Oct
11
2009

Jours 14~17

Jour 14 (06/10/09)
Ducun(杜村)-Chujiawangwu(褚家王吴)
Province du Shandong(山东省)
-25km-

Ce matin, nous nous levons tous assez tôt. Mais le départ se fait assez tardivement à cause de je-ne-sais-trop-quoi. Peut-être sommes nous tous un peu assommés par la soudaine montée d’humidité due à la pluie? L’autre raison, qui paraît la plus plausible est qu’après la pluie d’hier, nous devons nettoyer nos vélos, notamment la chaîne (maillons par maillons) et les jantes. Le petit déjeuner se fait à l’hôtel, et presque le déjeuner, puisque ce n’est qu’à 13h20 que nous nous décidons à partir.
Gilles est tellement impatient de voir défiler les kilomètres, qu’il nous devance sans regarder derrière lui et descend une longue pente, malgré nos appels lui indiquant de s’arrêter pour tourner à droite. Si la descente fut belle, la remontée est, quand à elle, pénible. Nous tournons donc pour nous perdre à nouveau dans les petits chemins de campagne entre les champs. Une petite traversée des villages qui nous fait du bien après notre week-end dans la grande ville balnéaire de Qingdao.
Nous passons par de tous petits lieux-dits d’à peine plusieurs centaines d’habitants (pour la Chine, c’est un petit bout de rien du tout!) à la recherche de nourriture.061009-19 Et nous réussissons à nous faire inviter par un lbx! Enfin! C’est ce que nous attendions depuis deux semaines! Il devance presque nos remerciement en répétant un nombre illimité de fois “不用客气!不用客气!” (« Je vous en prie! Je vous en prie!») et  “我很喜欢你们”(« Je vous aime beaucoup », en parlant des étrangers). En nous offrant quelques pommes et une montagne de cacahouètes entreposées sur le toit de la maison, il nous explique qu’il cultive un peu et fait du commerce en vendant des trucs à droite à gauche. Des explications un peu vagues. Sans doute ne fait-il que revendre ce qu’il cultive: du maïs et des cacahouètes. Sa vie est dure. Le travail est fatigant et il peine à joindre les deux bouts, même si les conditions de vie sont bien meilleures que lorsqu’il était jeune. Au moins aujourd’hui, dit-il, il ne se pose pas la question de savoir s’il aura suffisamment à manger le soir. Il est marié et a une petite fille de 10 ans. Sa femme, au sourire charmant qui laisse paraître deux couronnes dans le fond, nous prépare des nouilles à la saucisse, accompagnées de petites tomates-olives. L’hôte est si gentil qu’il est difficile de refuser quoi que ce soit.
L’arrivée de laowai dans cette famille fait rapidement le tour du village, et les enfants se succèdent à l’entrée de la maison pour voir, quelque peu apeurés au début, à quoi ressemblent ces gens qu’ils n’ont vu qu’à la télévision.  Après le thé, M. Chu (nous apprendrons plus tard que tout le monde dans le village s’appelle Chu), viennent la bière locale, et la baijiu à 39°, que Gilles a visiblement du mal à ingurgiter: il abandonne dès la première gorgée. Anecdote marrante: En nous parlant de la bière Laoshan (崂山, montagne de Qingdao), il nous dit que l’eau ne vient pas de cette montagne, mais d’ailleurs. “都是假的!” (« Tout est faux! ») Nous lui parlons des sortes de sandwiches à la viande d’âne que nous avons mangé dans le Hebei (驴肉火烧), il nous répète “不是驴肉!是假的!” (« C’est pas de l’âne, c’est bidon! »). Nous lui demandons alors de quelle viande s’agit-il? Est-ce du porc? Réponse: “不是肉!都是假的!” (« C’est pas de la viande! Tout est bidon! »). Il y a tellement de contrebande en Chine, que certains deviennent complètement paranoïaques? Y aurait-il des industries en Chine fabriquant de la viande en plastique comme dans L’aile ou la Cuisse?


