Jour 30 (22/10/09)
Taikang(太康)
Province du Henan(河南省)
Au réveil, je ne me sens pas bien. J’ai super mal dormi, et j’ai mal aux intestins. Le matin, j’accompagne Evan (qui va mieux) et Andy pour le petit déjeuner, sans rien manger (je n’ai aucun appétit, sauf pour des fruits). Ne me sentant pas bien, je remonte avant eux dans la chambre. Notre départ est repoussé à demain.
A midi, Evan et moi accompagnons Andy (qui a toujours faim) dans un boui-boui. Nous deux ne mangeons rien. Andy va après à la poste, tandis qu’Evan et moi partons à la recherche d’un massage. Nous demandons au chauffeur d’une sorte de pousse-pousse motorisé, qui nous emmène dans une petite devanture, où un espèce de charlatan en blouse blanche discute avec une bonne femme. Dans la salle, quatre lits, les murs sont recouverts de posters sur le massage et les points d’acupuncture, ainsi que de photo révolutionnaires.
Lui s’occupe d’Evan, elle de moi. Le massage est plutôt bon, et se termine par une séance d’électro-massage: quelques électrodes posées sur le dos, et nos muscles se mettent à bouger tous seuls pendant 20 minutes. Au cours du massage, le pseudo-toubib nous conseille de dormir chaque soir avec un coussin sous les pieds, mais aussi, avant de se coucher, de tremper nos pieds dans une bassine d’eau chaude pendant une demi-heure, pour stimuler la circulation sanguine dans le corps. Il nous dit aussi de faire, en temps normal, plus d’exercices, car nos corps n’ont pas développé leur force (“你们身体还没有出力!”). Il nous explique qu’il aime beaucoup Hu Jintao, et que tout le monde en Chine l’aime. Celui-ci développe une société harmonieuse et n’est pas belliqueux, contrairement à Obama. « Obama n’est pas un bon Président. Il n’arrive même pas à sortir les États-Unis de la crise. » Il nous sort aussi une phrase de Mao, dont un buste décore la pièce, du genre: si tu respectes les autres, les autres te respecteront. La séance terminée, il nous propose des 西药 (mot-à-mot ‘médicaments occidentaux’, c’est-à-dire des médicaments chimiques). Nous lui demandons ce que c’est (“是什么药?”), et nous répond: “是胶囊!” (« C’est des pilules ! »). Parfait, mais encore? Nous demandons à les voir, tout en sachant pertinemment que nous ne les prendrons pas. Il nous montre alors la chose enveloppée dans une petite feuille de papier (ce ne sont même pas des pilules, mais des tablettes!), sans rien d’écrit dessus, en nous précisant qu’avec cela, nous n’aurons plus mal à vélo, ni au cou, ni au dos. Bien entendu, nous refusons de prendre tout médicament. Avant de nous laisser partir, il tient absolument à poser en photo avec nous. Un séance-photo qui dure bien 10 minutes, tellement il a peine à maîtriser correctement son téléphone portable.
Sur le chemin du retour, nous cherchons un bain public pour nous délasser et nous faire masser les pieds, mais nous ne trouvons rien de correct. Nous retournons dans notre chambre rejoindre Andy. L’appétit revient petit à petit. Je grignote fruits et chips, mais reste un peu réticent à prendre un repas normal.
Cette journée me laisse enfin le temps de mettre complètement à jour mon journal. Pour le dîner, Andy et moi partageons un pamplemousse. On ne se couche pas trop tard. Demain, il faut absolument partir!
Jour 31 (23/10/09)
Taikang(太康)-Dingcun(丁村)
Province du Henan(河南省)
-89km-

Devant l'hôtel, un vieux et son petit-fils de 2 ans
Après un petit déjeuner en bas de l’hôtel, nous partons vers la province de l’Anhui (安徽). On aura pas passé beaucoup de temps dans le Henan, c’est vraiment très con et super dommage, mais bon… J’espère qu’on y repassera au retour!
Le départ se déroule impeccablement, sauf que je me casse la gueule à un péage. Rien de grave, juste que j’ai mal dosé (comme ça peut arriver parfois) le fait qu’avec des sacoches qui descendent trop bas (non, y’a pas de jeu de mot!), il faut faire gaffe aux marches et aux trottoirs. Je me relève pour remettre mon guidon qui s’est tordu, mais les deux Ricains, qui sont alors devant, n’entendent pas mes appels. Obligé de les rattraper pour leur demander de s’arrêter, je suis un petit peu de mauvaise humeur… Mais ça passe au fil des kilomètres…
Quand arrive l’heure du déjeuner, on a déjà fait 75km. Sur le papier, on peut se dire qu’on est bien partis pour exploser notre record, qui est de 137km. Mais arrivé au resto, je suis exténué. Sans doute ne me suis-je pas totalement remis. Et Evan n’a pas d’apétit. Je me demande comment on va tenir… Des doutes qui se confirment rapidement. A peine avons-nous quitté le resto, qu’Evan, qui a un mal de bide pas possible, demande des arrêts répétés. Ce qui me permet dans le même temps de me reposer aussi un peu.
