Oct
24
2009

Jours 24~29

(note: bien souvent, mes posts sont bourres de fautes d orthographe et manquent de photos. Je sais… J ai rarement le temps de me relire et que les connexions Internet en Chine sont parfois pourries, ce qui me fait perdre beaucoup de temps. Desole… Je fais le maximum!)

Jour 24 (16/10/09)

Laosengtang(老僧堂)-Liukou(刘口)

Province du Shandong(山东省)

-112km-

Comme notre première nuit en tente, celle-ci a été pour nous synonyme de froid et de bruits bizarres. C’est impressionnant ce que la nature peut faire comme bruit la nuit! Il est facile de croire à des bruits de pas, alors qu’il n’en est rien. Le soleil se couche et c’est toute la nature qui bouge: les arbres, les plantes, les moustiques, les mouches, les insectes, absolument tout réagit, à tel point qu’on a l’impression que des dizaines de personnes et d’animaux circulent autour de nous. Puis deux heures plus tard, dans la profondeur de la nuit, tout dort, plus aucun bruit. Jusqu’à ce que le soleil se lève. Alors la nature se réveille.

Nous aussi nous levons avec le soleil, à 6h. Je mets de l’huile pour graisser ma pédale qui fait des ‘clics’. Résultat concluant: plus de bruits. Nous allons prendre notre petit déjeuner de lbx comme d’habitude: baozi (包子, pains fourrés) œufs-ciboulette et carottes-cheveux d’anges, et pour Andy bien sûr, porc! Des enfants nous entourent, et Evan leur fait toutes sortes de grimaces qui les font rire. Des passants nous demandent évidemment d’où nous venons. Je leur dis que nous sommes Brésiliens et Argentins, et que nous sommes venus en Chine à vélo. Ils nous croient sans se poser la moindre question.

Cette journée de vélo commence difficilement. Les bruits de mon vélo commencent à être plus intenses, et le vent est contre nous. Cela ne m’empêche pas de pédaler à fond. Un petit coup de Johnny et tout va mieux!

Pour déjeuner (l’effort est intense et nous mourrons tous les trois de faim), nous nous arrêtons devant un très bon restaurant spécialisé dans le mouton. La viande de mouton est en effet délicieuse, même si un peu chère, et les bing (饼, galettes), chaudes et farineuses. Seul bémol: nous voyons à moins de 10 mètres des lbx décharger des petites chèvres de leur moto, pour les saigner et les désosser une par une. Le cri de la chèvre égorgée me fait froid dans le dos, surtout quand je pense ce que doivent ressentir les autres survivantes, allongées par terres avec trois pattes attachées, attendant dans un stress intense le coup de grâce de leur bourreau. Evan et Andy, eux, paraissent insensibles au spectacle. Heureusement, des tables et une moto cachent la vision de ce spectacle macabre.

Lorsque nous repartons, le vent ne cesse de souffler, et nous arrivons assez vite à une route légèrement en hauteur, qui longe le fleuve jaune. Nous espérons alors retrouver des poires comme nous l’avions fait au début de notre aventure dans le Shandong. Sur la route, nous rencontrons un lbx d’une cinquantaine d’années à moto, qui nous demande ni nous sommes ‘Soviétiques’ (beaucoup de Chinois nous prennent pour des russes, et la plupart semblent avoir oublié que le communisme n’y est plus à la mode). Nous répondons ‘oui’, comme nous le faisons parfois pour nous marrer (je me souviens encore des nombreuses fois dans le Shandong où Evan a dit à des lbx que j”étais un dangereux Afghan qui transportais des explosifs). Manque de bol, il veut nous inviter ‘faire une halte chez lui’. Comme c’est sur notre route, nous acceptons. Sur le chemin, il nous dit qu’il a été  (参谋, chef d’état-major dans l’armée de terre pendant 12 ans dans le nord-est de la Chine, et qu’il est revenu dans le Shandong pour travailler au Bureau de la circulation, où son fils d’une vingtaine d’années (qui a lui même deux petites fillettes) travaille également.

La route étant en hauteur, tous les villages sur le bord de cette route sont en contre-bas.161009-10 Nous descendons donc un petit chemin qui mène à l’entrée d’un village, où se trouve la maison due Liu. Lorsque nous entrons chez lui, c’est un véritable zoo: deux chèvres, des poules des coqs, des chats et de tortues, et bien entendu sa femme! S’ensuit alors toute une série de mensonges de notre part.

Dans sa maison, vivent son fils d’une vingtaine d’années, la femme de ce dernier, ainsi que leur fille, Liu et sa femme.  Mais nous n’aurons l’occasion de connaître que le vieux Liu et sa belle-fille. L’intérieur de la pièce principale, dans laquelle il nous invite à boire du thé, est complètement placardé de photos et de posters. En photo, il y a principalement Liu: Liu et sa femme, Liu et des amis soviétiques, et bien souvent, Liu est en uniforme, inchangé, toujours petit, avec une bonne bedaine et des lunettes aussi grosses que ses yeux son petits. Dans les hautes sphères de l’État, la taille des lunettes est toujours inversement proportionnelle à celle des mirettes, c’est quasiment une règle. En poster, c’est bien souvent Mao, dont un buste est également posé sur un meuble. On peut aussi voir un grand cadre avec la photo de tous les meilleurs grands communistes du pays.

