Nov
30
2009

Jours 60~62

Jour 60 (20/11/09)

Wuzhen(乌镇)

Il fait tellement froid que nous avons du mal à nous réveiller. Nous devions sortir du lit à 7h, mais Evan et moi sommes toujours recroquevillés dans nos sac de couchage lorsqu’Andy vient nous réveiller à 7h50. Evan ne bouge pas. Moi, je commence à réagir et saute dans mes fringues. Mais lorsqu’Andy revient une deuxième fois, il nous dit qu’il pleut dehors et que les prévisions ne sont pas bonnes: 90% de probabilité de pluie pour la journée. Plus personne n’est chaud pour partir, et nous décidons de rester ici aujourd’hui. Andy rentre dans sa chambre, et je me désappe pour retourner dans mon lit faire la grasse mat’.

Pas de petit déjeuner. Ce n’est qu’à 11h30 que nous décidons à nous lever et à dîner dans un restaurant pas loin, où nous avons l’occasion de rebouffer ce tofu fourré aux herbes sauvages que nous avons goûter hier. Puis, nous partons à la recherche d’un café wifi. Evan a vu avec l’iPhone d’Andy qu’il y avait un café pas loin. Nous réempruntons la rue touristique d’hier, jusqu’au bout. Mais rien. Nous demandons à un lbx qui bosse dans un restaurant. Il nous dit que le café que nous cherchons n’existe plus. Il le sait, puisque c’est justement son restaurant qui s’y trouve à sa place. Mais il nous conseille un établissement où, parait-il le café et bon. Nous n’avons qu’à dire que c’est lui qui nous a recommandé, et nous aurons une réduction. Seulement quand nous arrivons, nous découvrons un attrape touriste qui n’a pas internet. La bonne femme du café nous dit: “前面卖珍珠的有网络!” (« Devant, la vendeuse de perle, elle a internet! »). Bon… C’est pas vraiment ce qu’on cherche… Finalement, nous abandonnons, et Evan et moi décidons d’aller prendre une douche chaude dans un hôtel qui fait également bain public (le même endroit où Evan est allé hier faire son massage de pieds). Andy nous attend dans le hall de l’hôtel. Lorsque je vais dans les chiottes de ces douches publics, j’aperçois encore une fois (comme j’avais vu dans le Shandong) une image sur le mur représentant une femme à poil. Un peu étonnant… Que l’on ait cela dans une salle de bain, pourquoi pas. Mais une douche publique avec plein de mecs, c’est pas vraiment un endroit pour avoir la gaule! Après une bonne douche chaude, et une courte séance de jacuzzi, nous allons dans le sauna transpiré un peu, et redécouvrir la sensation d’avoir trop chaud. Nous y rencontrons un lbx, M. Xu (), qui dit-il, est commerçant en prêt-à-porter et exporte jusqu’en Europe et aux États-Unis. Il me demande ce que j’aime en Chine, et je lui sors le vieux refrain communiste, pour voir sa réaction: “社会很和谐!” (« La société chinoise est très harmonieuse! »). A peine ai-je le temps de terminer ma phrase qu’il enchaîne: “对,很和谐!“ (« Oui, harmonieuse! »). On croit au début qu’il ironise, mais pas du tout! Il nous demande ce que nous pensons de sa ville, et Evan répond: “太商业化了!” « C’est trop commercial! ». Ce à quoi il répond: “不,没有上海那么商业化!” (« Non, c’est pas aussi commercial que Shanghaï! »). Puis quelques minutes plus tard, il nous parle comme s’il allait nous confier un secret, quelque chose qu’il ne faut pas répéter: “其实,我看你们的时候啊我就发现我们中国人啊…” (« En fait, quand je vous vois… Je trouve que nous-autres Chinois… »). On s’attend alors à ce qu’il lâche quelque chose de politiquement incorrect, du genre: « On est pas aussi libres. » ou encore « Nos conditions de vie ne sont pas aussi bonnes. ». Mais il termine par: “没有比你们差!” (« on est pas moins bien que vous. »), en se levant pour nous montrer sa bite! ». Et il poursuit: “我现在是说我自己啊。其他的中国人,我不知道。” (« Là je parle pour moi. Les autres Chinois, je sais pas. »). Quelques instants après, nous lui expliquons que nous voulons quitter le sauna, car nous n’en pouvons plus. Lorsque nous sortons, nous avons la tête qui tourne légèrement. Il nous demande où nous logeons et nous propose de dîner plus tard avec lui. Pourquoi pas. Nous reprenons une douche et allons nous sécher. Ils nous invite à prendre un pyjama pour aller en salle de repos, mais nous lui expliquons qu’un ami nous attend. Nous nous séparons alors sur ces bonnes paroles. Il n’y aura pas de dîner.