Au milieu du repas, un nouvel invité fait son apparition: Liu, le neveu de l’épouse Chu, âgé de 22 ans, accompagné de sa femme, 23 ans. Ils habitent dans la ville de Weifang (潍坊, à une heure et demie de voiture) et sont venus ici pour se reposer quelques jours. Tous deux se sont mariés il y a seulement six mois, avant l’âge légal, 24 ans pour les hommes, 22 ans pour les femmes. Comment? Une relation et un petit dessous de table, et le tour est joué! Sa femme est enceinte de deux mois. Il travaille à Weifang en faisant de la vente en gros de fruits et légumes, apparemment en collaboration avec l’oncle Chu. Son travail est pénible (de 1h à 7h puis de 17h à 19h), et il semble très attiré par l’immigration vers l’Occident. Nous lui expliquons qu’il est préférable pour lui de rester en Chine, car ce n’est souvent qu’à partir de la deuxième génération que les immigrés dans de bonnes conditions (tout dépend des pays, bien entendu!). Ils vivent dans un appartement de lbx qu’ils ont acheté ensemble, au 7ème étage, sans ascenseur. Nous sentons que ce qu’il nous raconte est sincère, ne serait-ce que par son regard. Lorsqu’il nous partage sa situation, il a souvent la tête baissée et n’ose pas nous regarder dans les yeux, par honte. Il nous sort la phrase, qui n’est depuis longtemps plus un secret pour nous, mais qui fait toujours un peu froid dans le dos: “在中国如果没有钱,谁也看不起你!” (« En Chine, si tu n’as pas d’argent, tout le monde te méprise! »). Nous avons atterri dans une famille qui, s’il conçoit tout à fait les progrès fait ces dernières décennies, n’est pas vraiment satisfaite des conditions de vie. Et lorsqu’il nous demande si nous connaissons la population chinoise, nous répondons évidemment 1,3 milliards. Il reprend la phrase de son oncle  (« C’est du bidon! »), précisant que le véritable chiffre est de 1,6 milliards. Une manière, d’un côté, de contester ce que dit le gouvernement, et de l’autre, de nous convaincre de la puissance potentielle de la Chine.
Pour détendre un peu l’atmosphère et digérer (ils n’ont cessé de nous pousser à manger toujours plus – chose courante en Chine pour deux raison: de peur que l’invité n’ose pas par politesse, et surtout pour garder la face, histoire de dire « Je ne suis peut-être pas Crésus, mais j’en ai suffisamment pour vous faire exploser la panse), nous lui demandons de nous emmener dans le terrain de kakis dont il nous a parlé plus tôt. L’oncle Chu affiche devant chaque passant la fierté qu’il a d’avoir des amis laowai; une manière pour lui de monter socialement. Avec ses joues rouges, son sourire imperturbable et ses appels envers ses voisins pour qu’ils le regardent. Nous nous demandons, s’il est bourré ou fou? Nous pensons en fait qu’il est un peu les deux. Nous dégustons les kakis, que le neveu Liu nous jette du haut des arbres avec une habileté de singe, et découvrons des plants de coton et de diaogua (sorte de grosse courgette). Après avoir traversé un pont au dessus d’une vanne qui contrôle de débit d’eau du fleuve, nous croisons plusieurs villageois, un vieux de 87 ans en train de fumer sa pipe, une femme d’une quarantaine d’année en train de remuer un panier appelé boji (簸箕) 061009-35pour trier des graines de maïs, et un autre un peu plus jeune conduisant une pelleteuse transportant du sable drainé du fond de l’eau par des bateaux et filtré à l’aide d’un tuyau qui crache dans une sorte de grand filet-passoire. Le conducteur me montre gentiment comment se conduit son engin et m’explique qu’il l’a payé 200.000 yuan, et n’a bénéficié que d’une aide de 4% du gouvernement. Anecdote marrant: l’oncle Chu nous propose sans cesse des activités en nous précisant qu’il n’y a aucun problème. « On peut manger ces kakis? Il est à toi le terrain? », réponse: “不是!没事!有我!没问题!” (« Non! Mais je suis là! Pas de problème! »), « On peut vraiment aller sur l’eau? Mais tu as un bateau? », réponse: “没有!没事!有我!没问题!” (« Non! Mais je suis là! Pas de problème! »), « On peut aller pêcher? Mais tu as du matériel de pêche? », réponse “没有!没事!有我!没问题!” (« Non! Mais je suis là! Pas de problème! »). Sur le chemin du retour, nous voyons des crapauds, dont le neveu nous explique qu’avant les Chinois utilisait le venin qu’ils ont sous la peau pour l’utiliser comme anesthésiant.