A 60 ans, il n’est pas loin de la retraite. Il nous demande notre âge, et me dit que je ne devrais pas trop attendre avant de me marier. J’invente une histoire selon laquelle mes parents veulent me présenter une ville du pays, mais que je refuse car je préfère les Chinoises. Il me demande de quelle université je viens, je lui réponds… ce que je peux répondre: l’Université de Moscou. Pas facile d’inventer un nom d’université en 2 secondes! Je lui demande s’il est possible de se baigner dans le Fleuve Jaune. Il me répond qu’en général oui, mais que maintenant, il fait un peu froid. Je lui dis que nous n’avons pas peur du froid, surtout Andy, originaire de Sibérie! Enfin, pas Andy… Andreï bien sûr! Au cours de la conversation, il en vient à nous demander à combien est aujourd’hui le taux de change rouble/yuan… Je dis que je ne sais pas exactement, et m’en remets à Evan, qui sort un chiffre au pif: 1,5…

Je dois avouer que dans cette série de bobards, j’ai du mal à garder mon sérieux. J’y prends un laisir quasi-jouissif! Mais ce n’est pas le cas d’Evan et Andy, qui se sentent gếnés et ont peur de se faire repérer! D’autant qu’il ne faut pas parler anglais entre nous, et que le fils peut-être un peu le russe, et qu’il va sans doute arriver ce soir. Alors que Liu est parti dans la cour pour décharger les morceaux de viande de porc qu’il a ramenés de la ville, Evan me fait signe qu’il faut y aller. Au début, je ne comprends pas vraiment. Nous ne sommes pas pressés par le temps, et un lbx nous invite enfin à rester chez lui, manger et dormir. Mais malgré toutes les insistances de Liu, qui tenait vraiment à ce que nous restions, nous finissons par partir. Cela me fait un peu de pein, car nous ne sommes restés qu’à peine une demi-heure, et que ce vieux Liu, qui ne doit pas avoir souvent l’occasion de rencontrer des étrangers, faisait preuve d’une très grande générosité à notre égard.161009-15 Ce n’est qu’après qu’Evan er Andy m’expliquent leur gêne et leur crainte de se faire repérer. Quel dommage! La prochaine fois, nous dirons la vérité!

Nous reprenons donc la route, mais peu après, les bruits de mon vélo commencent à devenir de plus en plus intenses. J’essaie de nettoyer la chaîne et de la huiler. Cela a un peu d ’effet au début, mais les grincements reviennent très vite. Mais je me rends compte qu’en changeant de plateau, les bruits deviennent moins importants. Ce n’est donc pas un problème de chaîne. Mais pas le temps pour l’instant de vérifier d’où vient le problème. J’aurai tout le tenmps quand nous serons à Kaifeng (开封).

Le soleil commence à se coucher, et, après plusieurs kilomètres quasi-déserts, nous trouvons enfin un petit village Nous allons acheter des cochonneries dans une supérette très limitée en stock et deux ou trois plats à emporter dans un restaurant, tout cela sous le regard d’une vingtaine d’enfants, très curieux de voir des étrangers. Nous essayons de demander à plusieurs personnes dans le villages si nous pouvons trouver une cour pour installer nos tentes, si nous pouvons, en échange d’un peu d’argent, trouver quelqu’un susceptible de nous accueillir… en vain! Notre but est de dormir chez un lbx, mais nous échouons. Nous aurions dû rester chez Liu!

Nous allons ensuite à la recherche d’un bois pour installer nos tentes et manger ce que nous venons d’acheter avant de nous coucher.

Jour 25 (17/10/09)

Liukou(刘口)-Kaifeng(开封)

Province du Henan(河南省)

-137 km-

A 6h, le réveil se fait avec les araignées. Le bois en est infesté, et certaines ont établi logis sur nos tentes pendant la nuit.

Pendant que nous rangeons nos affaires, un paysan vêtu d’habits de ville très modestes (style lbx) vient nous dire bonjour. Il nous a aperçu pendant qu’il était en train de travailler sur son champs juste à côté. Evan lui fait remarquer qu’il y a peu de bois dans les campagnes chinoises, il répond que ce n’est pas un bois, c’est un mianji (面积, ‘une surface/une aire’). En fait, c’est un terrain sur lequel ont été plantés des arbres. Il est vrai que depuis notre départ, nous n’avons vu AUCUNE forêt! AUCUNE! Sur tous ces petits bois que nous avons vus, et que notre ami lbx appelle des mianji, les arbres sont parfaitement bien alignés. Il est impossible de s’y perdre où de bien s’y cacher. D’ailleurs, depuis notre départ, nous avons pas aperçu d’animaux sauvages: pas de loups, pas de renards, pas de sangliers, pas de chevreuils… même pas un lièvre! Tout n’est que champs et habitations. Tout est exploité et contrôlé par l’homme, et c’est peut-être pour cela que ce bois est appelé ‘aire’ ou ‘surface’… pour indiquer la mainmise de l’homme sur la nature! La nature sauvage n’existe pas! Effrayant! Rien n’est vraiment naturel (dans le sens ‘sauvage’), quasiment rien n’est beau, et presque tout est pollué, que ce soit à cause des pots d’échappements des camions ou des engrais chimiques. Si Pékin ne nous a pas tué, la campagne chinoise le fera probablement!

Cet agriculteur nous invite à prendre le petit déjeuner chez lui, mais précise qu’il faut d’abord qu’il aille terminer de travailler et qu’il viendra nous chercher plus tard. Nous acceptons. Mais lorsque nous sommes prêts, nous allons nous même le rejoindre, 171009-02et il dit qu’il en a encore pour une heure. C’est trop long, nous avons de la route. Nous le remercions de son invitation et partons. Lui, retourne à son champs, balançant généreusement des poignées et des poignées d’engrais chimiques.

