Jour 4 (26/09/09)
Liugezhuang(留各庄)
Province du Hebei(河北省)
Aujourd’hui, étant donné les douleurs d’Andy au genou, nous avons décidé de faire une pause d’un jour dans ce petit village. Malheureusement, une cérémonie de mariage matinale à lieu, et des pétards perturbent notre sommeil vers 7 heures du matin. Ce qui ne nous empêche pas de nous rendormir et de faire la grâce matinée. Vers midi, nous quittons notre auberge à la recherche d’un boui-boui, dont le propriétaire nous apprend renseigne sur quelques caractéristiques du village: exportation de panneaux isothermes, culture du maïs et de la datte (comme dans tout le reste de la région), ainsi que viande d’âne (également très répandu dans l’ensemble de la province). Puis nous allons flâner, nous perdre dans les rues et les chemins de terre. Un lbx local nous montre la machine qui lui sert à extraire l’huile des graines de tournesol et du maïs. Plus loin, nous découvrons un petit vieux sur une charrette-tricycle qui nous emmène dans un temple bouddhique du nom de Bixiagong (碧霞宫), dont le gardien, très sympathique, nous raconte qu’il a été construit il y a seulement 3 ans et qu’il existe un autre temple quasi-homonyme (Bixiasi, 碧霞寺) sur le Mont Taishan (une des 4 montagnes sacrées de Chine). Anecdote marrante: à la question « Est-ce que ceux qui viennent ici sont tous bouddhistes? »(“来这里的人都是信佛的吗?”), il répond « Certains le sont, d’autres viennent ici pour régler leurs problèmes »(“有的是信佛的,有的是来这儿处理问题。”). A part cela, malgré l’aspect très kitch de la peinture et des statues, un huaishu (acacia japonais?) vieux de 400 ans trône au milieu de la petite cour. 
En dehors du temple, dans les petits chemins comme dans les plus grandes rues, les paysans sont dehors en trains d’éplucher les épis de maïs fraîchement récoltés. Autre anecdote marrante: au bord du cours d’eau ultra pollué à la surface duquel flotte toutes sortes d’ordures, un panneau indique « Baignade interdite en raison de la profondeur de l’eau. Les contrevenants seront eux-mêmes responsables de leurs actes. » (“水深禁止洗澡。后果自负。”). Lorsque nous rentrons à l’hôtel, un jeune chinois un petit peu maniéré et avec un fort accent du sud vient nous saluer. Il nous dit qu’il est ici pour business et nous offre une bouteille de whisky toute neuve qui lui a été offerte (il ne boit pas d’alcool). Le soir, nous l’invitons à dîner. Il nous emmène au boui-boui qu’il fréquente régulièrement. Je décide de franchir le pas et de gouter des sortes de sandwiches à la viande d’âne, et je suis -il faut bien l’avouer, malgré mes premières réticences- agréablement surpris. Certains morceaux sont un peu gras, mais dans l’ensemble c’est plutôt très bon. Au cours du repas, nous apprenons que notre invité vient de Wenzhou, et qu’il est dans ce village depuis déjà un mois pour les besoin de la société pour laquelle il travaille. Sa mission: superviser la fabrication des matériaux isothermes. Puis, nous discutons religion, et nous dit que la sienne est… le marxisme! Un Chinois du sud intéressé par le communisme, c’est rare. Nous l’interrogeons donc sur la motivation de sa croyance et essayons de lui expliquer que la Chine est le pays le plus capitaliste du monde. Nous resterons dans une impasse, mais la soirée se termine en très bons termes avec notre ami gay marxiste. Rentrés à l’auberge, Evan et moi retournons errer dans la ville à la recherche d’un massage. Nous revenons sans avoir rien trouver et essayons de nous coucher tôt afin d’être en forme pour le lendemain. Objectif: rattraper le temps perdu!