Je profite d’une longue pause pour aller voir un vieux, coiffé d’un large chapeau de paille, en train de faire paître ses chèvres au bord de l’eau. Je m’aperçois que j’arrive sur un tout petit terrain sur lequel il cultive du blé. Étant donné son accent campagnard, j’ai assez de mal à comprendre tout ce qu’il me dit. Je vois qu’il y a sur le sol une grande perche de bambou au bout de laquelle est accrochée une petite casserole (sans poignée). Il s’en sert, me dit-il, pour prendre de l’eau dans le ruisseau, par ailleurs pas très propre, et arroser son champs. Il a 74 ans. Comme beaucoup de vieux en Chine qui ont beaucoup travaillé dans leur vie, il fait largement son âge, mais est plein de vigueur. Ses rides ne l’empêchent pas de continuer des tâches assez physiques.

Vieux berger (74 ans)
Comme je fais souvent avec les lbx, je lui demande si sa vie est mieux qu’avant, et comme d’habitude, il me répond oui. Avant, il ne savait pas ce qu’était une banane, ni même une pomme! Par curiosité, je lui demande ce qu’il fait de ses chèvres. Il n’en a que trois. Il les revend vivantes dès qu’elles sont en âge… d’être mangées, c’est à dire entre un an et demi et deux ans, à seulement 8 yuan la livre! Mais cela semble ici suffisant pour vivoter quand on a son âge. Je remonte sur le bord de la route et continue à discuter avec lui, sa femme, et un lbx qui s’est arrêté par curiosité. J’apprends alors certains de ces petits villages sont appelés ji (集) ou jizhen (集镇). Il s’agit, m’expliquent-ils, de villages où vendeurs et acheteurs de produits agricoles se rencontrent et font leur transaction. Il paraîtrait aussi que les campagnes sont remplies de voleurs de bétail qui opèrent la nuit. Les animaux sont plus ont moins marqués, mais le temps que le propriétaire s’en aperçoive, la bête est déjà tuée, et la viande déjà sur une étale de marché.
Evan va un peu mieux, nous repartons. Sur le chemin, nous voyons un lbx dans un état lamentable: bourré sur son vélo, il est super crade, dans un costard lbx dégueu et pieds nus dans des baskets, des dents dans un état épouvantable et des cheveux en pétard. Il nous demande si nous voulons boire de sa bière qu’il a déposé dans son petit panier, qui contient également des bouteilles de plastique vides. Son travail: 拾破烂儿 (ramasser les produits recyclables, autrement dit, bien souvent, faire les poubelles), une activité qui lui permet de récolter entre 200 et 300 yuan par mois. Avec une haleine qui refoule à mort l’alcool, il nous propose d’aller bouffer chez lui. En temps normal, nous aurions accepté, mais là, le gars est vraiment trop lbx et trop bourré, un clodo qui fait de la peine. Il repart chez lui en zigzaguant sur la route. Bourré, il s’arrête tous les 500m, et nous le recroiserons deux fois.
Evan a décidément très mal au ventre, et nous allons dans le zhaodaisuo le plus près, qui se trouve quand même à presque 10km! Nous arrivons dans un petit village pourri. Le zhaodaisuo est en fait un hôtel-douche public. Je demande au patron de l’établissement s’il a une chambre pour trois (“有三个人的房间吗?”), il me répond par l’affirmative, m’emmène à l’étage et me dit: « Voilà, c’est une chambre pour deux! » (“这是两个人房间”). Bon, c’est pas grave, de toute façon, il compte aux nombre de lits occupés, et non au nombre de chambres (20 yuan/personne), ce qui nous permet de prendre deux chambres doubles. De plus, étant une douche publique, l’eau est chaude!
Andy et moi sortons une heure plus tard pour dîner, Evan n’ayant toujours pas faim. Avant de trouver un resto, nous allons dans une supérette, où la patronne a deux chiens en liberté et un chat attaché. Je lui demande pourquoi pourquoi elle l’attache, elle me répond: “它老乱跑!” (« Il part toujours baguenauder! »). J’essaie de lui expliquer que telle est la nature de ce félin, le message ne semble pas passer. C’est un peu comme couper la bite d’un lapin en lui reprochant de bander sans arrêt… Bref! Nous dînons et ramenons à Evan une petite soupe et un mantou (馒头, pain rond et blanc). Espérons que ça aille mieux demain.
Jour 32 (24/10/09)
Dingcun(丁村)-Shuanggou(双沟)
Province de l’Anhui(安徽省)
-27km-
Ce matin, le réveil est tardif, mais Andy se sent tout de même suffisamment en forme pour partir. Lorsque nous descendons nos affaires, un petit vieux un peu cinglé tient un bébé caille dans ses mains. Il me demande si j’ai payé 500 yuan pour mon vélo (c’est aujourd’hui l’évaluation la plus basse que l’on m’aie faite!). Pour ne pas trop l’effrayer, je lui réponds: “稍微多一点!” (« Un petit peu plus ! »). Il réagit, étonné: “还要多?” (« Encore plus?! »). Puis je lui demande pourquoi il ne lâche pas son oisillon, il me dit: “放了它就飞走!” (« Si je le lâche, il s’envole! »). C’est un peu comme le coup du chat d’hier… Les oiseaux doivent voler et les chats errer, c’est la vie! Mais encore une fois, on ne semble pas être sur la même longueur d’onde… Je lui pose en fin une dernière question: “它可以下蛋吗?” (« Est-ce qu’il peut pondre? »), et d’un coup de génie, il me dit: “只有母的才能下蛋,公的不能下蛋! (« Seules les femelles peuvent pondre, pas les mâles ! »). J’aurais décidément appris beaucoup avec ce petit vieux!