Nous continuons donc sur la route qui longe le fleuve jaune, mais qui le longe de loin, car nous ne le voyons presque jamais. Après plusieurs kilomètres sans aucun village, nous finissons enfin par trouver un petit bled où un lbx prépare des raviolis et des nouilles pour le petit déjeuner.

Heureusement que nous nous sommes plutôt bien rassasiés, car la route et longue, et quasiment toujours face au vent. Sur la route: quelques rares camions transportant des briques, des bergers faisant paître leurs chèvres, et parfois des enfants faisant leurs devoirs sur le bitume de la route (c’est dire si la route est peu fréquentée!). Sur le bord, en contre bas, nous voyons une maison-tente. Le paysan qui semble y habiter nous demande si nous voulons un lièvre, nous lui répondons évidemment non. Nous lui demandons ce qu’il fait de ses journées. Réponse: “我养野兔!” (« J’élève des lièvres sauvages! ») Elever? Sauvages? Bref…

Après moult efforts, nous finissons par passer la frontière qui sépare le Shandong du Henan. Et notre déjeuner se déroule dans le premier village que nous trouvons, c’est-à-dire… trois quarts d’heure plus tard! La bouffe est moyenne, surtout les petits morceaux gras de viande de mouton, malgré les vertus que possède cette viande, si l’on en croit le grand panneau placardé sur le mur. Nous découvrons également une galette qui semble être la spécialité de la province. Alors que celle que nous avions goûté dans les derniers villages du Shandong était fine comme une crêpe, celle-ci est encore plus épaisse que la pâte ‘pan’ de Pizza Hut. Elle cale bien. Une galette entière suffirait sans doute à régler le problème de la faim en Afrique pendant 3 ans!171009-10

Après le déjeuner, les kilomètres défilent sur cette route, le long de laquelle nous apercevons de temps à autres des paysans trier leurs graines de soja. La méthode est simple: prendre avec un râteau et jeter en l’air. Les graines, lourdes, retombent eu même endroit, alors que les brindilles et les petites feuilles, s’envolent un petit peu plus loin, poussées par le vent. Sur le chemin, un couple d’une quarantaine d’années, à califourchon sur leur moto, vient me parler. Ils viennent de Kaifeng et proposent de nous guider. Je leur demande entre autres s’ils connaissent les Juifs de Kaifeng, mais le gars ne comprend pas le mot, et la femme assimile les Juifs aux Russes. A une intersection, ils nous conseillent, pour gagner du temps, de quitter cette petite route pour rejoindre la nationale, ce qu’ils font eux aussi. Et là, nous faisons tout pour nous dépêcher, car il nous reste plus de 35km, et le soleil commence à se coucher. Le couple à moto nous quitte après environ 5 kilomètres. Impatient d’arriver et n’ayant pas de lunettes de soleil alors que nous fonçons vers l’ouest, je roule casquette sur la tête et sous le casque.

Sur la route, à la vue de bris de verre, et me rappelant de la mauvaise expérience dans le champs ou j’ai crevé, je freine brusquement, mais Evan n’a pas le temps de réagir et me fonce dedans. Au début, on ne se rend compte de rien. Un peu plus loin, alors que nous sommes dans la banlieue de Kaifeng, Andy et moi, qui n’apercevons plus Evan, nous arrêtons pour l’attendre, mais il tarde pas mal. Avant que nous décidions de faire demi-tour pour le retrouver, il apparaît, très mécontent d’avoir été autant distancé, car il s’est aperçu en chemin que sa roue avant frottait contre le garde boue.171009-12 Mais son vélo peut tenir jusqu’à ce que nous ayons trouver un endroit où dormir en ville. Le problème, surtout, est que s’il s’était pété la gueule, aucun de nous deux n’étions là pour lui venir en aide. On doit donc mieux s’organiser!

Arrivés en ville, nous trouvons un zhaodaisuo un peu pourri (les draps puent, pas de fenêtre, et tout juste la place pour mettre nos vélos)  à 15 yuan par personne, non loin d’un café, dont nous espérons qu’il propose une connexion wifi. Après avoir demander à plusieurs jeunes, aucun n’a été en capacité de nous répondre!

Avant de partir à la recherche d’un resto, Andy va prendre sa douche… dans la salle de bain de la seule chambre qui en est équipée, mais qui n’est pas la nôtre… Mais tant que le locataire de la chambre n’est pas là, apparemment, pas de problème…

Le dîner, dans une rue hui est médiocre. En partant, nous demandons à la patronne si elle sait où habitent les Juifs de Kaifeng, mais elle aussi confond Juifs et Russes. Au retour dans le zhaodaisuo, le veut à mon tour prendre ma douche, mais le locataire de la chambre étant revenu, il me faut me doucher dans les chiottes. Le gérant du zhaodaisuo m’explique qu’il un a un tuyau en bas qui donne de l’eau froide, et un autre par lequel on peut avoir de l’eau chaude. Mais apparemment pas de mixage, c’est soit la douche très froide soit la douche très chaude.

Après cette douche brûlante, je rentre me coucher. On est tous complètement HS!