Jour 5 (27/09/09)
Liugezhuang(留各庄)-Zhangguan(长官)
Province du Shandong(山东省)
-115km-
Levés à 6h, nous allons comme à notre habitude faire le plein d’énergie dans un boui-boui local avant de foncer tout droit vers la province du Shandong, le Hebei avec ses eaux polluées et ses routes poussiéreuses. Andy, malgré son genou, tient un rythme soutenu grâce à des analgésiques. La route est longue, très longue, et les jambes souffrent. Etant donné notre départ très matinal et notre effort intense, nous déjeunons deux fois. Entre les deux, nous rencontrons une équipe de cyclistes locaux faisant une petite randonnée d’une journée. Ils sont accompagnés de journalistes d’une télévision locale qui nous interview brièvement sur notre périple. Puis, un des cycliste nous amène dans le magasin Giant qu’il tient en ville. Cela tombe bien, Evan peut acheter les gants qu’il a oubliés à Pékin. Et Andy en profite pour acheter une genouillère dans un magasin de sport situé à quelques mètres. Lorsque l’équipe de cyclistes nous raccompagne gentiment à l’extérieur de la ville pour ne pas que nous nous perdions, deux flics en civil dans une voiture noire nous arrêtent pour nous demander nos passeports. Pour que motif? « Raisons de sécurité, pour cause de fête nationale. » Énervés, nous reprenons nos passeports et repartons sans politesse. Plus que jamais, nous nous disons qu’il faut éviter ces villes moyennes qui n’ont pas l’habitude de voir des étrangers et où les flics sont des enfoirés et des ripoux.
Au bout d’une centaine de kilomètres, un peu après avoir aperçu dans la forêt un homme des bois d’une saleté inqualifiable en train de dévoré un morceau de je-ne-sais-pas-trop-quoi, nous nous arrêtons sur le bord d’une route de campagne pour prendre notre second déjeuner dans un boui-boui assez crade, mais dont les baozi (petits pains fourrés) au bœuf sont un véritable délice et ne nous coûtent que… 3mao l’unité! (cad 0,3yuan). Le patron est très sympa mais un peu parano: il prétend que les gens viennent de Pékin pour déguster ses baozi. Certes, ils étaient bons et avaient l’air frais, mais quand même!
Nous passons avec la plus grande joie un pont qui sépare les provinces du Hebei et du Shandong. Pour passer de la pollution à la vrai verdure. Du moins, c’est ce que nous espérons. Lorsque le compteur affiche 115km, nous tombons sur un petit village de minorité Hui, du nom de Zhangguan(长官),que l’on reconnaît grâce aux nombreuses écritures en caractères arabes à l’entrée des portes. Puis nous nous engouffrons dans une petite ruelle pour trouver la mosquée locale, où le voisinage nous accueille de manière extrêmement polie; les enfants sont eux surexcités. Tombés sous le charme, nous allons à la recherche d’un hôtel. Après une douche et quelques instants de repos, nous retournons dans les petites ruelles pour prendre quelques clichés, mais il fait déjà trop sombre. Nous reviendrons demain. Deux Chinois hui en camionnette nous proposent de nous amener dans un restaurant. Ils en connaissent un très bon… le leur! Effectivement, nous sommes au anges. A part la bière tiède, le reste est parfait: viandes de mouton et de bœuf séchées, fritures de rhizomes de lotus fourrées au mouton, haricots verts et aubergine. Nous rentrons à l’hôtel pour nous reposer, sans oublier d’acheter au passage dans une supérette des gâteaux de lune (le 3 octobre, ce sera la Fête de la Mi-Automne en Chine!).
Jour 6 (28/09/09)
Zhangguan(留各庄)-Madian(麻店)
Province du Shandong(山东省)
-88km-
Pour aller retourner flâner dans les petites ruelles, nous nous levons tôt: 6h! A la sortie de l’hôtel, nous apercevons des gens en trains d’égorger d’un coup de couteau des dizaines et des dizaines de poules, une par une, avant de les jeter dans un grand panier où elles agonisent, avant d’être plumées: le charme halal! Puis nous retournons prendre des photos de la mosquée et profitons de l’ambiance du marché. Tous les gens sont extrêmement chaleureux.