La nuit tombée, nous dînons chez l’oncle Chu. Au menu, malheureusement: raviolis au porc et tomates (alors qu’Andy déteste les tomates, Evan est végétarien, et moi ne mange habituellement pas de porc). Mais nous ne faisons pas les difficiles. Pendant que nous mangeons, l’oncle Chu sort pour nous payer des chambres dans un hôtel, car il semble désolé de ne pas avoir assez de place pour nous accueillir chez lui. Nous aurions volontiers installé nos tentes dans sa petite cour, mais bon… Il revient, nous dit que tout est réglé et qu’il nous va nous y emmener, que tout est que nous pouvons laisser nos vélos ici, ce que nous refusons évidemment. Anecdote marrante: Avant de partir, nous jetons un coup d’œil sur le livre d’école de la fillette et découvrons la un texte assez insolite du genre « Il faut respecter ses parents et être sage. Il ne faut pas sortir sans autorisation pour prier Bouddha. Même si les parents sont pauvre, il faut rester avec.
Arrivés à l’hôtel, nous ne sommes pas surpris par la vétusté des lieux, mais sommes déçus de voir 2 chambres simples et une chambre avec un lit double. Gilles et moi allons dans le lit double. Ça fait un peut pd, mais nous n’avons pas le choix. Il faut bien que quelqu’un s’y colle. Nous allons l’un après l’autre nous doucher dans une salle de bain aussi grande que sale. Sur le mur est collé une sorte de carrelage, dont une petite partie est décorée d’une gravure très kitch représentant une femme nue, allongée sur un lit recouvert d’une peau de bête, qui semble nous faire de l’œil. Un moyen comme un autre d’apporter un peu de réconfort sous l’eau froide. Sans trop tarder, nous nous couchons. Demain matin, l’oncle Chu viendra nous chercher pour prendre le petit déjeuner chez lui, et sortir pêcher en bateau.

Jour 15 (07/10/09)
Chujiawangwu(褚家王吴)-Guanzhang(官庄)
Province du Shandong(山东省)
-66km-


La nuit a été pénible à cause des ronflements de Gilles. De plus, l’oncle Chu frappe à notre porte à 7h20 pour me demander si nous sommes prêts. Je lui dis de revenir plus tard. Il me demande « A quelle heure? 7h et demie? » Evidemment, je lui réponds « Non, plus tard. » Il me dit : « Bon, alors 8h! ». Pas la peine d’aller me recoucher. J’avertis Evan, puis Andy. Ce dernier me dit que l’individu est déjà venu le réveiller à 6h30.