Jour 26 (18/10/09)

Kaifeng(开封)

Province du Henan(河南省)

Aujourd’hui, c’est la grasse mat’, et on n’a pas envie de faire grand chose, à part de nettoyer nos vélos et de mettre à jour le blog. Après un réveil autour de 10h, nous retournons dans la ruelle où nous sommes allés dîner hier soir. Sauf qu’il y a plein de petit stands à cette heure, et le petit dèj est bien meilleur! Que ce soit pour les raviolis ou les baozi, chaque fois que j’ai le choix entre farce au bœuf ou au mouton, c’est un bonheur! Mais c’est un luxe que je ne peux m’offrir que dans les boui-boui hui, les autres ne proposant en général que porc ou œufs-ciboulette… 181009-01Puis nous faisons un petit tour des environ, et notamment d’une rue marchande sans grand intérêt, où nous apercevons une boutique au nom insolite: BULL TITAN (US), ce qui donne, si l’on rajoute un espace et que l’on retire les parenthèses: BULL TIT ANUS (bull = buffle, tit = nichon/nibard, anus = anus).

De retour au zhaodaisuo, nous décidons de réparer et nettoyer nos vélos (tous ont un petit problème). Il y a du boulot, car Evan s’aperçoit que son porte-bagage avant est tordu et sa roue avant voilée! Probables conséquences de notre accrochage d’hier. Avec un peu de patience, je parviens à trouver quelle partie de mon dérailleur grince. Après un petit nettoyage et un peu d’huile, le problème est résolu. Andy en ayant vite terminé,  prend l’ordi d’Evan pour aller dans un café voisin, en espérant qu’il y ait une connexion wifi. Evan et moi allons à la recherche d’un réparateur de vélo: Evan pour sa roue voilée et moi pour roue arrière qui tourne mal. Mais arrivés sur place, nous nous apercevons que le gars fait un véritable travail d’A…: il lui manque des outils, et il répare des vélos lbx, qui sont déjà des épaves, à coups de marteau! Pas la peine de rester, nous retournons au zhaodaisuo.

Alors que nous sommes en train de rafistoler nos vélos, un lbx d’une quarantaine, complètement torché, un seul bras, les cheveux ébouriffés, vêtu d’une chemise rose et d’une cravate jaune, vient nous voir, nous demande ce que l’on fait, et dit à Evan qu’il est, je cite, « super! » (“你很棒!”), tout en effaçant sur son front (celui d’Evan) une trace de graisse avec le moignon sur lequel ne doit rester que deux doigts.. Ils nous propose ensuite de baiser des putes, en précisant que c’est le patron du zhaodaisuo qui invite. Nous sommes flattes mais refusons gentiment. Il réagit en disant: “你们年轻人嘛!应该潇洒一点!” (« Vous êtes jeunes. Vous devez être moins coincés! »). Evan finit par bricoler suffisamment pour que sa roue roule à nouveau, même si elle toujours un peu voilée, et en déserrant un peu ma roue arrière, je m’aperçois qu’elle roule un peu mieux. Je ne m’arrête pas là et fais un nettoyage intégral de mon vélo. On a quand même plus de 1.500 km au compteur!!!

Evan et moi allons ensuite pour rejoindre Andy au café. En quittant le zhaodaisuo, un des clients, un lbx assez baraqué qui semble bien connaître les lieux et le patron, nous demande si nous voulons dîner ce soir avec eux. Nous répondons non. Il veut boire de la baijiu et de la bière ce soir avec nous, mais Evan dit que quand je suis bourré, je deviens fou. Le lbx réponds : “没事!很正常!他会打拳击,我也会打拳击。我们一起打!” (« Pas grave! C’est normal! Il sait boxer, moi aussi je sais boxer. On se battra ensemble!). Trop cool, le gars!

Arrivés au café, nous nous constatons qu’il n’y a pas de wifi, mais une connexion avec câble, parfait! Chacun fait sa petite mise à jour, entre quelques gorgées de café, de zhenzhunaicha (珍珠奶茶, sorte de thé au lait avec des petites boules caoutchouteuses), et une pizza. La traduction en anglais du menu est géniale. On retiendra notamment celle de baomihua (爆米花, qui signifie pop-corn), par ‘poo com’ (‘poo’ signifiant ‘merde’, et ‘com’ ‘communication).

Nous quittons le café à la fermeture, 1h, et rentrons nous coucher.

Jour 27 (19/10/09)

Kaifeng(开封)

Province du Henan(河南省)

Réveillés pas trop tard, nous retournons dans notre petite ruelle hui, pour un petit dèj, aujourd’hui, un peu médiocre, puis allons terminer notre matinée au café d’hier. A 14h30, nous partons à la recherche des Juifs de Kaifeng. Et par bonheur, Evan, a obtenu une info pendant le petit déjeuner: une lbx lui a dit qu’un Juif, M. Li, habiterait dans une ruelle non loin de là. Et en questionnant quelques personnes (pas si facile, car quasiment personne n’est au courant de l’existence de Juifs chinois, même à Kaifeng), nous finissons par trouver assez rapidement.