Une famille nous accueille même chez elle. Une assez grande propriété, séparées en 3 petites cours dans laquelle se trouve une maison. 2 des 3 ont été reconstruites il y a seulement 3 ans. La troisième est encore chauffée au charbon et est munie d’un kang (lit traditionnel sous lequel se répand la chaleur du feu). Le propriétaire nous explique certaines chose sur lui et son village. Le quartier et la mosquée datent du début du XVème siècle. Originaire de Nankin (chef-lieu de la province du Jiangsu), sa famille est séparée entre le village de Zhangguan et la ville de Yinchuan (chef-lieu de la province du Ningxia, où habitent beaucoup de Musulmans). Membre du Parti, il nous explique que les rapports entre les Han et les Hui sont harmonieux, et que les Han et les minorités sont inséparables, les uns ne pouvant exister sans les autres. Il précise que le Parti fait beaucoup pour les minorités puissent pratiquer leur religion. Il ajoute que bien que les Ouïghours partagent la même religion que lui, il trouve leur réaction trop impétueuse. Les conditions de vie ne sont pas idéales, mais il y a eu un progrès incontestable depuis la Politique d’Ouverture et de Réforme. Sa propre famille, qui auparavant ne mangeait pas à sa faim, jette aujourd’hui les surplus de nourriture. (Je suis un fervent ennemi du communisme, mais là, il faut bien que je décrive les choses comme je les vois!). Après cette visite, nous retournons à l’hôtel prendre un petit déjeuner offert par la patronne: bols de nouilles fraîches avec des petits morceaux de mouton, accompagnés d’une assiette de foie gras de canard (spécialité locale). Même la nuitée aurait pu nous être offerte, mais nos hôtes sont d’une telle gentillesse, que nous insistons pour qu’il acceptent nos 50yuans.
Nous repartons à nouveau, direction le sud-est, sur les petites routes de campagnes. Fatigué, manquant de sommeil et ayant des problèmes de « tuyauterie interne », je peine à pédaler. Mais à mi-chemin, j’allume mon téléphone portable, dans lequel j’ai stocké plus de 300 chansons de Johnny, et là, la pêche revient! (Mon ex-collègue Jérôme me comprendra). En fin d’après-midi, en admirant le paysage et contemplant les paysans ramasser leurs récoltes dans les champs de maïs, de blé et de coton, nous décidons nous nous hasarder dans les chemins de terre tout près du village de Madian (麻店) pour demander s’il est possible de camper quelque part. Les réponses sont vagues, incompréhensibles et pas très enthousiastes. Nous nous enfonçons alors davantage dans les champs à la recherche d’un coin de terre non cultivé. Nous finissons par trouver un petit bois entre deux champs, et, avant que le soleil ne se couche, installons nos tentes entre les arbres pour ne pas être vus. A 19h, il fait déjà très sombre. Nous finissons la bouteille de whisky du gay marxiste avant d’aller nous coucher. Lever prévu à 5h, au lever du soleil, pour ne pas être surpris. Personne sans doute ne nous fera de remarque, mais on ne sait jamais…
Jour 7 (29/09/09)
Madian(麻店)-Chunliang(纯梁)
Province du Shandong(山东省)
-87km-
A 5h, le réveil sonne, mais il fait encore trop noir. Ce n’est qu’une demi-heure plus tard que nous sortons de nos tente et rangeons tout notre barda. Malgré le fait que nous nous soyons couchés tôt la veille, le sommeil n’a pas été très réparateur. Pendant la nuit, Andy a trouvé le sol trop dut malgré son tapis de sol, Evan craignait l’arrivée de la police à chaque bruit de feuille, et moi… un mélange entre le peu de confort dû à la petitesse du tapis de sol, et la crainte d’être aperçus par des paysans enragés et viendraient nous assaillir à coups de fourches. Heureusement, rien de tout cela n’est arrivé, et j’ai tout de même apprécié une chose pendant cette nuit: la fraîcheur de l’air, le fait de ne pas être enfermé entre quatre murs!