Il revient donc à l’hôtel à 8h, et nous escorte à moto jusque chez lui pour y prendre le petit déjeuner. Le trouvant un peu soûlant, et ne voulant pas perdre de temps dans ce bled, nous décidons de ne plus aller au lac et de partir tout de suite après s’être remplis la panse. Evan va le voir à part pour lui demander combien il a déboursé pour l’hôtel; il lui répond « 100 yuan ». 071009-02Evan lui rebourse donc les frais, même si l’oncle Chu avait dit au début qu’il nous invitait. Tout compte fait, nous nous demanderons après s’il a vraiment payé 100 yuan. Cela paraît un peu cher, étant donné la situation géographique et l’état des lieux. Le petit déjeuner a été bon, mais les “咸菜” (« légumes salés ») vraiment très salés! Anecdote insolite: Au cours de ce petit déjeuner, nous discutons avec le neveu, notamment concernant le choix d’avoir un enfant. Il nous explique que, comme c’est le cas dans toutes les campagnes, si son premier enfant est une fille, il peut essayer d’en avoir un autre. Mais que si c’est encore une fille, il devra faire avec. S’il essaie encore d’avoir un troisième enfant, l’amende est lourde. Il nous sort un montant exorbitant: 100.000 yuan. Cela nous paraît bizarre. Evan et moi avions plutôt entendu parlé de 10.000 yuan. Bon, bref! Puis nous lui demandons s’il serait prêt à avoir un deuxième enfant si son premier est une fille. Réponse: oui! Et à savoir s’il essaiera d’en avoir un troisième si les deux premiers sont des filles, il répond « Peut-être ». Il finit par cette phrase: « En Chine, si tu n’as pas de fils, tout le monde te méprise. » (“在中国你没有儿子谁也看不起你!”) Nous savions que cela était important pour les paysans d’avoir un fils, ce qu’il se comprend étant donné la difficulté du travail. Mais que cette phrase sorte de la bouche d’un jeune qui habite dans une petite ville et qui n’exploite pas la terre… J’en viens à me demander s’il ne serait pas capable de mettre sa fille fraîchement née dans un sac pour la noyer dans un lac, comme cela se faisait sous Mao. Peut-être est-ce aussi pour éviter ce genre de dérive que le Parti a décidé d’écrire sur le mur de tous les villages que nous avons vu jusqu’à présent, des slogans appelant à respecter la politique de l’enfant unique et à accepter son enfant quel que soit son sexe. Ex: “生男生女都一样 女孩也是传后人” (« Mettre au monde un fils ou une fille, c’est pareil. Une fille, c’est aussi une descendance. ») ou encore “合法生育光荣 违法生育可耻” (« Enfanter légalement est glorifiant Enfanter illégalement est honteux »).
Nous faisons enfin nos adieux à la famille Chu, avec bien sûr un petit pincement au cœur. En quittant le petit village de Chujiawangwu (褚家王吴), où tout le monde s’appelle Chu (褚), nous passons devant un autre lieu-dit appelé Zangjiawangwu (藏家王吴), où probablement tout de monde s’appelle Zang (藏). Les paysages sont beaux. Nous retraversons les chemins de campagnes entre les champs. De temps en temps, nous devons nous écarter lorsque nous croisons des camionnettes transportant des plantes de blés qui prennent toutes la largeur des chemins.071009-18 Un moment, nous apercevons un paysan au volant d’un petit tracteur tirant une planche de bois munie de dents pour labourer, et sur laquelle se tient debout telle une surfeuse des mers tractée par un hors-bord, tenant une corde, elle aussi reliée au tracteur. Un peu plus loin, nous traversons à nouveau un tout petit village. Nous apercevons un veau dans un petit pré sans enclos. En l’entendant meugler, nous l’imitons « Meuh! Meuh! ». En queue de peloton, je me retourne, et m’aperçois que le veau est sorti et commence à nous poursuivre au galop. Heureusement, il ne fera que rejoindre sa mère qui tire une charrette sur le milieu de la route, sans continuer sa course.