En quittant l’hôtel-douche, le patron nous fait remarquer que la lunette des chiottes est pétée et qu’il faut l’indemniser. L’auteur des faits: Evan. Ce dernier réplique ”我屁股受伤了,谁来赔?“ (« Et moi je me suis blessé le cul, qui va m’indemniser? »), donne l’argent des chambres (sans supplément), et part.
Pour le petit déjeuner, nous retournons dans le boui-boui d’hier soir.

Attroupement devant le boui-boui
Etant donné la condition de santé des deux Ricains, le repas est maigre: xifan (稀饭, soupe de riz) et mantou (馒头, petit pain blanc). Nous gardons un œil sur nos vélos, autour desquels une nuée de lbx vient s’attrouper pour toucher, palper, regarder, essayer de comprendre comment marchent les bolides. La patronne, qui doit être la mieux foutue du village, tant physiquement qu’intellectuellement, nous dit de ne pas nous inquiéter: “农民嘛!什么也没见过。” (« Ce sont des paysans. Ils n’ont jamais rien vu. »). En partant, le patron, ne veut pas accepter notre argent: un xifan et quelque mantou, ça ne vaut quasiment rien. Mais nous insistons et réussissons à lui donner 10 yuan, en lui disant d’achèter quelque chose pour son gosse.
Nous partons donc, en espérant aller le plus loin possible, et en espérant surtout qu’Andy tiendra le coup. Mais nous ne nous fixons pas un très gros objectif.

Juste avant la frontière Henan-Anhui, un vieux de 82 ans se promène dans son bourg.
Si nous parvenons à franchir la frontière qui sépare le Henan de l’Anhui, ce sera déjà une étape de faite. Et on y arrive, malgré les arrêts répétés d’Andy. Nous parvenons, non sans peine à atteindre le premier bled de l’Anhui: Shuanggou (双沟). Après seulement 27km, Andy se permet même de déposer une gerbe à l’entrée du village en l’honneur de cette exploit.
Chose étonnante: dans la province du Henan, au fur et à mesure que nous nous approchions de l’Anhui, les filles commençaient à devenir belles. Et arrivés à l’Anhui, elles ne sont pas seulement belles, elles sont aussi habillées comme des chaudasses, bien qu’habitant dans des villages. A Shuanggou, deux filles en scooter, teintes en châtain, habillées comme des sapins de Noël et dont on pourrait pensé qu’elles ont déjà vu (ou du moins entr’aperçu) le loup, ne sont en fait que des collégiennes (ça n’empêche rien, mais bon…)! Après le dégueuli d’Andy, elles nous guident d’ailleurs gentiment vers des petits zhaodaisuo… puis repartent aussitôt!
Ce que nous trouvons, pour la modique somme de 10 yuan par personne est un lüshe (旅舍, indifférenciable d’un zhaodaisuo): une chambre double et une simple. Evan et Andy roupillant, je vais déjeuner seul. A mon retour, Evan est réveillé, et nous allons tous les deux dans un cybercafé pendant qu’Andy se repose. Il doit être environ 21h lorsque nous en sortons. Nous tombons alors sur une petite pièce de théâtre (小品) en pleine rue. Les spectateurs, dont la plupart discutent plus que ne regardent, nous invitent à nous asseoir. Ils nous expliquent qu’ils célèbrent un mariage, ce qui expliquent les pétards assourdissant qui explosent depuis le début de la journée dans tout le quartier. Seule la famille du marié est là, c’est la tradition locale. Le mariage se déroule en trois jours! Le premier jour a lieu une cérémonie dans la ville du mari avec la famille du mari. Le lendemain, se déroule dans la même ville la cérémonie de mariage. Puis une autre fête se déroule cette fois-ci dans la ville de la mariée, avec la famille de la mariée. Tout excités de voir des laowai, ils posent pour une interminable séance photo avec nous, et nous proposent gentiment d’assister à la cérémonie de demain.
Evan et moi rentrons ensuite, après avoir acheter un peu de quoi grignoter dans un supermarché (il est un peu tard pour aller dans un boui-boui). A notre arrivée, Andy est toujours mal. Sans doute resterons-nous dans ce bled merdique encore demain.
Hello,
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FMN
哈,有人对你们感兴趣了耶~我看到一张你们拍的一个照片,在开封的小胡同,很多小动物的那个,我也去过那里。当时我们的导游跟我们说,那个地下是以前皇宫外的胭脂河,就是后宫妃子丫鬟洗东西的地方~~~哈哈,加油啊,你们:)