Nous tombons sur un groupe de petits vieux réunis autour d’une table d’échecs. Puis apparaît un petit mec, la cinquantaine, un peu tristounet, sans doute à cause de la difficulté qu’il a à mouvoir la partie droite de son corps. Un lbx tout ce qu’il y a de plus normal, de l’apparence d’un Chinois lambda. Sauf que lorsqu’on lui demande s’il est juif, il dit: “对,我是犹太人。” (« Oui, je suis juif. »). J’essaie de le questionner sur la population juive de Kaifeng et de savoir comment ils perpétuent les rites et coutumes. Mais il semble perdu. Je me dis alors qu’il ne doit pas rester grand-chose de la tradition judaïque. Il ne se souvient même plus du jour du Sabbat! Il me dit que, suite à un accident de voiture, il a perdu un peu la mémoire, et qu’il faudrait contacter son neveu. Il l’appelle, me le passe, je lui explique la raison de ma venue. Il m’invite à me rendre demain à leur école, où est enseigné l’hébreu. Surpris (je ne m’attendais pas à ce qu’il y aie des cours d’hébreu!), je lui réponds que je serai déjà parti. Il me donne alors rendez-vous à l’entrée de Henan fandian (河南饭店, l’Hôtel Henan). Cela nous donne un peu de temps pour grignoter quelque chose, car nous n’avons pas eu le temps de déjeuner.

En repartant, nous passons devant une maison d’où sort un chant d’opéra chinois. Au début, je crois qu’il s’agit d’un enregistrement, mais nous apprenons que ce n’est pas le cas et sommes invités à entrer assister à la performance.191009-06 Dans une pièce, un vieux probablement aveugle joue du erhu (二胡, violon chinois à deux cordes), une vieille fait s’entrechoquer deux bâtons de bois pour assurer le rythme, une autre vieille immobile, les cheveux en pétard et le regard lointain (sans doute ne voit-elle pas grand chose), et une femme d’une cinquantaine d’année, debout, chante. Le spectacle est impressionnant, d’autant qu’ils jouaient déjà lorsque nous sommes passés plus tôt, et qu’ils ne se sont pas arrêté une seule seconde!

Nous repartons, direction le lieu de rendez-vous. Ayant un peu de temps, nous allons manger une galette de mouton non loin de là. Non arrivons ensuite à l’Hôtel Henan, et un quart d’heure plus tard, apparaissent un gars et une dame portant une Etoile de David autour du coup, tous deux âgés de la quarantaine. Ils ont l’air de Chinois comme tous le monde. Lui est venu à vélo, elle a un vélo électrique.

Ils nous emmènent à leur école. Sur le chemin, je parle avec Li, qui me dit qu’il reste environ 300 Juifs à Kaifeng. Certains d’entre eux viennent à l’école apprendre l’hébreu. Les cours ont lieu trois fois par semaine. Je commence à me dire alors que la tradition perdure, mieux que je ne l’espérais. Je pensais au début tomber sur des gens qui m’auraient dit « Nous savons que nous sommes juifs par nos ancêtres. Mais il n’en reste plus grand chose. Si nous ne mangeons pas de porc, c’est bien le maximum. » Et bien pas du tout! Je trouve des gens extrêmement attachés à leur racines. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Sur le chemin de l’école, il me sort la phrase suivante, qui va révéler beaucoup: “我们已经有十四个孩子回去了,回了以色列。” (« Nous avons déjà 14 enfants qui sont rentrés, ils sont retournés en Israël. »). Rentrés? Retournés en Israël? Peut-être est-ce une façon de parler. Il ajoute que 4 de ces enfants ont obtenu la nationalité israéliennes, et que trois autres sont en attente de naturalisation. Un Américain, semble-t-il, est chargé de venir contrôler leur judéité. Waouh! Il ne s’agit plus que d’une simple religion. Ces gens sont vraisemblablement super attachés à leurs racines.

Nous arrivons très vite à leur école. Enfin, école… il s’agit plutôt d’une devanture de magasin qu’ils louent 2.000 yuan par an, et qui leur sert d’école et de synagogue. Sur les murs: un grand drapeau israélien et des photos noir et blanc de leurs ancêtres ainsi que de l’ancienne synagogue. Ils me parlent d’eux. 191009-15Tous deux sont descendants de la famille Li, plus importante famille juive de Kaifeng, même si la dame s’appelle You (elle est juive par sa mère). Il semble d’ailleurs qu’en Chine, la judéité se soit jusqu’ici transmise principalement par le père, car tous se sont mélangés à la population locale (on le voit par leur physique), mais ont gardé les noms de familles d’origine, retranscription phonétique de noms hébreux. Aujourd’hui, ne subsistent que cinq familles: Li (李),  Zhao (赵), Shi (石), Gao (高), Ai (艾). Je demande “你们都互相认识吗?” (« Vous vous connaissez tous? »). La dame me répond “当然,我们都是犹太人!” (« Bien sûr, nous sommes tous juifs! »). Je tombe de surprises en surprises…, d’autant que les sites Internet, et principalement ceux en chinois, prétendent que plus personne n’est croyant, et que les familles ne se connaissent pas entre elles.

J’évoque à nouveau la question de ces enfants partis en Israël. Li me répète ce qu’il m’a dit sur le chemin, avec les même mots, en me montrant sur le mur une photo sur laquelle sont réunies quatre jeunes filles qui ne reviendront sans doute jamais en Chine. La dame est visiblement très émue. Elle me dit qu’ils aimeraient tous s’y rendre mais qu’ils n’ont pas assez d’argent. Elle ajoute, en pleurs: “我妈一直想回去可是不能! (« Ma mère a toujours voulu rentrer, mais n’a jamais pu! »). Je tombe des nus! Ces gens ne se sentent pas coreligionnaires des autres Juifs éparpillés à travers le monde. Ils ne se sentent pas comme des chinois d’obédience judaïque. Non! Ces gens, dont une infime partie des ancêtres étaient des commerçants venus du Moyen-Orient, ces gens se sentent appartenir à une diaspora, un groupe venu d’ailleurs et coincé dans un pays dont ils pourtant parlent la langue et ont toujours vécu, ces gens se sentent comme faisant parti d’un peuple, le peuple juif, des Israéliens en exil qui rêvent rejoindre la « terre promise ».

