxième fois de suite. Nous avons besoin d’un vrai repos.

Certains ponts ont leur petit charme...

Certains ponts ont leur petit charme...

Par bonheur, nous trouvons très vite un bon hôtel à 60 yuan la chambre double, juste à côté d’un café wifi. Dans cette toute petite ville, c’est quasi-miraculeux. Après une douche bien chaude, nous allons bouffer des nouilles, puis restons quelques heures dans le café avant de rentrer nous coucher.

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