Lorsque nous sortons, Evan et moi enchaînons avec un cyber-café, tandis qu’Andy rentre à l’hôtel. Alors que nous sommes sur internet, et qu’Evan me recommande un documentaire nommé Reliculous (Religolo en français), mettant en exergue les aspects stupides de la religion, nous apercevons quelques rangées plus loin un jeune Chinois en train de tchater tout en matant un film de cul gay: des mecs blancs se caressent, se sucent, s’enculent… bref! La totale! Un peu étonnant qu’un Chinois d’un si petit bled mate un film gay sans trop se cacher… Peut-être voulait-il être vu…?

Je rentre à l’hôtel en premier pour me reposer. Evan vient une heure plus tard, et nous allons tous les trois dîner… encore une fois dans un resto hui de Lanzhou!!! Puis, nous retournons nous coucher. Les prévisions météorologiques sont plus optimistes pour demain. Ca devrait être bon!

Jour 61 (21/11/09)

Wuzhen(乌镇)-Fangshan(芳山)

-83km-

Cette fois-ci, nous nous levons tous à 7h. Il fait toujours froid, mais les nuages se sont dissipés. Nous préparons nos affaire, et avant de partir, goûtons un peu de cette poire de terre, car paraît-il, il suffit de l’éplucher, et on peu la bouffer direct. C’est pas mauvais mais pas extraordinaire non plus. Un peu un goût de taro.

Poire de terre épluchée

Poire de terre épluchée

Puis nous allons prendre pour déjeuner d’excellents baozi, avec pour une fois, un grand choix: cheveux d’ange (粉丝), tofu (豆腐), graines de sésames (芝麻), purée de haricots rouges (豆沙), … Lorsque nous nous ravitaillons en eau dans une supérette, nous rachetons des pétards; on trouvera bien un endroit désert pour les allumer! Étant donné que nous ne sommes pas vraiment pressés et que le paysage commence à s’embellir, nos arrêts-photos sont fréquents. Et par bonheur, il commence à faire moins froid.

Alors que nous pédalons sur un chemin accidenté, nous apercevons au loin sur notre droite, au milieu d’un hameau, une grande église. Nous décidons d’aller y faire un tour. Nous rencontrons deux lbx, père et fils: l’un a la quarantaine, l’autre autour de 70 ans. Ils sont en train d’empaqueter et de peser d’énormes cubes contenant de la laine de mouton. Leur ayant expliquer notre intérêt pour cette église, ils nous ouvrent gentiment la porte et nous invitent à la visiter. Ils nous expliquent qu’elle a été construite en 1880 par les Anglais, puis restaurée et agrandie par le village en 2005, et que quasiment tous les habitants sont catholiques. Il est assez incroyable que les Anglais aient réussi à convertir des Chinois jusque dans ce bled paumé! Si l’extérieur de l’église est beau (par rapport à ce que l’on peut voir d’habitude), l’intérieur est vraiment super kitch. Tout est neuf: les bancs, le confessionnal, la croix, mais la plupart du bois est du contreplaqué. Si les Anglais ont su donner la foi dans le Christ, ils n’ont visiblement pas transmis l’art de la charpente de Joseph. Quant à la vierge, elle se tient debout, habillée de bleu et de blanc, surplombant toute la salle et éclairée derrière d’un anneau de guirlande. En dessous, son fils, cloué sur une croix style IKEA, sur laquelle figurent l’inscription de Ponce Pilate: INRI. Tout en haut, on peut lire les caractère: “大能之母” “二00五年十二月十五日“ (« Mère du Tout-Puissant » « 15 décembre 2005 »). Sur les côtés: des statues de je-ne-sais trop quels Saints, derrière lesquels figurent des banderoles aux inscriptions en chinois maladroit de paysan: “倾流宝血恩无际” (« Le Sang Précieux qui coule est un bienfait sans limite. »), “披露慈心爱有情” (« Révéler son sentiment de compassion, l’amour est un sentiment. »), “鞠躬尽瘁保耶稣” (« Se consacrer jusqu’à son dernier souffle à la protection de Jésus »), “玉洁冰清偕圣母” (« Pureté et propreté accompagnent la Vierge.). La présence chrétienne va jusqu’à influencer le logo de la petite entreprise de nos amis emballeurs de laine de mouton, sur lequel figure une grande croix.