Je sais désormais à qui j’ai affaire: des gens qui sont à la recherche de leurs racines, mais aussi et surtout d’une identité. D’un autre côté, je me demande aussi si cet attachement n’est pas dû à la précarité de leur situation. Et si leur judéité était leur seul moyen de quitter la Chine, de se désembourber de leur pauvreté, d’aspirer à une vie meilleure? Car mis à part les gens qui ont déjà de la famille en Israël, qui aujourd’hui, Juif ou pas Juif, quitterait les États-Unis, la France ou l’Angleterre pour aller vivre dans un pays dont il ne parle pas la langue, où il n’a de repère que la religion, où le service militaire est de 2 à 3 ans, et où les attentats sont monnaie courante? 60 ans après les premiers kibboutz, ces ‘Juifs de Chine’, que je croyais ‘Chinois d’obédience judaïque’, sont prêts à tout pour « rentrer en Israël »!

Les cours d’hébreu sont gratuits. C’est un étudiant américain qui, ayant appris l’existence de Juifs à Kaifeng, à choisi cette ville et l’Université du Henan (河南大学) pour étudier et, en parallèle, donner des cours d’hébreu bénévolement. Le vendredi soir, seule une vingtaine de personnes se réunissent pour le Sabbat, 80 pour Yom Kippour. C’est l’arrivée d’étrangers qui a permis à cette communauté de redécouvrir leurs racines. Auparavant, notamment suite à la Révolution Culturelle (où toute religion était proscrite), ils savaient qu’ils étaient juifs, qu’ils ne devaient pas manger de porc, de poissons avec écailles et de fruits de mer. Maintenant, ils savent prier, savent qu’il existe un pays qui s’appelle Israël, appelé aujourd’hui yiselie (以色列), mais qu’ils appelaient auparavant yicileye (一赐乐业) sans vraiment savoir où c’était. Le judaïsme ne se disait d’ailleurs pas, comme aujourd’hui, youtaijiao (犹太教), mais yicileyejiao (一赐乐业教, la religion d’Israël) ou encore tiaojinjiao (挑筋教, la religion où l’on enlève les tendons, en référence à la manière de préparer la viande). Et les Juifs étaient appelés les lanmaohuihui (蓝帽回回, les hui aux chapeaux bleus, en référence à certaines similarités avec la religion musulmane, les uns portant un chapeau bleu, les autres un chapeau blanc). Lors de fondation de la RPC, les Juifs étaient trop peu nombreux pour que le gouvernement les considère comme une 57ème ethnie. Ils ont donc été convoqués et on leur a demandé s’ils voulaient appartenir officiellement à l’ethnie han ou à l’ethnie hui. La majorité ont opté pour la première solution. Je leur demande s’ils espèrent que leur minorité soit un jour reconnue. Ils me répondent que c’est trop tard, et bizarrement, ne semble pas se soucier de ce problème. Ce n’est pas leur souci. Ce qu’ils veulent, c’est « rentrer en Israël ». Pour se documenter et faire perdurer la tradition, des étrangers leur apporte des livres sur Israël, sur l’histoire des Juifs, sur l’apprentissage de l’hébreu ainsi que des dictionnaires. Les Torah en chinois viennent de Hongkong, car en Chine, l’Ancien et le Nouveau Testaments sont en un seul bouquin.

La dernière synagogue construite à Kaifeng a été détruite par une inondation. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une stèle commémorative près de l’Hôpital de Médecine chinoise (中医院). Il ne leur reste que cette petite salle où ils viennent avec leurs enfants. Ils sont trop peu nombreux pour pouvoir se marier avec un Juif ou un Juive. Tous deux ont épousé un(e) goy. Lui a une fille qui vient aussi en cours et pratique la religion (ce qui confirme qu’il existe une transmission par le père); sa femme respecte son choix. La dame a un fils qui étudie et pratique également; elle est divorcée. Le visage apparemment rongée par le malheur, mais toujours contente d’accueillir des étrangers, elle nous montre sur son téléphone portable des photos qu’elle a prise dans un petit musée de Kaifeng dédié à l’histoire leur communauté (et dont l’entrée coûte la modique somme de 80 yuan!) : “看,这是我的祖先!” (« Regardez, ce sont mes ancêtres ! »). Aujourd’hui, ils n’ont aucun rabbin, mais souhaitent un jour en avoir un. Pour la nourriture, ils s’en tiennent au règles minimum qui leur a été transmise de génération en génération; impossible évidemment de manger casher.

Après une heure de conversation, nous repartons, en les remerciant de nous avoir consacré un peu de leur temps. Chacun me laisse son nom et son numéro de téléphone. La dame m’écrit dans un hébreu maladroit et hésitant le nom de ‘Sarah’. A peine 5 minutes après notre départ, Sarah nous rattrape et nous demande si nous voulons aller chez sa mère, qui pourra nous en dire plus encore. Nous acceptons. Elle nous donne l’adresse et part en premier. Nous prenons un taxi. 20 minutes plus tard, nous sommes au point de rendez-vous, dans une petite ruelle sombre excentrée de la ville. Viennent alors à notre rencontre Sarah et sont père, qui nous amènent jusque chez eux. Nous entrons dans une cour. A droite: l’entrée de la maison, au dessus de laquelle est inscrit en caractère traditionnels 犹太精舍 (maison du culte juif, ou, villa de la spiritualité judaïque). A côté de la porte, est accrochée une mezouzah.