Quand nous quittons les champs pour rejoindre la petite route la plus proche, un épais brouillard nous empêche de voir la route à plus de 10m. Mais nous apercevons tout de même plusieurs paysans au volants de leur tracteurs, et d’autres sur le bord de la route en train d’éplucher les épis de maïs (des femmes, la plupart du temps). Il est encore plus étonnant de voir des personnes très âgées accomplir souvent les même tâches! Certains bergers menant à la baguette leurs chèvres sur le bord des routes, et certaines bergères faisant paître, clope au bec, leurs moutons dans les prés, paraissent avoir un âge qui aurait du mal à rentrer dans les deux cases de nos fiches de Sécurité Sociale. Après un petit déjeuner peu onéreux (4,8yuan pour nous trois!), nous reprenons la direction du sud-est. Notre objectif est d’atteindre vendredi la ville de Qingdao(青岛) pour aller y chercher un ami français, Gilles, qui doit venir samedi nous rejoindre pour une semaine d’aventure. Malheureusement, à peine avons nous fait 1km, que le vélo d’Andy commence à faire un bruit bizarre: une partie de son garde-boue frotte sur la roue. Evan décide alors de lui le couper (le garde-boue, bien sûr!). Pendant l’opération, plusieurs lbx à moitié édentés viennent nous voir à l’œuvre. L’un d’entre eux, qui habite juste de l’autre côté de la route nous propose gentiment de nous prêter des outils et de boire un verre de thé chez lui. Evan étant équipé, et étant donné que nous avons encore pas mal de route à parcourir, nous sommes contraints de décliner l’invitation. Le chaleureux accueil de nos amis lbx nous étonne de jour en jour. Dans les premières minutes de route, un paysans borgne en scooter, sa fille de 7ans derrière lui, me fait la conversation. A travers un sourire laissant apparaître ses trois ou quatre jaunies, il m’apprend qu’il cultive du maïs, du coton, du blé et des pastèques, et semble content du prix auquel il parvient cette année à vendre son maïs: 5mao la livre!
Pendant quasiment toute la matinée et même
le début de l’après-midi, nous roulons sur une route de campagne très accidentées, 20% goudron 80% sable. Heureusement, le paysage nous motive: à droite, la Fleuve Jaune que nous longeons, et à gauche, prés, champs et bois. Nous passons par deux ou trois points de la digue munies de valves servant à faire baisser le niveau du fleuve en cas de crue, et à irriguer les champs. Nous apercevons également plusieurs terrains recouverts de poiriers. Nous allons dans l’un d’entre eux pour y acheter des poires, mais le gars de l’entrée nous explique qu’elles sont uniquement destinées à la vente en gros. Les ouvriers nous demandent combien nous en voulons. Nous répondons « trois », une chacun. Ils nous en offrent dix! En dégustant notre première poire, nous apprenons qu’ils sont étonnement bien payés: plus de 3.000yuan par mois! Quand on sait que Pékin est remplie de provinciaux qui, en tant que serveurs ou vendeurs, arrivent difficilement à gagner 1.000yuan, cela surprend.
Au bout de la route cahoteuse, nous tombons sur un restaurant sans menu. Des légumes frais sont exposés à l’entrée et le chef les cuisine à notre goût. A la fin du repas, nous sommes rejoints par plusieurs lbx, certains travaillant dans le restaurant, d’autres étant de simples clients. Tous nous souhaitent la bienvenue. Lorsque la serveuse vient nous apportez l’addition, l’un des clients, un petit lbx d’une quarantaine d’année, dont la poignée de main viril laisse deviner que les champs n’ont aucun secret pour lui, tend un billet de 100yuan et insiste pour nous inviter. Après négociations, nous finissons par céder. Il nous dit qu’il est déjà aller au Canada et en Birmanie, qu’il adore les « amis étrangers », qu’il était honorer de notre présence dans « sa » ville, et que nous serions toujours les bienvenus pour bouffer et picoler en sa compagnie. Avant de nous laisser partir, il nous offre à chacun une cigarette (tradition chinoise: pour lier d’amitié, il faut boire et fumer, remplir le verre de l’autre et s’entre-offrir des cigarettes), que nous recrachons au premier tournant. Nous reprenons la route ébahis par l’accueil qui nous est offert. Quelques minutes plus tard, nous traversons la fleuve jeune sur un pont d’une longueur inimaginable, et trouvons un « hôtel de l’amitié » dans une de ces petites villes industrielles très poussiéreuses du nom de Chunliang. Après une douche bien méritée, Andy et moi allons dîner seuls dans un restaurant où nous voyons écrit en gros sur le mur « Celui qui ne s’efforce pas au travail aujourd’hui, s’efforcera à en chercher demain. » (“今天不努力工作,明天努力找工作。”). Un slogan destiné à motiver le personnel! S’étant goinfré de chips à la patate douce achetées à l’entrée de la ville, Evan n’a plus faim et ne veut pas quitter son lit. Après le resto, nous ne tardons pas non plus à nous coucher. Je suis tout de même moins crevé que les jours précédent. J’ai enfin adopté la technique des deux Américains: pédaler beaucoup en petite vitesse. Telle est le secret pour durer.