Eglise construite en 1880, puis reconstruite en 2005

Eglise construite en 1880, puis reconstruite en 2005

Vieux vendeur de laine

Vieux vendeur de laine

Après cette petite visite, nous reprenons la route, et constatons que l’influence occidentale n’a pas été que religieuse, car toutes les maisons nouvellement construites sont ‘de style occidental’.

Maison de 'style occidental'

Maison de 'style occidental'

Lbx endormi dans son tricycle motorisé

Lbx endormi dans son tricycle motorisé

L’après-midi, alors que nous commençons à voir au loin les montagnes qui nous attendent, nous nous arrêtons pour admirer nos premières plantations de thé.

Notre première plantation de thé

Notre première plantation de thé

Ca y est! Nous commençons à attaquer les côtes abruptes du Zhejiang (province à 70% montagneuse!), et les paysages sont magnifiques. Enfin! La nature! La vraie! Les forêts de bambous recouvrent les montagnes à perte de vue. Vers 16h~17h, nous décidons de nous arrêter dans une petite épicerie perdue en altitude pour acheter des biscuits qui devront nous servir de dîner: malgré le froid, nous voulons camper dans une forêt de bambous. Nous demandons alors aux lbx présents où nous pouvons installer nos tentes? « N’importe où. », nous dit l’un d’eux. Puis, après concertation entre lbx dans leur dialecte incompréhensible, le même gars nous dit: « Vous pouvez rester chez lui! ». Lui? Lui, c’est le voisin: un petit gars qui ne paie pas de mine, mais dont la taille de la maison ‘de style occidental’ et l’apparence vestimentaire laissent deviner un statut social élevé: polo et pull avec col en ‘V’… ‘V’ comme victoire, bien sûr! Le gars s’appelle Fu, nous l’appelons donc Oncle Fu (傅叔叔). Un dont du Ciel, cet Oncle Fu! Plusieurs membres de sa famille vivent chez lui, mais étant donné l’immensité de la maison, il y a deux chambres vides qui nous sont proposées. Puis, il décide de nous emmener en ville (enfin… dans le village voisin) pour nous inviter à dîner. Nous montons avec lui dans sa voiture ‘Mercedes à la chinoise’, tandis que d’autres membres de la famille nous suivent en 4×4.

Nous sentons très vite qu’Oncle Fu est un tycoon dans son petit bled. Sur la route, il nous explique qu’il travaille en Italie, où il a une usine qui fabrique de la maroquinerie. Mais il revient de temps en temps dans sa contrée natale pour voir ses proches. Sa femme reste en Italie avec sa fille, mariée à un Chinois du village. Ici, tous les habitants qui ont réussi sont ceux qui sont partis en Europe, notamment en Italie. Ils ont leur petite communauté là-bas, et vivent entre Chinois, donc pas la peine de parler Italien; Oncle Fu ne fait que le baragouiner plus ou moins. Sa fille, elle, qui est arrivée en Italie à l’âge de 17 ans, le parle, tout comme ses deux enfants, élèves d’école primaire… en Chine!!! Allez donc comprendre pourquoi un couple de Chinois qui vit en Italie envoie ses enfants en école primaire en Chine, sous la tutelle de leur grand-tante…