Nous accueillent dans cette maison les parents de Sarah, son frère et sa belle-sœur. La décoration intérieure est emplie de judaïsme: menorah (chandeliers), Etoiles de David et autres symboles religieux… tous offerts par des amis étrangers. Sur le mur: deux grands drapeaux, un chinois, un israélien. Même le père, qui n’est pas juif, porte sur lui un pins représentant un drapeau chinois et un drapeau israélien. La mère me re-raconte ce que j’ai déjà appris, et me montre deux petits albums-photos de la famille en compagnie d’amis juifs venus de l’étranger: Américains, Français, Israéliens, Suisses, etc. 191009-25Elle m’apprend que quand elle était petite, quasiment personne ne savait qu’elle était juive, c’était tabou. Au début, c’est d’ailleurs par sa grand-mère que Sarah a appris le plus sur sa religion et ses origines. La mère nous raconte que, pendant la Révolution Culturelle, tout signe religieux était à détruire, et qu’elle a été aidée d’un religieux catholique pour cacher sous des briques deux stèles gravées en hébreu.

Aujourd’hui, cette famille Li constitue 40% de la communauté juive de Kaifeng! Quasiment tous sont pratiquants, y compris le fils de Sarah et la fille de son frère. Leur grand-mère paraît très fière d’eux. Et celle-ci me fait d’ailleurs remarquer que, par le plus grand des hasards, ses deux caractères chinois préférés sont 永 (yong) et 恒 (heng) - 永恒 (yongheng) signifiant ‘éternité’ -, et qu’elle a tenu à ce qu’ils paraissent respectivement dans les noms de son petit-fils et sa petite-fille. Alors lorsqu’elle s’aperçoit que mon nom chinois est 李恒永 (Li Hengyong), elle est très émue et me prend dans ses bras. La belle-fille se permet même d’ajouter “这是上帝安排的!” (« C’est Dieu qui a voulu ça! »). Parole qu’elle réitère lorsque je lui dit que nous les avons trouvés très rapidement et très facilement, alors que, semble-t-il, beaucoup d’étrangers ont dû dépenser beaucoup d’énergie pour les trouver (certains ont du venir à Kaifeng jusqu’à trois fois!). C’est vrai qu’étant donné qu’ils ne sont qu’à peine 100 pratiquants dans toute la ville de Kaifeng, ce que nous avons réussi relève du miracle!

La conversation se termine sur notre parcours d’apprentissage du chinois et la participation d’Evan et moi au Hanyuqiao (汉语桥 ou Chinese Bridge , concours de langue chinoise destiné aux étrangers). La belle-fille se rappelle d’ailleurs avoir vu la performance d’Evan à la télé! Ils nous disent que nous aurions du venir hier: ils nous auraient emmener visiter les lieux touristiques de Kaifeng, car des billets gratuits étaient distribués. Si cela n’avait pas été le cas, précisent-ils, ils n’auraient pas pu se payer l’entrée. Le vieux couple ne bénéficie que d’une retraite de 1.000 yuan par mois. Ils ne peuvent même pas s’offrir un dîner en ville!

Nous enchaînons ensuite avec une séance photo dans la maison et à l’entrée. Je pose une dernière question concernant la circoncision. La grand-mère me dit qu’elle n’est pas possible, étant donné qu’ils n’ont pas de rabbin. Un des enfants partis en Israël s’est d’ailleurs faire circoncire là-bas. Heureusement que je ne leur ai pas dit que c’est un médecin, et non pas un rabbin, qui m’a circoncis! Avant de partir, la grand-mère nous offre à chacun une sorte de pendentifs-souvenirs de sa propre confection, sur lesquels sont dessinés l’Étoile de David ou écrit 一赐乐业 (yicileye, ancienne transcription du mot ‘Israël’). Nous sommes invités à revenir quand nous le souhaitons. Le professeur bénévole vient d’ailleurs y dormir une fois par semaine, et certains étrangers considèrent cet endroit comme, nous dit la belle-fille, leur maison en Chine.

Les séparations se font par des accolades chaleureuses. Sarah, qui doit rentrer chez elle (son fils doit maintenant être rentré, ses cours se terminent à 21h!!!), nous accompagne jusqu’au taxi, et indique au chauffeur l’endroit où nous pouvons voir la stèle commémorative de l’ancienne synagogue détruite par une inondation. Malheureusement, nous ne la trouverons pas, et personne dans les environ n’est capable de nous renseigner!

On se les pèle un peu, mais malgré le froid, nous allons dîner vite-fait dans un marché hui et rentrons au zhaodaisuo à 22h20.