Plus loin, nous entamons un chemin de terre super merdique entre des champs de maïs. Nous perdons facilement l’équilibre dans les ornières laissées par les roues des tracteurs. A peine avons-nous fait 30 mètres, qu’Evan me fait remarquer que ma roue arrière a crevé. La merde!!! Je n’arrive pas à y croire. Des pneus allemands Schwalbe qui m’ont été conseillé… Evan et Andy ont les même… Sauf que les miens sont un peu plus larges, donc normalement plus résistants… Je suis écœuré… Pendant que je vais chercher une chambre à air de rechange (Evan me conseille de mettre une rustine, mais j’ai pas de temps à perdre avec ce genre de bricolage de clodo), Gilles me montre se qui m’a fait crever: un tout petit bout de verre planté dans le pneu. Putain! Et dire qu’ils sont censés être ‘increvables’! Je repense avec nostalgie à mes pneus Michelin super renforcés qui équipaient mon VTT en France…
Nous rebroussons ensuite chemin pour aller sur des terrains moins merdiques… Moins merdiques, mais merdiques quand même… Lorsque nous sortons enfin des chemins de terre pour rerouler sur de l’asphalte, je me rends compte que mon dérailleur déconne: plusieurs vitesses ne passent plus, et lorsqu’elles passent, je sens la chaîne instables entre deux vitesses. Gilles a le même problème. Et le vélo d’Evan, qui tombe alors qu’il l’avait mal calé contre un arbre lors d’une pause pipi, a la chaîne qui déconne. Arrivés dans la petite ville de Guanzhuang, Evan et moi essayons de réparer sur le bord de la route nos petits problèmes. En vain! Nous décidons donc de nous arrêter ici pour ce soir afin de revoir le problème à tête reposée, à l’abri des regards quelques fois agaçants de certains lbx curieux. Le gérant du zhaodaisuo que nous trouvons facilement est un nain d’une cinquantaine d’année. Muni de son trousseau de clef à la main, Passe-Partout nous montre une chambre de 5 lits individuels, dont le prix est de 10 yuan par personne. Nous acceptons, bien évidemment. Anecdote marrante: Lorsque nous installons nos affaires dans la chambre, je demande au gérant si nous pouvons sortir de la pièce une chaise qui nous encombre pour rien, il prend donc la chaise et la repose à l’autre bout de la chambre en disant “放这里吧!” (« On la pose ici! »).
Peu de temps après avoir monté nos affaires, je m’attèle déjà à la tache, et par un un superbe coup de génie, réussit à régler complètement mon problème! Je suis parvenu à réparer ce que je pensais que seul un réparateur de vélo qualifié (donc introuvable en Chine) pouvait réparer. Evan essaie de retraficoter sa chaîne, sans trop savoir s’il pourra rouler demain. Nous prenons ensuite chacun notre tour une douche, à l’eau froide, comme la plupart du temps, malgré les attentes de Gilles qui a entendu le petit homme lui dire qu’il pouvait y avoir de l’eau chaude! Mais Gilles est un peu naïf et connaît encore mal les lbx… Lavés, nous allons comme d’habitude nous restaurer dans un boui-boui. Attention: dans les restos lbx, toujours préciser que la quantité que nous commandons est pour le total est non par personne! Souvent, lorsque nous commandons par exemple une livre de raviolis, la patronne ou la serveuse nous répond « Alors, une livre par personne? », et nous: « Non, non, non! Une livre en tout! ». Un dîner qui se termine en un concert de pets et de rôts, à laisser coi les propriétaires du boui-boui.

Jour 16 (08/10/09)
Guanzhang(官庄)-Jiangyu(蒋峪)
Province du Shandong(山东省)
-70km-

Ce matin encore, le réveil ne se fait pas très tôt, et Evan passe une partie de la matinée à revérifier son vélo. Nous allons prendre un petit déjeuner omelette et raviolis. Anecdote marrante: Andy tenant absolument à manger du porc le matin a commandé ses raviolis, tandis qu’Evan et moi avons opté pour une farce au tofu. Mais lorsque la patronne nous les apporte, ils sont tous mélangés sur un seul grand plateau. Il nous faut donc les ouvrir un à un avant de les manger. Cela nous en fait savoir plus sur la manière dont il faut commander un repas. Une livre de raviolis EN TOUT, et non pas par personne! Des raviolis de différentes farces dans des assiettes DISTINCTES! Heureusement, la patronne, gentille, nous apporte d’autres dans une assiette. Mais nous ne saurons pas vraiment s’ils sont offerts ou pas…
Nous partons de là à 11h seulement. Et bonnes nouvelles: ma réparation a parfaitement marché (mon vélo repasse les vitesses à merveille) et Evan n’a plus de problème avec sa chaîne. Seul Gilles a un petit problème avec son vélo. Les vitesses passent mal et il n’a pas pris le temps de le réparer lorsque nous étions à l’hôtel. Cela ne l’empêche heureusement pas de rouler.081009-07
Nous empruntons des routes de campagnes, et très vite, des routes de montagne. Les pentes sont raides mais les paysages magnifiques. Nous passons par des petits villages qui semblent perdus en hauteur. Nous apercevons une camionnette décorée de vives couleurs et demandons s’il y a une fête. Réponse: non, c’est un corbillard… Anecdote marrante: Evan dit à un des locaux, âgé d’une cinquantaine voire soixante d’années “你们辛苦了” (« Votre travail est pénible !»), ce à quoi le lbx répond “不辛苦,不辛苦” (« Non, non, ce n’est pas pénible!), Evan “那你们在这个村里是做什么的?” (« Mais qu’est ce que vous faites dans ce village? ») lbx “我们种地” (« Nous cultivons »), Evan “那,难道不累嘛?!” (« Et c’est pas fatigant? »), lbx “很累,很累!” (« Si! Très fatigant, très fatigant!). Donc pénible, mais pas fatigant!