Nous arrivons dans un restaurant qui se situe dans un petit village de Fangshan (芳山), près de la Montagne Moganshan (莫干山). Le cadre est superbe: nous nous installons dans un petit pavillon de l’arrière-cour. Autour de la grande table ronde, s’asseyent Oncle Fu, sa soeur Tante Fu (傅阿姨), professeur de mathématique au collège, son beau-frère Oncle Du (杜叔叔), banquier, sa mère, une jeune fille et son père (林叔叔), tous deux aux allures paysannes assez prononcées. Le dîner est spectaculaire, tant par la quantité, que la qualité. Des plats, tous meilleurs les uns que les autres, s’accumulent sur la table. En amuse-gueule: les éternels guazir (瓜子儿, graines de cucurbitacées), ainsi que, pour le plus grand bonheur d’Evan (je le déteste, rien que pour ça!), des frites-chips de patates douce. Les affaires sérieuses arrivent ensuite avec des pousses de bambous (冬笋), du poulet, des herbes sauvages (野菜), du poisson, du tofu, et un plat appelé 苦槠豆腐 (tofu de castanopsis sclerophylla, peut-être en français: tofu de châtaignier sclérophylle), un véritable délice! Tout ceci arrosé de xundoucha (薰豆茶, mot-à-mot: ‘thé de pois fumés’) et de huangjiu chaud (黄酒 , vin jaune). Le xundoucha est un thé composé de graines de soja fumés (la recette pour fumer les graines est assez recherchée: bouillir des graines de soja cueillies en automne dans une eau légèrement salée jusqu’à mi-cuisson, puis les verser dans un tamis en fer et les sécher sur un feu de charbon de bois), mais aussi de fleurs d’osmanthe (桂花), de graines de sésame sautées (炒芝麻), de zestes d’oranges (橙皮), de fines lamelles de navets (萝卜丝), etc.

Au cours de ce festin, nous en apprenons davantage sur nos convives. Oncle Fu vit, comme la plupart des Chinois en Europe, au sein de la communauté chinoise. Il ne fréquente que les Chinois, n’emploie dans son entreprise que des Chinois, et ne mange que chinois, sauf une fois par mois, où il s’autorise une sortie. Il vit tellement dans sa bulle sino-chinoise que sa connaissance de la gastronomie locale reste basée sur des idées préconçues de lbx n’ayant jamais quitté son village: “我们一个月一次去吃西餐, 什么牛排啊,比萨啊,…” (« Nous sortons une fois par mois pour manger des plats occidentaux: côtes de bœuf, pizzas, … »). Le fait qu’il utilise les mots « cuisine occidentale » (qu’est-ce?) et « côtes de bœuf » (le préjugé par excellence du lbx sur la « cuisine occidentale ») le montre. C’est comme si je rentrais en France pour dire à mes parents que je sors une fois par mois pour manger des nems (qui n’existent pas en Chine) et du canard laqué. Mais il s’en contrefout. Car il ne se sent pas vraiment comme immigré, mais plutôt comme un homme d’affaire faisant fortune à l’étranger. Signe de réussite, il nous montre avec une fierté timide son permesso di soggiorno. Lorsque nous lui demandons s’ils souhaite que lui et/ou ses enfants et petits enfants restent en Italie, ou s’il souhaite qu’ils adoptent la nationalité italienne, il répond ‘non’. Et à Oncle Du d’ajouter le proverbe chinois: “叶落归根” (« La feuille retombe à la racine de l’arbre. »).

Une fois le festin terminé, nous rentrons chez nos amis, et Oncle Du nous emmène dans une pièce où la tante d’Oncle Fu fait fermenter son mijiu (米酒, alcool de riz) dans une grande jarre. Il soulève le couvercle et nous présente le contenu: eau, riz cuit à la vapeur et levure. Après 30 jours de fermentation, l’alcool est prêt à être dégusté. La levure est alors séchée au soleil pour être réutilisée.