Jour 28 (20/10/09)

Kaifeng(开封)Zhimawa(芝麻洼)

Province du Henan(河南省)

-109km-

Aujourd’hui, nous le planning est assez chargé, alors le réveil se fait assez tôt. Nous remettons toutes nos affaires sur nos vélos et allons prendre notre petit déjeuner dans 回族食品街 (rue de la nourriture de l’ethnie hui). Nous retournons ensuite à 中医院 (l’Hôpital de Médecine chinoise) à la recherche de la stèle installée en mémoire à la synagogue détruite par une inondation. Après moult recherches dans l’hôpital et à l’extérieur de l’hôpital, nous tombons sur 教经胡同 (ruelle Jiaojing), nouveau nom de 挑筋胡同 (ruelle Tiaojin, tiaojin signifiant ‘extraire les tendons’), ancien quartier juif de la ville. A l’entrée de cette ruelle, une plaque sur laquelle est inscrite “开封犹太人居住地” et « Here live Kaifeng Jews (the Zhao residence) » (« Ici vivent des Juifs de Kaifeng (résidence Zhao) »). Nous nous y engouffrons et découvrons une petite maison au fond d’une courette. Sur le balcon de l’étage du dessus, est attachée une grande affiche “犹太教堂清真寺旧址”201009-13 (« Ancienne adresse de la synagogue »). Je cherche quelqu’un, frappe à une porte au hasard sur un voisin qui me dit de me renseigné auprès de la vieille dame qui habite derrière la porte du fond. Celle-ci sort quelques secondes plus tard. Je lui explique la raison de ma présence. Ayant l’habitude de recevoir des étrangers, elle comprend tout de suite. Je me demande si elle est juive; elle me montre le mézouzah près de la porte, comme sorte d’attestation. A l’intérieur, un mini musée des Juifs de Kaifeng: photos des ancêtres, de la stèle et de l’ancienne synagogue, croquis de l’ancienne synagogue, modèle réduit de l’ancienne synagogue. La vieille dame s’appelle donc Zhao, deuxième famille juive de Kaifeng. Ses ancêtres habitent ici depuis plus de mille ans. Elle a quatre filles, qui elles même ont des enfants, certains sont « rentrés en Israël ». Dans une petite vitrine, est exposée une kippa, ainsi que des articles que sa fille fabrique et qu’elle vend: des 剪纸 (papiers découpés), certains représentent la synagogue, d’autres forment une Etoile de David… Elle nous indique que la stèle est en face de l’hôpital; décidément, on doit pas regarder au bon endroit. Elle propose de nous y emmener, mais étant donné son âge, nous lui disons que nous trouverons tous seuls.

Après quelques recherches, c’est Andy qui finit par la trouver. Elle est tellement discrète qu’elle se fond dans le paysage.201009-20 Est inscrit dessus: “一赐乐业教清真寺旧址” (« Ancienne adresse de la synagogue »). Notre mission terminée, nous nous dirigeons vers la sortie de la ville. Entre-temps, nous entrons dans une scierie pour allez pisser. Je crois sincèrement que c’était parmi les pires chiottes que j’ai jamais vues de ma vie: amas de merde, tas d’ordures et toiles d’araignées… Nous quittons la ville et empruntons les départementales, direction le sud. Un moment, nous passons par une petite campagne, où l’élevage de poulets est… intense! Je m’arrête devant une des fermes où il y a un bâtiment d’environ 80m de long sur 10m de large et comprenant deux étages. Je demande au jeune lbx se trouve à l’entrée de la ferme combien il y a de poulets. Réponse: 2.000!!! Un véritable camp de concentration pour poulets!

A midi nous nous arrêtons et mangeons 100% végétarien, en prenant deux autre plats à emporter pour ce soir, car nous allons camper. Plus loin, nous achetons fruits et gâteau. Andy se permet même d’acheter des nouilles instantanées (il a un petit buta-gaz). A la fin de notre parcours, nous empruntons des chemin de terres qui n’en finissent pas, à la recherche d’un bois. Seulement les bois que nous voyons sont remplis d’habitations. Et beaucoup renferme des mares, presque des marécages. Nous comprenons mieux le sens, dans le nom du village voisin de Zhimawa (芝麻洼), du caractère wa (洼 = creux et facilement inondable). Nous trouvons enfin au fond d’un champs, un tout petit bosquet, composé de pas plus d’une trentaine d’arbres. Il fait presque nuit. Nous installons nos tentes vitesse grand V. Andy, qui a du mal a faire marger son buta-gaz, abandonne l’idée de se cuisiner ses nouilles. Nous nous couchons tôt, comme d’habitude quand nous campons.

Jour 29 (21/10/09)

Zhimawa(芝麻洼)Taikang(太康)

Province du Henan(河南省)

-33km-

Andy et Evan craignant de se faire repérer dans ce petit bosquet (ils ont peur de tout!) à la vue de tous, nous nous levons à 5h30 au son des chants des coq et des aboiements des chiens: une vraie cacophonie! Mais Evan se sent mal. Il dégueule dans le bosquet, a la chiasse, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne déborde pas d’énergie.

Après quelques centaines de mètres de terrain merdique, nous trouvons enfin une petite route goudronnée qui nous amène dans un village, et un restaurant, où Andy et moi déjeunons. Evan ne veut rien avaler.211009-13

Après seulement 33km, nous nous arrêtons à 11h30 (nous avons perdu pas mal de temps) dans la petite ville pourrie de Taikang (太康), pour prendre un maigre déjeuner. Evan a besoin de se reposer, nous allons alors à la recherche d’un hôtel. La chambre pour 3 ne coûte que 50 yuan, mais elle se trouve au 5ème étage, sur le toit du bâtiment. Sympa…! Bonne nouvelle: les draps sont propres.

A 19h30, nous descendons au même endroit que ce midi pour dîner. Evan mange peu. Bizarrement, j’ai moi aussi peu d’appétit.

Nous rentrons assez tôt, en espérant pouvoir repartir demain. Avant de me coucher, les toilettes de tous les étages étant occupées (la chasse de nos chiottes marche mal), je me permets de laisser un petit souvenir de mon passage sur le toit du bâtiment.

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