Un peu plus loin, nous apercevons un autre tout petit village. Je descends de mon vélo pour y voir les maisons à travers des chemins très escarpés et accidentés où il est impossible de s’aventurer autrement qu’à pied. Je croise deux petits vieux: un qui vient vers moi me saluer mais qui ne comprend presque rien à ce que je dis, et un autre, plus haut, qui est sourd. Le premier me demande si j’ai déjà mangé (pratique courante en Chine, surtout aujourd’hui dans les campagnes: Le fait de demandé si l’on a mangé est une manière de saluer). Je lui réponds que non et que je cherche un endroit pour déjeuner, mais il ne comprend pas ma question. Sans doute est-il aussi un peu sourd. Par dessus un muret, j’aperçois un lbx d’un quarantaine d’années, debout sur le toit de sa maison en train de secouer les branches d’un arbre à l’aide d’un bâton. Je lui demande ce qu’il fait, il me dit qu’il cueille des kakis et m’invite à faire le tour pour entrer chez lui et m’en donner. A l’entrée est attaché un bœuf, utilisé comme bête de trait. Dans la cour, m’accueillent le lbx, sa femme, le petit vieux qui ne comprend rien, des petits cochons enfermés dans un enclos et un chien attaché. La femme me demande si j’ai mangé, et dans l’espoir d’être invité, répond que je cherche un endroit. Elle me répond malheureusement en me disant qu’il y a un restaurant plus bas dans la montagne. Je repars tout de même avec trois kakis et un sac de tomates-olives!
Nous enfourchons nos vélos pour arriver dans une toute petite ville nommée Wenquan (温泉), qui signifie ‘source d’eau chaude’, mais où… il n’y a pas de source d’eau chaude, ou enfin une toute petite où l’on ne peut pas se baigner, paraît-il. Nous y restons une bonne demi-heure pour nous abriter d’une petite pluie. Nous y voyons un lbx, super crade, habillé de fringues sûrement ramassées dans des poubelles,081009-27 et ramassant dans la rue des morceaux de je-ne-sais-quoi, reposant de temps en temps son butin pour remonter son froc trop ample, et mangeant de manière simiesque quelques bouts choisis à la va-vite. Avant de repartir, Gilles, qui a toujours froid et n’est venu dans le Shandong qu’avec des T-shirts, est allé d’acheter un pull violet très lbx dans une boutique non moins lbx.