Nous nous installons ensuite dans une des chambres situées à l’étage, celle d’Oncle Fu est juste en face. Il nous demande si nous voulons sortir faire une ballade en ville (逛街), mais nous lui répondons que nous sommes fatigués et que nous voulons nous reposer. Après qu’il a fermé la porte, nous nous rendons compte qu’il n’est en fait que 19h30… Après une douche froide (le chauffe-eau est à énergie solaire, et ne chauffe donc pas tout le temps…) et un peu de travail sur nos ordis, nous nous endormons, Andy sur le seul lit qu’il y a, Evan et moi par terre. Pas de chauffage dans la chambre, il fait quasiment aussi froid que dehors.

Jour 62 (22/11/09)

Fangshan(芳山)-Anji(安吉)

-36km-

Il fait vachement froid et j’ai super mal dormi… Quand Andy et moi nous levons, Evan n’est plus là. Oncle Fu vient pour nous apporter de l’eau chaude et nous demander si tout va bien, avant d’aller à la recherche de notre coéquipier. Il le retrouve dans une autre chambre, au rez-de-chaussée. Evan avait quitté la chambre car ne supportant plus nos ronflements!

Oncle Fu nous emmène à nouveau en ville pour le petit déjeuner. Dans la voiture, nous en apprenons encore davantage sur lui, sa famille, son village. Son petit bled n’est pas très vieux: à peine 100 ans! En effet, tous les villageois ici viennent pour la plupart de la ville de Wenzhou (温州). Les Wenzhounais sont parfois appelés les Juifs de Chine pour leur sens des affaires. Ce sont de terribles commerçants. La vague d’immigrés chinois qui se sont installés dans le quartier d’Arts et Métiers (Paris) sont d’ailleurs pour la plupart originaires de Wenzhou. Et Oncle Fu n’est pas une exception. Pas étonnant alors, lui fais-je remarquer, qu’il ait réussi dans les affaires! C’est son grand-père qui a quitté la ville de Wenzhou, où la population était trop nombreuse et où la nourriture ne suffisait pas pour tous. Sa famille est partie de l’extrémité sud de la province du Zhejiang pour emménager à l’extrémité nord, dans les montagnes recouvertes de bambous. Puis, c’est Oncle Fu qui, à son tour, a décidé de quitter son pays pour s’enrichir, tout comme une centaine d’autres personnes de ce hameaux de 800 âmes. De conducteur de tracteur dans les montagnes du Zhejiang, il est donc en 1995, à l’âge de 37ans, devenu ouvrier à Milan, où son frère cadet avait alors déjà emménagé, laissant derrière lui sa femme, sa fille et son fils. Après quelques années à économiser ce qu’il pouvait gagner entre la fabrique de maroquinerie et des petits boulots en restaurant, il a décidé de faire venir sa femme et ses enfants. Puis il a ouvert sa propre entreprise à Florence pour vendre des sacs en cuir à travers l’Europe et les États-Unis. Telle est la success story d’Oncle Fu, qui peut aujourd’hui jouir d’une dolce vita bien méritée. Il a pu s’offrir dans son village natal sa grande maison de ’style occidental’, symbole de réussite, et en profite le maximum… Sa femme et ses enfants, eux préfèrent rester en Italie, où « la vie est meilleure ». Sa fille a épousé un enfant du pays, et son fils est ouvrier.

En sortant de la voiture, nous allons voir une bonne femme qui, sur sa petite charrette, vend des shaobing aux xiancai: grandes galettes très plates et légèrement fourrés aux légumes salés, un régal! Puis Oncle Fu nous emmène dans un petit resto où nous prenons un petit bouillon aux champignons et un bol de nouilles (avec, inévitablement, des lamelles de khalouf!). En ressortant, il nous propose d’autres shaobing, ce que nous acceptons. Mais il nous emmène à un autre endroit, un peu plus loin, pour en prendre, nous dit-il, de meilleures encore. Une autre bonne femme, prépare devant nous les shaobing, mais avec un peu plus d’ingrédients: xiancai (légumes salé), graisse de bœuf, viande de porc hachée, etc. Elle malaxe la pâte, met ses ingrédients, puis étale la pâte, avant de l’humecter à l’aide d’un pinceau et de la coller sur la paroi du four cylindrique intégré à sa charrette. Oncle Fu nous en achète 9!!! 3 pour maintenant, et 6 pour le voyage… Nous aurions préféré les végétariennes qui étaient meilleures!

Préparation des shaobing

Préparation des shaobing

A gauche et à droite, Oncles Du et Fu

A gauche et à droite, Oncles Du et Fu

Nous rentrons ensuite chez notre hôte pour préparer nos affaires. Après avoir rempli nos bouteilles avec l’eau du robinet, qui provient directement des hauteurs montagneuses, puis échangé nos numéros de téléphones avec Oncles Fu et Du, nous repartons, direction les cimes. Après quelques minutes, nous nous arrêtons pour faire nos exercices matinaux et discuter avec quelques ouvriers en train d’effeuiller des branches de bambous sur une sorte de rouleau, avant de les faire sécher sur un feu de bois. Le but de cette opération: fabriquer des balais. Très gentils, nous invitent à déjeuner chez leur patron, dont la maison se situe juste en face. Mais nous n’avons pas faim et la route nous attend. Alors que nous poursuivons notre échauffement, un d’entre eux vient nous demander si nous avons sur nous des devises de notre pays. Evan lui donne un billet d’un dollar, mais le lbx insiste pour lui donner l’équivalent en RMB, même plus: 10 yuan.

Séchage des branches de bambou

Séchage des branches de bambou

Nous reprenons ensuite la route. L’effort nécessaire à monter les côtes est suffisant pour ne plus avoir froid, et nous sommes ravis d’admirer de superbes paysages de forêts d’arbres et de bambous. En descendant une colline, nous passons encore devant une église, surmontée d’une croix rouge. Quelques lbx sortent et viennent me parler avec le sourire. C’est toujours marrant de voir des Chinois chrétiens accueillir des étrangers, car ils s’attendent à rencontrer des missionnaires et ont les yeux illuminés, comme s’ils avaient vu le Messie! Plus loin, nous traversons un petit hameau. Sur un mur, nous lisons l’inscription: “2010年把我国人口控制在14亿以内。“ (« Contrôler la population du pays à moins d’1,4 milliards avant 2010. »). Le petit hameau est traversé d’un petit ruisseau clair, mais dans lequel flottent malheureusement quelques sacs plastiques. Sur le bord de la route et le toit des maisons (pour une fois, ce ne sont pas des maisons ‘de style occidental’!), fondent des restes de neige, souvenir du front froid qui s’est abattu il y a quelques jours.

Nous apercevons une petite pancarte indiquant “茶坊” (« Atelier de thé »). Une vieille, Tante Ye (, ye qui signifie ‘feuille’, comme ‘feuille de thé’ !), accompagnée de sa fille (dont le mari est aussi dans le métier), son petit fils, et un voisin, Oncle Yu (, 90% des habitants du hameau s’appellent Yu) nous accueille à bras ouverts. Elle nous invite même à nous rassasier avec les restes de leur déjeuner. Au menu: riz, bien entendu, avec chou chinois salé (excellent!) et sang de porc (moins appétissant!). Dans la grande pièce, s’entassent une quantité impressionnante de boîtes en carton. « Des feuilles de thé? », demandons-nous? Non! Toutes ces caisses sont remplies de cigales séchées (nom médical: 蝉衣), utilisées dans la médecine chinoise. Alors que nous nous régalons avec le chou chinois, Tante Ye nous présente les différents thés qu’elle cultive, et nous en fait déguster. Près de la maison, elle a 12 mu (, 1 mu = 1/15ha) de terrain. Plus loin dans les hauteurs, elle loue 200 mu. Elle nous présente deux sortes de thé: le baicha (白茶, mot-à-mot ‘thé blanc’) et le longjingcha (龙井茶, mot-à-mot ‘thé du puits du dragon). Les locaux préfèrent en général le longjingcha, plus parfumé. Mais celui qui se vend le plus cher est le baicha (à Shanghaï, on peut en trouver à plus de 1.000 yuan, contre 70~400 yuan pour le longjingcha), destiné aux fortunés des grandes villes, qui le préfèrent pour deux raisons: premièrement, les personnes riches boivent plus souvent du thé (d’après Tante Ye!), il faut donc qu’il soit moins fort, deuxièmement, le baicha aurait plus de vertus médicales. La manière de sécher le thé se fait soit à la main, soit à la machine, en fonction de la quantité de feuilles cultivées. Et étant donné que le baicha représente la très grande majorité de ses plants, celui-ci est séché à la machine.