Voyant que le quelques gouttes de pluie qui tombent ne sont pas bien méchantes, et profitant d’une accalmie, nous décidons de repartir et de déjeuner un peu plus tard. Ce n’est que dans la prochaine petite ville que nous nous arrêtons pour nous rassasier. Anecdote marrante: La télévision retransmettant sans cesse la Fête Nationale célébrant le 60ème anniversaire de la RPC, nous en profitons pour regarder les festivités que nous avons manqué le soir du 1er octobre. Des milliers d’acrobates dansent, pendant que des milliers d’autres participants brandissent bien haut des cartons de différentes couleurs, laissant apparaître vu du ciel les quatre caractères chinois “科学发展” (« Développement Scientifique »), Jackie Chan le Hongkongais chante la gloire de la politique communiste, alors que des jeunes filles qui ont eu la gentillesse de venir spontanément dans les costumes de leurs grands-mères reprennent à tue-tête tout en balançant leurs bras, main dans la main avec tout le gratin de l’exécutif, Hu Jintao, Wen Jiabao, Xi Jinping et autres Li Keqiang, au sourire de vainqueur et à la coiffe indestabilisable, bien déterminés à faire comprendre au peuple chinois et aux peuples du monde entier, que les ethnies vivent en parfaite harmonie grâce aux politiques du socialisme à la chinoise, n’en déplaise aux surexcités séparatistes des régions occidentales du pays. Reprenez une des peintures représentant Mao dans les champs de blés fertiles tenant les petites mains de ces enfants de la campagne tout émerveillés de voir leur sauveur, remplacez la tête du Grand Timonier par celle de l’actuel Président, ajoutez un peu de musique pop et des feux d’artifice, et vous aurez les festivités du 60ème anniversaire! Tout un programme qui nous permet d’éplucher nos coquilles d’oeufs de cailles dans la bonne humeur. Gilles, qui est dehors au téléphone avec je-ne-sais-qui revient tout juste à temps pour picorer deux ou trois bouts de viande.
Lorsque nous reprenons la route, nous avons la chance de faire face à moins de côtes, mais la pluie nous surprend encore. Heureusement, nous réussissons à nous abriter sous une grande bâche en plastique destinée dans une plantation de tomates. La pluie arrêtée, nous remercions les cultivateurs qui ne nous laissent repartir qu’après nous avoir donné quelques grosses tomates. La départementale, remplie de camions qui ne cessent de klaxonner pour rien, nous amène en fin de journée dans la petite ville de Jiangyu (蒋峪), où nous trouvons, pour 15 yuan par personne, une immense chambre pour 4 personnes dans une sorte d’hôtel fantôme, très sombre, et quasiment pas fréquenté. Evan et moi n’avons pas faim et nous contentons de tomates et de bananes, mais j’accompagne Gilles dans un boui-boui voisin étant donné qu’il n’a presque rien mangé à midi. Andy, satisfait de son record de vitesse en descente de 56km/h, décide finalement de nous rejoindre après avoir refusé. De retour au zhaodaisuo, Gilles et moi nettoyons nos vélos, et examinons le petit Dahon dont la cassette du changement de vitesse débloque quelque peu. Mais Gilles, au début embêté, réussit vite à régler le problème. Nous nous couchons avant minuit, prêts à nous lever aux aurores pour la rude journée qui nous attend.

Jour 17 (09/10/09)
Jiangyu(蒋峪)-Xinzhuang(辛庄)
Province du Shandong(山东省)
-102km-


Levés à 6h30, nous allons prendre sur des petits bancs dans la rue, un petit déjeuner qui fait le plaisir de Gilles: youtiao (油条, sortes de beignets fris) et lait de soja. Dès les premiers kilomètres, les pentes sont sinueuses et très abruptes. Le beau paysage et les chèvres noires en train de paître nous encouragent dans nos efforts. Alors que nous n’avons fait qu’une toute petite partie du parcours, nous nous arrêtons près d’un petit pont pour boire un coup et prendre une photo de tout l’équipe.091009-03 La suite promettant d’être encore plus éprouvante, je retire mon T-shirt de peur de trop transpirer. Anecdote marrante: Arrivés en haut de la montagne Yishan (沂山), nous apercevons des paysannes vendant des pots de ce qui ressemble à des champignons noirs. Il s’agit en réalité de lingzhi (灵芝, ganoderme luisant). Et lorsque Gilles demande ce que cette plante peut guérir comme maladie, une des vendeuses répond “什么都治!” (« Ca guérit tout! »). Et nous qui nous faisons encore chier comme des cons à payer les médecins des laboratoires pharmaceutiques…!
Lorsque nous redescendons, nous passons par un grand pont qui traverse un immense lac au milieu des montagnes. Nous admirons les plus beaux paysages depuis notre départ de Pékin. Gilles installe son camescope sur son panier arrière pour réaliser un petit film de cette étape. Le reste de la matinée n’est que montées et descentes. Si je parviens à me distinguer dans les premières (ce qui me laisse de temps en temps imaginer qu’au Tour de France, j’aurais pu être un bon grimpeur), c’est Andy qui dévale les autres comme une véritable fusée: il réussit à faire monter le compteur à 61,2km/h!
Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un petit resto au milieu de nulle part; un resto qui est plutôt une grande pièce avec une grande table et une table basse, quelques tabourets et un canapé. Pour nous accueillir, une seule personne: une lbx d’une quarantaine d’années dont la spécialité est de cuisiner du poulet de la région. Le poulet n’est pas donné: 18 yuan la livre! D’autant qu’elle nous sort de son congélateur une volaille qui pèse 5 livres! Nous décidons donc de n’en prendre que la moitié. 20 minutes plus tard, la bête arrive découpée en morceaux dans une soupe au gingembre (nous trouvons beaucoup de gingembre dans les restaurants depuis 2-3 jours). Les plats sont très bons, si bons qu’Evan considérera ce repas comme le meilleur depuis le début de l’aventure.
Une fois rassasiés, nous continuons à enchaîner les côtes. Gilles réinstalle son camescope dans son panier, l’enregistrement du matin n’ayant pris que le ciel et la cime des arbres. Les dernières descentes sont assez chaudes: lorsque ce ne sont pas trois chiens qui traversent juste devant moi, c’est une pomme qui tombe d’un camion et que j’évite de justesse. Anecdote marrante: Nous nous arrêtons un petit instant devant des murs de maisons sur lesquels sont écrits des slogans tous plus drôles les uns que les autres: “少生快富 共奔小康” (« Enfanter moins et s’enrichir vite pour091009-13 courir ensemble vers une société idéale ») ou encore “构建和谐社会 时时不忘国策” (« Bâtir une société harmonieuse, ne jamais oublier la politique nationale »).
Au bout de 58km de routes montagneuses, nous rejoignons une départementale accidentée, mais avec moins de collines à franchir. Nous passons devant une centrale électrique qui, comme la plupart d’entre elles en Chine, marche encore au charbon. Si les routes de montagnes nous ont fait mordre la poussière, cette départementale nous en fait respirer. Au bout de quelques 100km, nous arrivons dans la petite ville de Xinzhuang (辛庄), où nous trouvons très vite un hôtel sur le bord de la départementale. Gilles veut faire un aller-retour pour la ville de Laiwu (莱芜) pour y acheter son billet de train qui le fera rentrer dimanche à Pékin. Nous l’en dissuadons, étant donné que le soleil va bientôt se coucher, qu’il ne connaît pas la ville et qu’il n’est pas équipé de lumière.
Seuls clients de l’hôtel, nous trouvons sans peine 2 chambres doubles. La salle de bain assez spartiate se trouve dans une pièce voisine. Certaines autres pièces de l’hôtel sont dans un bordel monstre, et nos draps n’ont vraisemblablement pas été lavés depuis moins de 6 mois. Pour dîner, nous faisons 10 minutes de marche jusqu’au centre-ville. Le restaurant de l’hôtel n’offre que très peu de choix, et celui qui se trouve juste à côté, malgré son enseigne attirante ‘tout oie’ (“全鹅”), nous fait vite ressortir à cause de l’odeur de volaille pourrie qui y règne. Le petit resto que nous trouvons est plutôt satisfaisant, d’autant que nous y goûtons une sorte galette de maïs très fine, qui semble être une spécialité locale. Nous arrosons le dîner à la baijiu, mais Gilles, qui n’est pas un grand buveur, peine à digérer les gorgées. De retour à l’hôtel, dégoûté par l’état des chiottes, je vais dans une chambre voisine pour dé-coqueter un bronze dans une bassine, et dépose le résultats sur le lit d’Evan, qui ne semble guère s’intéresser à la scatophilie et la remet devant la porte de ma chambre. Ne sachant qu’en faire, je la jette par la fenêtre, avant de me doucher et de me coucher. Nos jambes sont détruites, mais nous avons fait le plus dur. Gilles est content d’avoir fait plus de 100km sur son petit vélo.

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Written by Alexis in: Alexis,All |

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