Après cette pause déjeuner, elle nous invite à visiter son petit entrepôt, dont l’auvent laisse dégouliner de la neige fondue, et dans lequel s’entassent d’autres boîtes de cigales séchées. Elle ne les attrape pas elle même. Il y en a une quantité démentielle… Plusieurs dizaines de milliers… Elle achète les boîtes de 10 livres entre 85 et 90 yuan et les revend 100 yuan. Une modeste plus-value pour boucler les fins de mois difficiles.

Cigale séchée

Cigale séchée

Nous retournons ensuite dans la cour située devant la maison, pour reparler thé. Tandis que Tante Ye tient son petit fils dans ses bras, sa fille nous ressert du baicha. Pour ramasser les feuilles de thé, elle passe par une agence chargée de lui trouver de la main-d’œuvre des autres régions, souvent des ayi du Shandong et de l’Anhui. Elle doit payer 10 yuan par employée à l’agence, et rémunère en fonction de la quantité de feuilles cueillies. Originaires de région où il n’y a pas de thé, ces paysannes (dont les champs de blé n’ont pas besoin de leur labeur en cette saison) ne travaillent pas très vite: elles ne gagnent que 60 yuan par jour, alors qu’une locale pourrait gagner 140 yuan. Tante Ye doit également leur payer le déplacement, ainsi qu’une assurance. Elle fait appel à cette main-d’œuvre une fois par an: pendant une vingtaine de jours à partir du 25 mars. Et le processus est très rapide: 4 heures suffisent à des feuilles pour être cueillis et séchées (Tante Ye possède 14 machines à sécher près de son grand terrain de 200 mu). Des feuilles cueillies le matin peuvent être infusées dès le midi. Mais les meilleures feuilles sont celles cueillies fin mars. Celles de début avril se vendent moins cher. Elle nous présente également une troisième sorte de thé: le baipian (白片), issu de la même plante que le longjingcha, un peu moins aromatisé et plus cher que ce dernier. La différence réside dans la manière de ‘raffiner’ le thé. Avant de partir, Evan lui achète une demi-livre de longjingcha, à 150 yuan la livre.

Tante Ye et son petit-fils

Tante Ye et son petit-fils

Descendant la montagne, un lbx et son cheval

Descendant la montagne, un lbx et son cheval

Plus nous montons haut en altitude et plus nous voyons de neige. Les paysages sont de plus en plus beaux, même si nous retrouvons sur le bord de certaines routes ces inévitables maisons de ’style occidental’. En fin d’après-midi, nous redescendons sur la ville d’Anji et trouvons un petit hôtel pas cher (50 yuan la chambre pour trois), pas loin d’un Liang’An Café (nom d’une chaîne de cafés avec wifi). La patronne de l’hôtel, la quarantaine bien frappée, extrêmement polie et serviable, fait un peu pute en préretraite. Son comptoir, d’ailleurs, est décorée d’un poster insolite de deux Occidentaux: une femme en soutif est à califourchon sur un mec à poil! En bas à droite, figure un cœur rose avec les mots: « My Love – Just for you ».

Poster insolite du comptoir

Poster insolite du comptoir

Nous ressortons pour nous connecter sur le net, et par bonheur, nous découvrons que juste au dessus du Liang’An Café, une maison de thé, également équipée de wifi, et avec amuse-gueules à volonté, ce qui nous sert de dîner. A minuit, Andy rentre à l’hôtel, suivi d’Evan et moi qui passons d’abord dans un bain public. Rien de tel, quand il fait froid, de se doucher avec une eau bien chaude!

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Written by Alexis in: Alexis, All |

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